Terre des Hommes — Partie 17
- C'est pas gagné d'avance si je commence ma quête en broyant du noir ! dis-je à haute voix en envoyant valser une pierre du bout de mon pied.
Je continuais à avancer en direction du volcan, comme si quelque chose là-bas m'attirait, poussé en cela par mon instinct. Un craquement survint brusquement derrière moi, sec, net, comme si un animal avait marché sur une planche et l'avait brisée. Me retournant vivement je ne vis rien d'autre que cette étendue rougeoyante et désolée qu'offrait cette île monstrueuse, berceau de toutes les tares atmosphériques. La mer, au loin, laissait entendre les vagues s'écrasant violemment contre les récifs mortels pour quiconque tenterait une approche. C'était comme si ce bruit de craquelure n'avait jamais eu lieu… Non, impossible ! Je n'avais pourtant pas rêvé, pas dans mon état d'alerte ! J'avais la chair de poule et tous mes sens étaient aux aguets. Là !
Me baissant, je ne pus qu'éviter de justesse un rayon de cosmos qui passa à quelques millimètres de ma tempe, coup dont le but clairement avoué était de me plonger dans l'inconscience, la mort peut-être même… Pourtant j'avais beau regarder alentour, je ne distinguais strictement rien. Alors qu'à des mètres à la rondes ne se dressaient ni rocher ni végétation, pas même un fossé empli d'autre chose que de lave incandescente, je n'arrivais à discerner de visu aucune présence tangible. Qui pouvait donc être expert à ce point pour arborer un masque d'invisibilité parfaite en un lieu dénué de tout abri ? Un être infernal, à l'image de ces lieux sordides…
- Mon… montre toi, qui que tu sois !
Un coup d'une puissance prodigieuse me fut alors asséné au bas du dos, me projetant au sol et me faisant glisser sur plusieurs mètres, la tête enfoncée à même le sol brûlant. Heureusement que ma protection avait encaissé presque tout le choc sinon je ne sais pas si j'aurais eu la force de me relever. Debout à nouveau, je me dirigeai vers l'endroit d'où, me semblait-il, avait émané le coup. Mais toujours personne en vue… Comment allais-je pouvoir avancer, ou même espérer me battre avec mon adversaire, si celui-ci refusait de se montrer à moi ?! J'avais beau me concentrer, je ne parvenais à déceler une once de cosmos. La peur au ventre, je me mis alors à courir en direction du volcan, espérant que ces éclats soudain de cosmos qui avaient stoppé mon chemin ne fussent qu'éphémères et illusoires.
- Ahahahahah !
Ce rire, ce rire tonitruant et moqueur ! Je n'avais pas rêvé ! Décidément, quelqu'un se jouait de moi et il était temps que ce petit jeu cesse enfin.
- Qu'est-ce qui te fait tant rire ? Vas-tu enfin te montrer ou faut-il que je te démasque ?! - Pff, vulgaire bronze, crois-tu vraiment être de taille face à moi ? Regarde seulement comme tu trembles !
Et il avait raison… Dans un effort surhumain je parvins à me calmer enfin… quand un coup d'une étonnante rapidité et d'une puissance phénoménale me souleva du sol. Instantanément une puissante douleur vrilla mes abdominaux. Quelques secondes passèrent avant que je ne retombe lourdement au sol, pour mon plus grand mal… Ventre à terre, crachant un peu de sang, je constatais que j'avais dû perdre mon casque durant l'assaut. Je réouvrais peu à peu les yeux, la vue troublée de par le sang s'écoulant de mon arcade. D'imposantes jambes se tenaient devant moi. Remontant alors mon regard le long de celles-ci je vis… Non ! Ce fut comme si un éclair passait à la vitesse de la lumière dans mes pensées embrumées. Cette stature, cette armure, ce rire, et cet arcane si destructeur. Impossible ! Tout avait cependant été fait pour que je devine, mais pas une fois l'idée ne m'avait traversé l'esprit.
Soudain ses deux mains jointes s'abattirent sur ma tête, me plongeant dans l'inconscience… Impossible ! J'avais déjà échoué. Ce fut comme si une montagne s'écroulait sur moi, m'enfonçant en terre et creusant ma propre tombe. Mes frères, Athéna !!
Et c'est ainsi que Geki, le Chevalier de la Grande Ourse, s'effondra au sol devant son ennemi hilare.
- Minable ! Et dire que tu portes une armure sacrée, c'est pathétique.
Sur ces derniers mots il le prit sur ses épaules et l'emmena en direction du cratère fumant.
* * *
- Arg… Ma tête… Où suis-je… - Geki ! Réveille-toi ! - Hein, qui… - C'est moi Ban ! Réveille-toi bon sang. Tu as déjà assez dormi ! - He ho ça va, t'appelles ça dormir toi ? lui asséna sarcastiquement le Chevalier de la Grande Ourse, remuant les chaînes qui entravaient ses poignets et ses chevilles, le maintenant fermement lié au mur. - Bon ça va, nous sommes tous deux logés à la même enseigne je te signale.
Geki se décida alors enfin à ouvrir les yeux.
- Mais… Par Athéna, qu'est-ce qui t'est arrivé ? C'est… C'est affreux. Réponds-moi ! Que s'est-il passé ?
Ban baissa le regard, honteux.
- Rien, ça n'est rien de grave je t'assure… - Tu te fous de moi ? Tu as vu dans quel état tu es ?! Et cette blessure béante que tu portes en travers de la poitrine ? - Il… il m'est arrivé un truc étrange…
* * *
Quelques heures plus tôt
- Comptes-tu me dire ce que tu espères faire face à quelqu'un de ma trempe ? - Me battre tout simplement !
Le jeune Chevalier du Lionnet se dressait de toute sa stature face à son adversaire, un homme à l'armure noire de jais. Ce dernier avait à peu près la même taille que Ban, la vingtaine passée. Une cicatrice profonde lui barrait la joue, et son regard… Dans ses yeux se lisait la sauvagerie, la haine même peut-être. La moindre des constatations étant que cet homme n'avait absolument rien de rassurant.
- Tu comptes te battre ? Pff ! Pathétique. Voyons si tes actes sont à la hauteur de tes paroles. Après tout, la vermine est connue pour être coriace !
Ban, tout de même impressionné par le charisme de son adversaire et son apparente confiance, s'efforçait de contenir en lui la crainte de ce premier affrontement. Décidant qu'il ne fallait pas s'attarder, il concentra son cosmos en lui et se projeta par le haut en direction de son adversaire.
- Goûte au Sursaut du Lionnet ! Lionnet Bomber !
Le Leo Minor Saint se détendit alors, jambes en avant, dans l'espoir de terrasser son vis-à-vis décidément trop sûr de lui. Ce dernier ne bougea pas d'un pouce. C'en était fait de lui, il était en plein dans sa trajectoire, il allait encaisser le coup dans toute sa puissance ! Quand brusquement Ban vit une aura d'un noir profond entourer son adversaire et constata, impuissant, l'inefficacité de sa technique.
Le temps semblait s'être suspendu. Le Lionnet était redescendu des cieux et demeurait immobilisé en équilibre, pieds en avant, contre la protection d'avant-bras du mystérieux chevalier. Dans la cosmoénergie de ce dernier s'agitaient des éclairs lumineux contrastant singulièrement avec la profondeur ténébreuse de sa teinte cosmique. Un sourire macabre éclairait le visage de l'inconnu.
- Tu as bien eu raison d'appeler cette technique sursaut, car elle n'est rien de plus qu'éphémère et dérisoire ! Ta puissance n'a vraiment pas de quoi m'inquiéter jeune présomptueux.. Tu me fais vraiment pitié !
Faisant un saut arrière pour se rétablir sur le sol, Ban regardait, incrédule, cet être à l'ego démesuré. Alors qu'il avait déchaîné toute sa puissance dans cette attaque, il n'avait infligé à son adversaire aucune blessure. Qu'il y survive, il pouvait encore le concevoir, mais s'en sortir indemne, c'était inconcevable ! Tout cela lui avait fait perdre l'assurance qu'il affichait à leur rencontre : son moral était très diminué et il se demandait comment il arriverait à vaincre un être dont la puissance dépassait largement la sienne. Et c'est en ce moment de doute qu'il repensa aux cours que lui avait prodigué Shura, lui disant que la force est en chaque être humain et qu'il suffisait de la puiser au plus profond de soi, d'exploser son cosmos à son paroxysme, dans l'espoir d'atteindre l'ultime cosmos.
- Ma puissance ?
Ainsi héla-t-il son ennemi :
- As-tu jamais ressenti la véritable énergie en toi ?
En cet instant Ban fit exploser sa force. Des vagues successives épousant la parfaite harmonie de son cosmos, orangé comme la teinte terreuse de cette île maléfique, se déroulaient délicatement à ses pieds. Lentement, son agresseur se dirigea alors vers lui.
- Laisse-moi rire ! Comment oses-tu douter du fait que la véritable puissance est mienne ? Tu blasphèmes et, dès lors, tu subiras cette force indéniable et impérieuse : celle du lion ! Le roi des animaux va montrer à son inférieur la différence entre ses pouvoirs et ceux du jeune lionnet trop sûr de lui.
Sur ces derniers mots Ban s'arrêta net. Ses yeux s'écarquillèrent et son cosmos pâlit : il sembla comme paralysé.
Q... quoi ? Le lion ? Non ! Comment ai-je fait pour ne pas le remarquer avant… Je n'ai aucune chance face à lui, lui qui contrôle la force. Et pourtant, cette cicatrice, tout porte à croire que… Impossible !
- Je te connais ! Maintenant je sais, tu es… - Stop, n'en dis pas plus, je ne le supporterai pas ! Goûte à la morsure de Némée : Nemeus Bloody Grip !
Un imposant lion spectral aux yeux rouges menaçants et à la pelure noire d'ébène surgit alors du sombre cosmos de l'homme à la cicatrice. Gueule ouverte, crocs sanglants et griffes en avant, il se précipita à la vitesse de la lumière sur le novice Chevalier du Lionnet, déchiré par tant de puissance. Pas une seule pensée ne lui vint en tête, la peur seule dictait à son esprit. L'arcane destructeur du mystérieux guerrier ne lui laissa pas le temps d'imaginer quoi que ce soit, si ce n'était l'issue fatale de cet affrontement. Son corps retomba lourdement au sol, une trace profonde de griffure sur tout le torse, le liquide pourpre source de vie s'en échappant déjà. Pourtant son plastron l'avait efficacement protégé au niveau du cœur. Et même si son armure était maintenant quasiment brisée en cet endroit, Ban vivait toujours, inconscient toutefois.
Le mystérieux combattant enleva son casque et sourit, heureux de sa victoire. S'approchant du corps inanimé, il le saisit par le col et le souleva, de telle sorte que son visage soit à hauteur de celui de Ban.
- Tu te pensais capable de rivaliser avec moi, pourtant je t'avais prévenu. Tu es semblable à la vermine, Chevalier d'Athéna.
Sur ces quelques mots il lui cracha au visage et le projeta au sol, le casque du misérable Lionnet tombant de sa tête. Tournant le dos pour s'en aller, le vainqueur fit quelques pas quand, soudain, une brusque inspiration le fit revenir en arrière.
- Tout compte fait, je ne vais peut-être pas te laisser agoniser ici. Autant que je me délecte de ta souffrance ! Je pourrais même y contribuer encore… Hinhinhin !
En cet instant un éclat machiavélique se lisait dans son regard de fou. Il saisit Ban par les cheveux et le traîna au loin, en direction d'une grotte à flanc du volcan.
* * *
- Voilà, maintenant tu sais tout mon ami.
Geki restait là, suspendu à ses chaînes, regardant son compagnon d'armes d'un air incrédule.
- Crois-tu que nous… - Il le faut Geki, il le faut. Quelle que soit notre épreuve, il nous faudra irrémédiablement affronter à nouveau ces monstres.
L'Ursa Major Saint baissa alors la tête. Des larmes glissèrent le long de ses joues et allèrent s'écraser contre la terre rouge de la grotte. Il fixa alors Ban, les yeux emplis de tristesse.
- Crois-tu qu'elle en vaille la peine ? - Tu mériterais que je t'exécute sur-le-champ pour tes paroles. C'est grâce à Athéna que nous sommes là ! Sans elle l'Humanité aurait déjà disparue depuis bien longtemps sous l'oppression d'autres divinités. - Tu as raison… Mais quand je vois tes blessures, j'ai peur, pas pour moi, mais pour toi, pour les autres : peur que l'un d'entre nous ne revienne pas. Excuse-moi… - Ne t'excuse pas. Que crois-tu ? Que je n'ai pas peur peut-être ? Oh si j'ai peur ! Depuis le début en fait. Et si je supporte mes blessures sans mot dire, c'est justement pour toi et les autres. Je ne peux pas mourir. Ma vie ne m'appartient plus. Elle ne m'a jamais appartenu en fait, et cela je n'en ai pris conscience que récemment… - Que veux-tu dire ? - N'as-tu pas encore compris que notre destin s'est vu scellé le jour où nous avons revêtu pour la première fois nos armures sacrées ? Seiya, Hyoga, Shiryu, tous sans exception ont enduré les mêmes souffrances que nous, plus encore même. Ils ont accepté leur destin bien avant nous et c'est probablement ça qui les a aidés à vaincre. Notre cause n'est pas personnelle, c'est pour ça que nous avions perdu lors du tournoi intergalactique : nous nous battions par égoïsme. En ce jour maudit d'Athéna nous nous battons pour un idéal altruiste, en ne pensant plus à nous, mais aux autres. Ne prends plus ça comme une faiblesse, là est notre force !
Geki fit un sourire à son frère, qui le lui rendit. Puis le silence de l'instant fut rompu.
- Clap ! Clap ! Clap ! Que de belles paroles, quel émouvant moment. Pour un peu moi aussi j'en pleurerai.
Puis son rire, horrible et sadique, transperçant les tympans et écœurant, éclata. Les deux Chevaliers enchaînés tournèrent la tête vers l'auteur de ce rire.
- Et tu trouves ça drôle ? Notre idéal saura nous guider et nous conduire vers la victoire ! lui asséna Ban d'une voix pleine de confiance, en un regard haineux. - C'est amusant mais je me demande si en plus d'être faible tu ne serais pas aussi stupide. Regarde-toi pauvre crétin, tu es blessé et enchaîné, l'atmosphère de cette île t'affaiblit, et tu oses encore parler de victoire ! Dommage que tes jours soient comptés, une grande carrière de comique aurait pu t'attendre ! Hinhinhin - Cesse tes moqueries et détache-moi, que je prenne ma revanche sur toi !!! - Pour qui te prends-tu pour oser me donner ainsi des ordres ?!
Son regard venimeux empli de rage se dirigea, tout comme ses pas, vers le pauvre Saint de bronze qui reçut un magistral revers de gifle au visage. Malgré tout Ban ne baissait pas les yeux et continuait de défier l'auteur de ses profondes blessures.