Terre des Hommes — Partie 20
Sur ces derniers mots il fonça à la vitesse de la lumière sur sa victime, enfonçant sa main tendue, paume vers le haut, dans son abdomen, partie non protégée par la Cloth sacrée de la licorne. Cette fois Jabu se retint pour ne pas hurler, malgré la douleur insupportable qui le tenaillait, l'emportant malgré lui vers l'inconscience. Mais non, il ne pouvait pas lâcher prise, pas après avoir vaincu ce terrible guerrier qu'était Biste, pas après avoir promis à ses pairs ainsi qu'aux Chevaliers d'or qu'il reviendrait victorieux de son épreuve. Mais le guerrier des Supplices accrut la pression dans son corps, relevant les doigts vers le haut dans une torture ignoble, des larmes maculant malgré lui le visage du Saint, déformé par la souffrance. Quand enfin la descendance du dieu de la Violence sortit son mortel instrument du corps meurtri du pauvre Chevalier. Ce dernier mordit sa lèvre inférieure pour essayer de concentrer son attention sur autre chose que la douleur, en vain… Le Roi de Thrace appela alors à lui son terrible animal.
- Viens ma belle, viens goûter aux prémices de ton repas. Aujourd'hui c'est une chair tendre et jeune qui constituera ton festin, une viande de premier choix, susurra-t-il avec un sourire carnassier, observant Jabu du coin de l'œil.
La cavale répondant à son appel vint à ses côtés. Baissant la tête, elle lécha le sang encore chaud dégoulinant de la main de son maître, visqueux liquide venant entacher de pourpre la pureté de sa robe immaculée. De son autre main Diomède caressait l'équidé, fier de son valeureux animal aux goûts si particuliers…
- Et maintenant, si mon humble destrier veut s'affairer à l'ouvrage, il va falloir opérer certains changements sur toi.
Portant sa main ensanglantée en avant, paume ouverte, il déchaîna son cosmos sur Jabu qui, sortant tout d'un coup de sa léthargie, assista incrédule à un spectacle de désolation tel qu'il n'aurait jamais cru cela possible : son armure sacrée, en miettes ! L'Unicorn Saint, malgré ses maux, parvint toutefois à murmurer ces quelques syllabes :
- Tu… tu n'es qu'un salopard Diomède : le pire déchet qu'il m'ait jamais été donné de voir au cours de toute mon existence, et pourtant j'en ai croisé un paquet. " - Pitoyable ! Plus mort que vif et il ose encore se rebeller.
Il envoya alors un rayon de cosmos en direction de son adversaire. Le poumon de ce dernier fut probablement touché au vu du sang qu'il se mit soudain à cracher.
- Bon, finissons-en ! Adieu Jabu !
Le Guerrier des Supplices, ongles en avant, fonça tout droit sur la gorge de son adversaire, décidé à mettre un terme à son existence.
Pardon, il est trop fort. Je n'en peux plus…
Le Chevalier crucifié ferma les yeux, pour ne pas que son adversaire puisse lire en lui lors de ses derniers instants, les yeux étant le miroir de l'âme dit-on… Un bruit sec, net, du sang, encore, gicla sur le visage du Chevalier crucifié.
- Qui ? Qui a osé lever la main sur moi ? ?! hurla Diomède complètement enragé. - Moi, Shun, Chevalier d'Andromède, pour te desservir.
Shun ? Je suis sauvé…
Telles furent les dernières pensées de Jabu avant qu'il ne sombre dans l'inconscience, perclus de douleur, mais toutefois soulagé.
- Encore un alors ! Comment as-tu fait pour que je ne puisse percevoir ta présence ? - Je n'étais pas encore là, c'est aussi simple que ça. C'est d'ailleurs très étrange… - J'espère qu'il n'y en aura pas d'autres après toi, car casser du Chevalier d'Athéna m'ennuie terriblement, et ma cavale n'a toujours rien mangé. Sans compter mes autres juments qui doivent être avec ce maudit Abdéros. M'enfin, ramener la tête de deux Chevaliers plutôt que d'un sera mieux encore. - Athéna a et aura toujours des Chevaliers pour se mettre en travers le la route d'êtres comme toi. Mais pour l'instant je dois t'empêcher de nuire. Qui es-tu dis-moi ? - Le roi de cette contrée bien sûr ! Diomède, souverain de Thrace, Guerrier des Supplices et, surtout, fils du grand Arès ! - Pourtant tu ne me fais pas peur. Sache que j'ai affronté des ennemis bien plus puissants que toi, et tu es loin d'égaler une divinité, même si tu te dis fils d'un des plus terrible d'entre eux. - Pff, tu blasphèmes ! D'ailleurs comment une fillette comme toi pourrait-elle m'inquiéter ? Tu t'es vu ou quoi ?
Shun se mit à rougir à cette remarque et baissa la tête sur son svelte corps, avant de rétorquer :
- Détrompe-toi guerrier, je suis bien un homme, et je vais te le prouver. Ainsi tu verras que tu n'arrives pas un instant à la cheville d'un Chevalier divin. - Ahahah ! Mais que crois-tu donc que je porte comme protection ? Ma cuirasse elle aussi est divine : Arès lui-même y a versé quelques gouttes de son précieux sang avant de lui donner son ultime forme. - Soit, alors c'est d'égal à égal que nous combattrons, si combat il y a bien entendu. Je ne sais pas quelle fut l'épreuve de ce Saint que tu as réduit à l'impuissance, mais si tu concèdes à te retirer, je te laisserai en paix, foi de Chevalier. - Non mais décidément, vous êtes tous d'un ridicule ! D'abord un prétentieux sans force qui prend la fuite, vient ensuite son prétendu puissant ami à l'ego démesuré qui gît à présent sur ma croix, et maintenant un pseudo-Chevalier qui en plus d'avoir une apparence féminine adopte une attitude de femme en n'assumant pas le combat. J'aurais tout vu aujourd'hui !
Je crois que mon maître en me parlant des émissaires d'Arès ne se trompait pas. Rien ne sert de discuter avec eux, car le seul langage qui leur sied est celui des armes.
- Je regrette que tu sois si cruel et belliqueux, mais je n'ai pas de temps à perdre ! Mon frère se vide de son sang et est probablement déjà aux portes de l'au-delà. Alors ôte-toi de mon chemin Diomède ! - Jamais ! - Tu l'auras cherché ! Great Capture !
Le grand roi de Thrace fut bientôt enchaîné de haut en bas, incapable du moindre mouvement, surpris par la rapidité d'action de son adversaire qu'il pensait égal à l'autre Chevalier qu'il venait d'affronter. Shun s'avança alors vers lui, confiant, lui expliquant qu'il pouvait encore avoir la vie sauve s'il acceptait de se repentir.
- Quels que soient les actes de notre passé, il y a toujours moyen de rattraper ses fautes. Alors abandonne la voie de la haine et devient un être bon comme se doit de l'être un roi digne de ce nom.
Il le dépassa alors que ce dernier proférait des insanités sur un ton des plus agressif, paroles n'ayant en tout et pour tout rien de celles d'un souverain. Arrivé devant Jabu perché sur sa potence, Shun ne put s'empêcher de ressentir une angoisse primale, espérant que l'Unicorn Saint n'avait pas succombé. Mais… Le cosmos du captif des chaînes s'embrasa soudainement, tordant les maillons d'une exemplaire solidité pourtant. Son aura semblait comprimée sous l'étau que formaient les armes d'Andromède, quand soudain une formidable explosion eut lieu, libérant la cosmoénergie agressive et faisant éclater la chaîne en morceaux épars. Instantanément Shun se retourna, le souffle de l'explosion faisant voler ses cheveux au vent, et porta main devant les yeux pour éviter d'être aveuglé par la poussière.
Quand un uppercut dans le ventre l'envoya rouler à plusieurs mètres, passant juste à côté de ce qui serait la future sépulture de Jabu s'il ne venait pas au plus vite à bout de son terrible adversaire. A peine eut-il le temps de se réceptionner que Diomède se trouvait déjà sur sa droite, enchaînant avec un coup de pied que Shun eut bien du mal à esquiver, mettant ses deux bras en croix pour parer le choc. Malheureusement l'Andromeda Saint savait bien qu'au corps à corps il n'avait presque aucune chance, plus habitué qu'il était à la défense et à l'attaque à distance. Parant successivement un crochet du droit et un coup de genou en se projetant en arrière, il cherchait une faille dans la défense de son adversaire : ses armes étaient brisées et tant que le guerrier des Supplices s'acharnait sur lui il ne pourrait les reconstituer… C'était bien sa chance : et dire qu'il pensait avoir surmonté avec succès son épreuve, épreuve pacifique, tout à fait adaptée à son caractère. A présent il était en plein combat dans un des travaux qui n'était pas le sien. Mais la vie de son frère était en jeu, alors il devait vaincre, même si c'était contre un Berserker divin ! Il chercha alors à gagner du temps et recula de quelques mètres avant de s'adresser en ces termes au bourreau de Jabu :
- Dis-moi, comment as-tu pu venir si facilement à bout de mes chaînes réputées indestructibles ? Cela fait pas mal de temps déjà qu'elles ne sont plus de bronze. Réponds-moi.
Diomède entrant dans son jeu stoppa alors momentanément son assaut soutenu.
- Imbécile ! Ne t'ais-je point dit que j'avais moi aussi une cuirasse divine ? Je concède que mon cosmos à lui seul n'aurait peut-être pas pu en venir à bout, même si j'en doute, mais n'as-tu pas remarqué l'aspect tranchant de ma protection ? Aussi puissantes soient tes attaches, jamais elles ne seront aussi résistantes que ta maudite armure sacrée, pas plus qu'elles ne peuvent égaler la résistance de ma cuirasse. Elle est munie de lames acérées rétractables : ce sont elles qui ont entaillé tes liens avant que je ne les brise définitivement de par ma force brute.
Sans même qu'il ne s'en rende compte, Diomède était tombé dans le piège. Présentement Shun était à quelques mètres de distance, et, en simultané du discours de son vis-à-vis, il avait subrepticement maintenu son cosmos en éveil, juste assez pour que ses chaînes se ressoudent au nez et à la barbe du descendant divin. A présent il se sentait en meilleure posture, situation qui ne tarda pas à se confirmer lorsque son opposant, explications faites, repartit à l'assaut et se heurta à un mur infranchissable.
- Abandonne et laisse-moi rejoindre mon ami. Il se meurt ne vois-tu pas ? lui dit Shun, les yeux humides et le regard implorant. - Ö pitié pas ça ! Je crois que je préférais encore l'autre là-bas. Au moins lui ne geignait pas à longueur de temps et se battait. Enfin, essayait de se battre…
Le Saint d'Andromède fit une moue de dépit puis tendit sa chaîne entre ses deux mains, en un geste signifiant qu'il était enfin prêt à se battre, jusqu'au bout.
- Tu ne me reprocheras pas de n'avoir essayé. Que mon arme forme une nébuleuse : la nébuleuse d'Andromède !
La divine chaîne s'étala alors au sol, telle des vagues successives, dans un tintement magnifique rappelant ceux d'un carillon : le carillon d'Andromède. La chaîne ainsi dessina la nébuleuse d'Andromède, imparable défense se dressant face à tout agresseur.
- Décidément ta défense me semble pitoyable !
Diomède s'avança alors, sans se douter de ce qui l'attendait. Arrivant à la vitesse de la lumière en direction de son adversaire, la chaîne se souleva pour le stopper dans son élan et le frapper de plein fouet, lui envoyant par la même une décharge de plus de dix-milles volts. Le guerrier des Supplices, après s'être difficilement reprit, envoya un regard méprisant au Saint, avant de lui asséner ces paroles assassines :
- Misérable, te cacher ainsi derrière ton rempart ! Tu ne perds rien pour attendre. Une fois que je me serai débarrassé de tes mailles, tu souffriras crois-moi. J'avais bien raison : tu te caches derrière ton arme comme une fillette se cacherait dans les voiles de sa mère ! - Garde ton fiel pour toi. Si la nature m'a doté de cette chaîne c'est pour m'en servir, tout comme nous nous servons d'armures. Et pour te prouver que je ne fais pas que me défendre et que je suis un véritable homme, goûte aux vagues de tonnerre ! Thunder Wave !
Le guerrier n'en attendait pas moins : alors que la chaîne s'apprêtait à le toucher, il sauta pour l'éviter, souhaitant ensuite se jeter sur son adversaire privé de défense comme d'attaque. Mais il ne se doutait pas que cette dernière le suivrait inlassablement, à l'autre bout du monde s'il le fallait. Malgré tout il se dirigea droit vers Shun qui, ayant paré à toute éventualité, venait de dresser sa deuxième chaîne tout autour de lui, exécutant ainsi sa technique de Rolling Defense. Venant alors s'écraser contre le mur d'acier, Diomède reçut le poinçon de l'arme, étrangement nimbée du cosmos rosé de son porteur, juste entre les omoplates. Pourtant, même si sa défense ne faiblit pas, le Chevalier d'Andromède fut projeté avec ses maillons à quelques mètres, son adversaire dépité, sa protection ayant volé en éclat au niveau du dos, à l'endroit même où la pointe l'avait frappé.
- Im… impossible. Ma cuirasse est réputée indestructible ! - Sache que rien n'est invincible en ce monde, rien ni personne. Tu me l'as rappelé en brisant mes chaînes et ce, pour ta propre perte. C'est pourquoi cette fois-ci j'ai accompagné ma chaîne de mon cosmos, pour ajouter de ma puissance à la sienne, tout comme tu ajoutas ta puissance aux tranchants de ton armure. Acceptes-tu maintenant de rendre les armes ? - Mais pour qui me prends-tu à la fin ? Un lâche ? Sale morveux ! Je vais te faire ravaler ta saleté de jouet et empailler ton corps une fois que je t'aurai fait mordre la poussière ! Je ne supporte plus tes mièvreries !
Son cosmos, pour la première fois depuis qu'il s'était retrouvé face à Shun, s'accrut à son paroxysme, ses si précieuses cavales s'agitant dans les reflets de son aura aux couleurs rubis. Le porteur de la panoplie sacrée d'Andromède se mit en position de défense, augmentant à leur maximum la vitesse de ses liens tournoyant tout autour de lui en une protection quasi-parfaite. Ses cheveux verts ondulaient sous le souffle de sa propre cosmoénergie.
- Nous allons voir si tes chaînes sauront te protéger du cruel sort que je te réserve ! Crucifixion !
Le sol à nouveau trembla, Shun ne parvenant à garder son équilibre que de manière extrêmement précaire. Quand soudain, d'en dessous de lui une croix apparut, déchiquetant son rempart d'acier et le clouant littéralement à cette potence. Les entraves d'Andromède la mythique perdirent alors toute vigueur, pendantes aux poignets de leur propriétaire comme si elles n'étaient que de vulgaires filaments dénués de toute vie..
- Décidément Andromède, voilà que tu endosses totalement le destin de ta protectrice… A la différence près qu'elle était enchaînée sur un rocher, et non sur une croix ! Ahahah.