Terre des Hommes — Partie 19

Le corps de Ban était ensanglanté, son armure en lambeaux, des bleus épars parsemaient son corps gravement meurtri, et nombre de ses os étaient brisés. A ses pieds, une large flaque écarlate s'agrandissait de plus en plus, signe qu'il n'en avait probablement plus pour longtemps. Pourtant le Saint d'Athéna ne ressentait plus la douleur ; ses yeux semblaient vides, une seule lueur y brillant encore : la volonté. Volonté de sauver Geki enchaîné des tortures de son bourreau. Volonté de lui laisser la voie libre pour venir à bout de leur épreuve. Volonté de remporter ce combat pour défendre enfin les valeurs véhiculées par Athéna, déesse de Justice.

Ecartant les bras, ancrant ses jambes bien solidement au sol, il semblait puiser ses forces au sein même de la terre. Pourtant c'était bien en lui qu'il invoquait toute la grandeur de son cosmos, faisant exploser toute la puissance qu'il était encore capable de requérir. Son corps était brisé, son armure en miettes, ses sens meurtris, mais son cosmos brillait, comme jamais encore il n'avait brillé, en totale harmonie avec sa constellation. Comme ils seraient fiers alors, comme ils seraient fiers ses frères face à qui il se sentait si insignifiant avant. En cet instant plus rien en lui ne rappelait celui qui s'était fait battre par Jabu au tournoi intergalactique. A présent il était le lion majestueux, et non plus le lionceau apeuré.

Nemos quant à lui n'avait pas attendu, il était déjà sur Ban à le ruer de coups, mais ce dernier continuait à se concentrer, faisant fi de la douleur, ignorant les coups qu'on lui administrait ! Puis d'un coup, sec et net, le jeune Saint enfonça son poing dans le ventre de son vis-à-vis, pénétrant sa protection et s'enfonçant dans la chair, jusqu'au sang. Le regard de Nemos changea alors du tout au tout, à la fois étonné et apeuré. Retirant son poing ensanglanté, le Lionnet administra un coup de pied latéral à hauteur de la hanche de son adversaire, ce qui eut pour effet de l'envoyer s'écraser contre le sol rugueux de cette île berceau de tant de morts déjà.

- Pourquoi ? Pourquoi tant de haine dans ta vie ? - Parce que sur cette île c'est le seul moyen de survivre. Ici les hommes montrent leur vrai visage : celui de la cruauté et de la brutalité. Seuls les plus forts peuvent survivre : les faibles immanquablement meurent. - Et tout le plaisir que tu y prends ?! - Sache que les distraction ici sont inexistantes, il me faut bien m'amuser parfois !

Un sourire mauvais se dessina alors sur son visage, déformant la cicatrice gravée sur sa joue.

- Tu ne comprendras donc jamais la valeur des êtres humains et la chaleur des sentiments ! Je ne peux plus rien pour toi, je suis désolé…

Le Lion Black Saint se tenait au ventre, sa Cloth se reconstituant par petits morceaux, dans un enchevêtrement incroyable et hypnotisant. Malgré tout Ban n'y prêta attention, car il était au bord de l'inconscience. Son cosmos orangé brûlant tout autour de lui, il ressemblait à une vive torche se déplaçant à toute allure vers son adversaire. Quand ce dernier tenta de parer son coup, Ban cria juste :

- Adieu Nemos ! Par le sursaut du Lionnet !

Ban s'élança alors à une hauteur vertigineuse. Nemos se protégea de ce coup, tout comme auparavant. Mais Ban ne s'écrasa pas sur l'avant-bras de son opposant, bien au contraire. Il passa au-dessus du Lion Noir, tête en avant, et resserra ses jambes autour du cou de son adversaire, le faisant ainsi tomber dans sa chute, le retournant complètement au sol. L'aura noire, zébrée de striures, fut comme en proie à une impulsion soudaine quand, une ultime fois, Nemos déchaîna au contact même de son adversaire son terrifiant arcane.

- Nemeus Bloody Grip !

Et là le bruit, sec, net, morbide, le crac, mortelle brisure. Simultanément, deux attaques venaient de faire effet. Conjointement, deux cosmos venaient de disparaître, s'évaporant de concert, alors que si omniprésentes quelques secondes auparavant. Le Chevalier Noir gisait entre les jambes de Ban, la tête pendante sur le côté, les yeux vides et ouverts, la nuque visiblement brisée. Quant au Leo Minor Saint, de terribles griffures lui parsemaient le corps. De son armure ne restaient que des bribes de bronze. Tout en lui n'était que plaie ouverte. Il était en proie à d'horribles spasmes qui convulsaient son corps, enveloppe de souffrance qui ne demandait qu'à s'éteindre pour enfin trouver la sérénité.

- Ban ! Ban ! Non, mon frère…

Geki venait d'arriver et tenait son ami dans ses bras de colosse. Il ne retenait pas ses sanglots et passait sa main dans les cheveux du Petit Lion.

- Ban, je t'en prie, n'abandonne pas. Je… Je te promets que tu vivras, s'il te plait, ne nous laisse pas. - Geki… A présent tu ne peux plus abandonner. Mon sacrifice ne doit pas être inutile. Je savais qu'il me faudrait mettre ma vie en jeu pour Athéna, car tel était mon destin. - Tais-toi, tu ne mourras pas, je te ramènerai sauf vers nos frères. Tu vivras, TU VIVRAS TU M'ENTENDS ! BAAAAN !!!

Le Chevalier de la Grande Ourse frappait doucement son compagnon d'armes sur le torse, des larmes inondant son visage.

En ce triste jour le Petit Lion aura sorti ses crocs et, de lionceau, sera devenu majestueux lion. Une constellation dans le ciel du Nord brilla comme jamais auparavant, pour finalement s'éteindre dans une voûte noire d'encre, sous une pluie d'étoiles filantes, d'étoiles d'adieux…

* * *

Près de la grotte, à flanc de volcan, une ombre étrange observait passivement la scène. La silhouette semblait immense, et les deux cornes acérées se dessinant au sol ne faisaient que rendre cet être encore plus menaçant.

- Tu l'auras payé de ta vie Nemos. Et même si au fond tu n'étais qu'un imbécile, on ne tue pas impunément un Chevalier Noir !

Un éclat rouge inquiétant passa alors dans ses yeux alors que son corps tout entier restait dissimulé dans l'ombre, tel un chasseur à l'affût d'une nouvelle proie…

Terre des hommes

Une plaine fleurie aux abords d'une citée entourée de hautes murailles. Deux hommes se faisaient face : l'un était au côté d'une magnifique cavale à la robe immaculée, une aura gigantesque transparaissant tout autour de lui, laissant percevoir quatre juments spectrales ; l'autre semblait dans un état pitoyable, l'un de ses bras pendant sur le côté, comme brisé. Malgré tout, dans l'aura violacée brillait une magnifique licorne au teint virginal, avec un éclat d'une pureté inégalable.

Le spectacle était saisissant : l'aura rougeoyante du guerrier aux cavales emplissait l'atmosphère. Les juments semblaient avoir atteint une taille colossale, se cambrant comme pour écraser la mythique licorne qui paraissait bien dérisoire face à ces furies prêtes à la dévorer pour s'en approprier les pouvoirs. Toutefois, le Chevalier en armure violette résistait, tant bien que mal, étouffé par le cosmos imposant de son adversaire : Diomède, guerrier des Supplices, fils d'Arès. En effet, Jabu, preux Chevalier de la Licorne, faisait à présent face à cette machine de guerre qui déployait un cosmos n'ayant d'égal que celui d'un Chevalier d'or.

L'Unicorn Saint semblait transi de peur, comme le serait une souris face à un serpent, hypnotisé par le pouvoir se dégageant de son adversaire. Tout en Diomède inspirait la crainte : une sensation de brutalité, de violence et de cruauté se dégageait insidieusement de sa cosmoénergie. Quant à son apparence, elle était tout aussi intimidante : le roi de Thrace devait en effet mesurer presque deux mètres, des cheveux longs et gris encadrant un visage carré des plus viril. Ce visage était celui d'un homme barbu embrasant le monde de ses yeux gris-bleus acier, froids comme le métal. Sur son corps puissant était apposée une armure des plus recouvrante, sertie de deux fines ailes, protection aux teintes rouges et noires, aux aspects tranchants, et surtout à l'allure prédatrice, létale : la cuirasse des Supplices, léguée par Arès à son fils chéri.

- Chevalier inconscient, tu vas devoir faire face à ma colère à présent ! Ton ami s'était déjà un peu trop permis en me défiant tout d'abord, mais là, en dérobant mes précieuses cavales, il a largement dépassé les bornes. Puisque tu le défends, tu subiras non seulement la colère d'un roi, mais aussi celle du guerrier thracien : la colère de Diomède, guerrier des Supplices, fils d'Arès !

Ses paroles dites sur un ton si grave résonnaient inlassablement dans l'esprit de Jabu, encore et encore, jusqu'à ce qu'il soit arraché de ses songes par cette même voix qui l'interpella :

- Qu'y a-t-il ? Me craindrais-tu à ce point que ta langue t'empêche de parler ? - Je… Je n'ai pas peur de toi, et tu te rendras vite compte qu'une cavale, aussi puissante soit-elle, ne peut en rien venir à bout d'une licorne ! - Nous verrons bien qui de la prude licorne ou de la sauvage jument vaincra !

Subséquemment Diomède fit exploser son cosmos qui balaya littéralement celui de Jabu et le projeta de plusieurs mètres en arrière. Malgré tout, le Saint d'Athéna se releva, pensant à Saori perdue dans ses éternels songes, et qui, pour une fois, requérait son aide. Son esprit vogua également vers Abdéros, fidèle ami qu'il avait enfin retrouvé et qu'il ne souhaitait plus jamais perdre ; vers ses frères qui eux aussi se battaient et qui, pour Athéna, n'avaient pas le droit de faillir. Il se dirigea alors vers son adversaire, le sourire aux lèvres, comme pour lui prouver qu'à présent il n'avait plus peur, car il ne se sentait plus vulnérable, il ne se sentait plus seul. Ailleurs, dans des lieux inconnus de lui, tous menaient bataille, tous pour un même idéal, dans un même but : l'éveil d'Athéna pour la sauvegarde de l'Humanité !

- Pff ! Tu aurais mieux fait de rester à terre. Dans ma grande clémence je t'aurais achevé d'un unique coup. D'ailleurs je t'assure que tu ne resteras pas longtemps seul dans l'Hadès, ton impudent ami t'y rejoindra bientôt, ne t'inquiète pas ! - Jamais tu entends ! s'écria Jabu. Sais-tu pourquoi je suis ici ? - Que m'importe ! - Pour mettre fin à ta cruauté et aux maux que tu répands tout autour de toi. Mais pas seulement pour cela, également pour sauver Athéna plongée dans un sommeil sans fin. - Ahahah ! Et que crois-tu que cela change ? J'abhorre Athéna, tout comme mon père, qui la hait férocement. Voilà donc une raison de plus pour moi de te tuer, car si tu échoues, Athéna se verra condamnée et mon père m'élèvera ainsi probablement au rang de dieu !

Un éclair d'inquiétude traversa alors le cerveau du Chevalier. Comment avait-il pu croire un instant que l'enfant d'Arès pourrait accorder quelconque importance à ses paroles ?

- Très bien. Je vois qu'il ne me servira à rien de discuter avec toi ! Alors en garde Diomède. Puisque toi-même avoues ne pas être divin, tu n'es rien d'autre qu'un mortel : mon égal. - Pff ! Tu me fais vraiment pitié. Je n'ai pas de temps à perdre alors goûte à mon ultime arcane : Crucifixion !

Le cosmos de Diomède sembla pénétrer le sol pour disparaître dans les profondeurs de la terre… Un bruit des plus inquiétant accompagné de secousses se fit alors entendre. Jabu essaya tant bien que mal de garder l'équilibre sur cette plaine fissurée par les tremblements. Un son plus fort encore se répercuta dans l'ouïe du Chevalier impuissant qui se vit soudain clouer sur une croix sortie tout droit de terre, influée par le cosmos du demi-dieu en protection rougeoyante.

- Te voilà maintenant sous ma domination ! Laisse-moi t'expliquer quel sera ton funeste destin, jeune impétueux. Cette croix n'est pas une vulgaire potence et tu t'en rendras bien vite compte : elle est virtuellement indestructible ! Aucun être humain n'a jamais réussi à s'en délier, et bien mal t'en prendra si tu tentes de t'en dérober. A présent il ne te reste que deux alternatives : ou laisser ta vie s'échapper dans une lente agonie qui verra ta mort surgir par la faim, la soif, la chaleur et d'autres splendides merveilles dont nous font cadeau mère nature, ou alors tu mouras dans d'atroces souffrances en essayant de te détacher de ma croix. - Laisse-moi rire Diomède ! Je suis un Chevalier et ça n'est pas une simple croix qui me retiendra. Pour qui me prends-tu ?

Les yeux du roi transpercèrent alors Jabu de leur éclat d'acier, ce qui eut pour effet instantané de lui donner des frissons de frayeur, bien malgré lui.

- Soit ! Tu es libre de ta destinée. Si tu désires une mort douloureuse et sanglante… adressa-t-il a l'encontre du crucifié tout en caressant sa cavale au regard étrange, presque cruel…

En effet, Jabu était déjà en train de concentrer son cosmos. Quand soudain toute son énergie retomba, ses seuls cris résonnant dans l'atmosphère unique de ce lieu de duel mortel : de ses membres liés des gouttes de sang perlaient au sol, signe de son corps transpercé. La douleur le clouait à sa potence.

- Je t'avais prévenu ! Au moindre signe de cosmos les clous acérés de ma croix sortent de leur tanière pour venir transpercer mains et pieds de leur captif. Alors si tu souhaites momentanément prolonger ta vie, tu n'as plus qu'à tranquillement attendre que la faucheuse vienne accomplir son office.

Le Saint d'Athena releva alors la tête pour ne pas perdre la face devant son adversaire. Conscient de la terrible situation dans laquelle il se trouvait, il ne souhaitait tout de même pas laisser voir sa peur et sa douleur à son adversaire. Tout en fixant son vis-à-vis, il hurla :

- Tu n'es qu'une ignoble créature à l'image de ton père ! - Il suffit ! tonna le roi thracien, faisant vibrer le sol de son aura. Comment oses-tu juger mon père alors que tu ne le connais même pas ? Puisque ta fierté et ton arrogance n'ont aucunes limites, alors ma cruauté n'en aura aucune ! Ca n'est pas le temps d'agonie passé sur cet édifice mortuaire ni même te voir transpercé par ma croix qui suffiront à apaiser ma colère.

Une lueur maléfique passa alors dans ses yeux tandis qu'un rictus mauvais se dessinait sur son visage. Décidément Jabu était en mauvaise posture cette fois, enfin plutôt, encore une fois…

- C'est ma jument qui tranchera le fil de ta vie ! Puisque ton ami lui a enlevé ses sœurs, elle se fera une joie d'assouvir sa vengeance sur ta personne, à même ta chair encore vivante arrachée de ton corps par mes mains !