Terre des Hommes — Partie 18

- Et si je m'en prenais à lui, peut-être cela t'enlèverait un peu de ta superbe. Qu'en penses-tu ? menaça le geôlier en montrant Geki du doigt. - Jamais ! Laisse-le en paix ! Ce n'est pas lui ton adversaire ! Il ne l'a jamais été ! - Qu'importe ! Toi, lui : pour moi vous êtes les mêmes : deux êtres qui ne vont pas tarder à succomber à mes tortures. - Monstre ! - Je vois que tu ignores les plaisirs que procure une torture administrée des mains d'un expert. Hinhinhin ! Grâce à moi tu vas assister à ce spectacle unique. Tu pourras goûter à chacun des cris de ton ami. Tu verras à quel point s'amuser des douleurs d'autrui est jouissif. Douleur, cris, sang, tout ça n'est que pur délice pour celui qui sait les apprécier à leur juste valeur. - Psychopathe ! - Tu apprendras à aimer ! Je te le garantis. Et quand son tour sera fini, le tien viendra. Ne dit-on pas que plus l'attente est longue plus le plaisir est grand ? Hinhin. Les visiteurs sont si peu nombreux sur l'Ile de la Reine Morte que j'en avais presque oublié toutes ces joies simples. - Death Queen Island ? répétèrent de concert Ban et Geki. - Où croyiez-vous que vous vous trouviez en atterrissant ici ? Il n'y a qu'un seul enfer sur Terre, et ce lieu, vous vous y trouvez. Je me fais d'ailleurs une joie d'être votre hôte !

Un sourire malsain éclaira alors son visage tandis qu'il s'approchait du Chevalier de la Grande Ourse.

- Bon, maintenant qu'on a bien rigolé les gars, il est temps de passer à l'action. Que le spectacle commence ! dit-il en faisant un clin d'œil à Ban. - Je te jure que si tu touches à un seul de ses cheveux, tu le paieras, et de ta vie ! Non ! Nooooooooooooon !!

Les hurlements d'un homme, suivis des cris d'un ami, révolté…

Geki se tordait de douleur, les larmes aux yeux. Un doigt était enfoncé à hauteur de son appendice, et son propriétaire se faisait une joie de l'enfoncer, bien doucement, en le tournant légèrement à chaque millimètre gagné dans la chair. Puis il le retira, d'un coup sec.

- Qui es-tu, monstre, pour faire de telles choses ? Je pensais connaître ton identité, mais je me suis trompé ! Jamais celui auquel je pensais ne serait capable de ça.

Le guerrier se retourna alors furieusement, venant empoigner la tête de Ban par le menton.

- Qui ça lui ? Tu parles de ma copie ? De ce vulgaire Chevalier tellement peureux qu'il n'a jamais voulu venir m'affronter en personne ! Pff, si tu savais à quel point je le hais ! Sans même le connaître je le hais, pour être placé sous la même constellation que la mienne et me prendre ma lumière ! - Ta lumière ?! Quelle lumière ? Ton âme et ton cœur sont aussi noirs que l'armure qui est tienne ! Alors qu'Aiolia est noble et valeureux, tu n'es qu'un vulgaire assassin brutal et sanguinaire, Chevalier Noir du Lion ! - Ainsi tu savais ? Tu savais qui j'étais ?! - Nos frères vous ont déjà affronté par le passé. Le Phœnix avait pourtant mis fin au règne des Chevaliers noirs, c'est pour ça que je ne voulais d'abord pas y croire. - Mets-toi juste dans le crâne que l'Ile de la Reine Morte est immense : on ne compte pas les grottes et galeries souterraines qui la parsèment. Nombreuses sont les armures déchues à être dissimulées sur ses terres brûlantes, et la récente éruption en a fait ressurgir certaines qui étaient jusqu'alors cachées profondément sous des tonnes de magma. Il me faudrait penser à remercier cet Ikki si j'y pense un jour. Hinhinhin ! - Tu ne rirais pas si tu le croisais sur ton chemin sois en sûr. - Pfff, que ferait cet Ikki contre moi, Nemos, Chevalier Noir du Lion ? Grâce à cette armure qui est mienne, je suis invincible, ce qui n'est pas votre cas, comme tu peux le constater sur ton ami.

En effet, un épais filet de sang s'écoulait de la plaie profonde que venait d'infliger Nemos au protégé de la Grande Ourse. La scène avait vraiment quelque chose d'irréel.

Une grotte taillée à flanc de volcan, une atmosphère suffocante, deux Chevaliers d'Athéna blessés enchaînés aux parois. Entre les deux, Nemos, Chevalier Noir du Lion, prêt à recommencer ses tortures sur le colosse qu'était Geki. Le contraste était saisissant : autant Geki était immense par la taille, autant sa douleur et la lueur dans ses yeux le faisaient ressembler à un jeune enfant impuissant face à la cruauté des adultes.

- Tu vas bientôt arrêter de chialer! hurla le bourreau à sa victime tout en lui envoyant un rayon de cosmos qui traversa sa cuisse, le faisant hurler de douleur.

Ban, ne supportant plus ce spectacle immonde, se concentra afin de sentir l'univers en lui, de ressentir le cosmos embraser son corps et d'enfin briser les chaînes qui le maintenaient impuissant, spectateur affligé des tortures infligées à son frère qu'il aimait tant. Tout d'abord Nemos ne perçut rien, trop occupé dans son sadisme à lécher le sang qui s'écoulait de la blessure profonde infligée au Saint à l'armure bleue nuit. Soudain la paroi de la grotte explosa derrière lui, projetant des éclats de roche qui le firent aussitôt se retourner. Ce qu'il vit l'étonna au plus haut point : Ban était là, revêtu de son habit blanc et de sa Lionnet Cloth, flamboyant de tout son cosmos, son animal protecteur étant clairement visible en son aura.

- Ainsi chien, tu t'es libéré de tes entraves ! Tu ne préfères donc pas patiemment attendre la fin ? A moins que ce soit le fait que je m'occupe de ton ami plutôt que toi qui te dérange ?

Ban jeta un regard en direction de son compagnon. Geki semblait avoir sombré dans une totale apathie, étant retenu dans sa chute uniquement par ses chaînes, sans lesquelles il serait déjà été en train de gésir au sol.

- Tant qu'une étincelle de vie brûlera encore en moi, jamais plus tu ne toucheras à lui ! Tu m'entends ?!

Jamais auparavant le Chevalier du Lionnet n'avait éprouvé autant de haine envers quiconque. En aucun cas sa volonté d'anéantir un être n'avait été plus pure que celle de trancher le fil de vie qui maintenait Nemos sur cette Terre.

- Tu as osé lui faire du mal, faire couler son sang, sciemment ! Et tu y as même pris du plaisir ! Je te hais, je t'abhorre, tu es le mal et représentes absolument tout ce contre quoi Athéna et ses Chevaliers se battent. Je n'ose imaginer tous les maux de ceux qui ont souffert par ta faute. Pour mon ami, pour toutes ces âmes damnées par ta faute, pour tout ceux-là, je jure que les dernières gerbes de sang que tu verras couler au sol seront les tiennes.

En même temps qu'il énonçait ses paroles, son cosmos croissait d'une manière phénoménale pour un Chevalier de bronze. Tous ses sentiments, toutes ses émotions, ses frustrations passées, tout cela formait un maelström d'énergie détonante qui emplissait la caverne et commençait à donner des sueurs froides au Black Saint.

- Comment ? Comment est-ce possible ? Il y a quelques minutes encore tu n'étais qu'un Chevalier de basse extraction, à peine capable de rivaliser avec un garde noir. Et maintenant… - Et maintenant le Lionnet montre sa rage et prend de l'ampleur ! Nous allons voir si ton horrible rire emplira encore ces lieux dans quelques instants !

La peur désormais se lisait clairement dans les yeux exorbités de Nemos. Néanmoins il ne s'avouait pas vaincu pour autant, loin de là. Son cosmos obscur strié d'éclairs prenait lui aussi de l'ampleur autour de son corps. Les deux guerriers se faisaient maintenant face. Dos au mur, au fond de la grotte, se trouvait un Chevalier de l'Espoir, représentant la lumière dans ce monde, derrière lequel transparaissait un félin au pelage orangé et à la crinière sombre, prêt à bondir. Face à lui, à l'entrée de la grotte, se tenait un Chevalier renégat, obscure force pervertissant ce monde, un majestueux lion noir aux yeux rouges, toutes griffes en avant, illustrant son aura ténébreuse. Leurs cosmoénergies se défiaient et l'atmosphère déjà si lourde et étouffante était chargée d'une quantité colossale d'énergie. Rien n'existait plus autour d'eux. La seule pensée qui animait encore leurs esprits était la totale annihilation de l'autre. Quand enfin le Chevalier Noir passa à l'attaque :

- Péris pour ton impertinence ! Nemeus Bloody Grip !

Ainsi le temps parut se suspendre. Tout se passa comme au ralenti. Ban courut alors en direction de son adversaire, le lion noir s'élançant vers lui, gueule béante. Le Petit Lion lança à son tour son arcane majeur :

- A présent voyons quel lion se fera dévorer le premier ! Lionnet Bomber !

Toutes griffes dehors, les deux illusions félines se fonçaient dessus à une vitesse optimale. Enfin la rencontre se fit, brutale, violente. Le lion noir arriva à hauteur du lion ocre et lui asséna un coup de griffes en direction de la jugulaire. Le lionnet tourna instinctivement la tête et attrapa dans sa mâchoire la puissante patte, avant de la lâcher et de reculer de quelques mètres en un majestueux saut arrière. Puis se rétablissant gracieusement, il fit exploser toute sa puissance dans ses pattes arrières et, d'une détente fulgurante, fonça vers son ennemi. Il demeurait gueule ouverte toutes griffes dehors pour enfin voir le sang du lion noir se répandre et maculer le sol. A ce moment là les jambes de Ban arrivèrent à hauteur du plastron de Nemos et, illuminées de cosmos orangé, transpercèrent la protection du Lion Noir pour atteindre son corps dans une gerbe de sang.

Le guerrier à la sombre aura se pencha alors en avant, posa main au sol et cracha un peu de sang. Il se releva, la main droite apposée à l'endroit où son plastron avait été détruit, et regarda Ban avec des yeux hallucinés. Ce dernier prit alors la parole :

- Je savais bien que, mis à part son apparence, ta protection n'a rien de semblable à celle du Lion Saint. En réalité ce n'est qu'un vulgaire ersatz que tu portes sur tes épaules. Je me demande même si ma propre armure de Bronze n'est pas dix fois plus résistante que la tienne. - Pff, comment oses-tu comparer ma protection à la tienne ? Vois ce qui fait la différence entre toi et moi !

Concentrant son cosmos dans ses mains, à l'endroit même où son plastron avait volé en éclats, Ban assista incrédule à la reconstitution de l'armure.

- Ainsi donc constate que les armures d'Athéna ne sont pas les seules à détenir des pouvoirs. L'armure noire du Lion est virtuellement indestructible ! hinhinhin ! Elle se régénérera automatiquement à la moindre fissure. - Tu mens ! Seule l'armure du Phœnix est capable de telles prouesses ! - Elle ne vaut rien à côté de la mienne ! Comment crois-tu que l'armure du Lion a pu survivre si longtemps dans les magmas brûlants de notre île ? Si ce n'est en développant des facultés d'adaptation hors normes. - Peut-être, mais connais-tu seulement la différence qui sépare une Cloth sacrée d'une black Cloth ? Nos armures sont vivantes, alors que les vôtres ne sont que métal mort ! - Il faut croire que la mienne échappe à cette règle alors. C'est le sang que je fais couler qui nourrit mon armure et la fortifie, c'est lui qui nous rend invincibles. - Foutaises ! Même si je dois y laisser la vie, c'est sur l'autel de la justice que je te sacrifierai, t'emportant avec moi !

Ban se jeta alors sur son adversaire, dans un échange de coups, de feintes, d'esquives et de blocages. Rien d'autres que des éclats de lumière ne transparaissaient aux yeux d'un homme non averti. Pourtant, en quelques secondes, des milliers de coups avaient été donnés. S'écartant instinctivement l'un de l'autre, ils s'observèrent à nouveau en silence. Quand le Lionnet Saint cracha du sang… L'essuyant d'un revers de main il constata, dépité, que son adversaire ne souffrait d'aucune blessure suite à cet assaut. Son armure le recouvrait presque intégralement et si tant est qu'il arrive à l'entamer partiellement, cette dernière se reconstituait invariablement.

Comment, comment puis-je faire pour mettre fin à ce combat ? Je frôle une vitesse proche de la lumière mais pourtant mes coups ne semblent pas être assez puissants pour véritablement détruire son armure. Et même là elle se reconstituerait… Je ne pourrai pas continuer comme cela longtemps, d'ici peu mes forces m'abandonneront et je serai alors à sa merci. Je dois rapidement trouver un moyen de le vaincre. De toute façon je n'ai pas le choix, je ne peux pas perdre, pour Athéna, pour Geki…

- Nemeus Bloody Grip !

Le Lionnet fut projeté à plusieurs mètres, happé par la force du Lion de Némée, par son étreinte sanglante et létale. Ses os craquèrent sous l'impact et son poignet se brisa lorsqu'il tenta, non sans mal, de se rétablir au sol. Il resta allongé ainsi, alors que Nemos s'approcha, lentement, pas à pas. Puis il rit devant le corps meurtri du Bronze Saint.

- Hinhinhin, je ne sais pas ce qui vous a amené sur cette île, mais vous auriez mieux fait de rester dans votre Sanctuaire toi et ton ami.

Dès lors roua-t-il le pauvre guerrier de coups de pieds, sans relâche, laissant Ban se tenir douloureusement le ventre. Le Black Saint s'apprêtait à l'achever, levant son pied à hauteur du visage, pour en finir une bonne fois pour toutes.

- Crève ! Yaaaaaah !

Un cosmos illumina soudain les lieux. Nemos était là, tentant d'abaisser son pied pour en finir enfin. Pourtant, il ne le pouvait pas. Ban, ensanglanté, aux frontières de la mort, concentrait sa force dans ses mains et bloquait le pied de son bourreau. Il fit brutalement exploser sa cosmoénergie et repoussa le Lion Noir, qui se réceptionna au sol quelques mètres plus loin.

- Tu es pire que la mauvaise herbe à ce que je vois, tu ne crèveras donc jamais ?! dit-il avec un rictus mauvais. - Je te l'ai dit, je n'en ai pas le droit !