Terre des Hommes — Partie 16
Sombrant dans l'inconscience, je me rappelai les nombreuses batailles passées, notamment mon premier véritable combat, face à mon maître Cristal, puis face à Camus, enfin face à Isaak. Avais-je gâché ma vie, leurs vies, pour mourir ainsi, n'ayant pas la force d'accomplir mon destin ? Tous ces mois passés à m'entraîner, encore et encore, même après avoir vaincu Hadès avec mes frères, avec Athéna. Même après ce combat qui aurait dû être le dernier, nous avions continué à essayer de nous améliorer, nous entraînant même ensemble pour la première fois… Je ne devais pas les décevoir, tous autant qu'ils étaient, ceux qui m'avaient construit, qui m'avaient tant appris, qui m'avaient fait croire à nouveau en la vie… J'ouvris brusquement les yeux et me mis à créer un courant gelé dans mes mains, essayant tant bien que mal de soutenir la sphère d'énergie pure qui s'abattait sur moi. Je sentais cette soudaine montée de force en moi, faisant jaillir le cosmos du plus profond de mon être, brûlant, brûlant à l'infini, créant une vague d'air glacial entrant en contact avec la sphère. Soudain elle se mit à perdre de son éclat de saphir pour devenir blanche comme l'étaient les protections des guerriers qui me faisaient face et qui continuaient à verser leur énergie dans ce poids qui m'écrasait. Le givre progressait tout autour de la sphère, commençant à sa base pour remonter lentement jusqu'à recouvrir complètement cette arme destructrice qui à tout moment menaçait de me broyer le corps…
" Athénaaaaaaaaaaaaa !!! "
Je basculai en arrière juste assez pour pouvoir me retourner et fendre cette boule meurtrière de mon pied. Une fissure se fit dans la sphère, suivie par d'autres, puis ce fût une explosion qui nous projeta tous à plusieurs mètres de distance… Cette attaque égalait largement en puissance une attaque digne de celle des chevaliers d'Or ! Un cratère s'était formé à égale distance entre moi et mes ennemis, vestige magistral de ce que la force conjuguée de douze êtres avait pu accomplir.
A peine eus-je le temps de me relever qu'ils m'encerclèrent déjà. Ils étaient néanmoins affaiblis, comme je l'étais moi-même, par le souffle de leur précédente attaque, mais cela ne les empêcha pas moins de me porter divers coups simultanément. Ne pouvant guère me défendre face à autant d'ennemis de ce niveau, j'entrepris d'essayer de me concentrer, malgré les coups et la douleur. Soudain je sentis monter en moi une énergie gigantesque, infiniment plus puissante que celle qui, quelques instants plus tôt, m'avait traversé les veines pour m'aider à repousser l'Ultimate Bull Charge. Tous ressentirent la différence, s'arrêtant quelques secondes comme paralysés. Mais leur étonnement ne dura qu'un instant : les coups se mirent immédiatement à repleuvoir de toutes parts et mon corps était en sang. Instinctivement je fermai les yeux et me recroquevillai sur moi-même. Quand enfin je laissai exploser ce cosmos qui me consumait, un cosmos bien différent cette fois : le 9ème sens…
Quand je rouvris les yeux ce que je vis me pétrifia : j'avais fait exploser mon cosmos en un souffle glacé et ce souffle avait transformé en une étendue givrée ce qui m'entourait sur plusieurs kilomètres au moins. Mes ennemis étaient quant à eux réduits à l'état de statue de glace, complètement inanimés. Il neigeait. La pureté virginale des flocons recouvrait peu à peu le sol rougi par le sang des animaux massacrés, sans compter tous les êtres humains… La nature viendrait bientôt reconstruire ce pays et les hommes encore vivants bâtiraient peu à peu un peuple nouveau.
Mes yeux se posèrent sur mes ennemis, que je n'avais pas vraiment pu observer attentivement jusque là : au sein de ceux-ci siégeait une magnifique jeune femme blonde… Mama… ses yeux, ses cheveux, son visage : tout en elle me rappelait ma mère. C'est là que ma tête se mit à bouillir, ahhhh ma tête !!! Posant mes mains sur les oreilles, je ne vis plus que le noir, et cet être étrange devant moi, me rappelant à nouveau ses paroles énigmatiques.
" Le cosmos n'est pas seulement la force, il faut aussi parfois créer la vie et non la détruire… "
Je ne pouvais la laisser ainsi ! Je ne pouvais pas croire en sa culpabilité. Comment un être d'une telle beauté, avec des yeux si pleins de douceur et de compassion, aurait-il pu n'être qu'un ignoble assassin ? Malheureusement sa carapace de givre devait probablement l'avoir déjà anéantie. Certains autres guerriers avaient d'ailleurs déjà péri sous l'explosion de leur prison de glace. Il me fallait faire vite ! Tant de personnes étaient déjà mortes… Je n'osais croire que le mal se cachait en cette femme si belle dont les traits étaient ceux de ma mère. Réchauffant mon cosmos, j'entrepris de me rapprocher d'elle, afin que la prison de mon ennemie se désagrège doucement et laisse enfin revenir son corps à la chaleur de la vie. Tout comme Shun s'était sacrifié pour me délivrer de ma prison de glace lors de la bataille des douze Temples, je laissai exploser mon cosmos à son contact, permettant à la jeune femme de se rapprocher de la vie, de seconde en seconde. Au bout d'une heure je compris, je compris enfin les paroles de cet être mystique qui était apparu pour me faire part de paroles étranges. En sauvant la vie de mon ennemie, j'avais racheté mes fautes envers mes amis morts au combat. Je m'étais lavé du sang des êtres chers qui étaient morts par mes mains… Le Cygne use de la glace et du froid pour détruire, mais la glace n'est rien sinon de l'eau et l'eau est l'élément de la vie : ainsi s'explique le curieux destin de l'armure du Cygne… Un destin placé sous le signe de la mort, périr par la source de toute vie.
Ce fut elle qui me tira de mes pensées, émettant un soupir lors de son réveil, ses paupières s'ouvraient lentement, encore bleuies par le froid mordant de ma bise. Quand enfin elle put parler, elle me dit son nom : Léda. Quel charmant prénom… Elle ne me dit ensuite plus qu'une chose avant de sombrer dans l'inconscience : pardon.
Ce ne fut que quelques heures plus tard, lorsqu'elle fut enfin capable de parler, qu'elle put m'expliquer le pourquoi de ses agissements. Léda avait perdu ses parents quelques semaines plus tôt lors de son absence du village. Son frère, garde au palais, lui enseigna les rudiments du combat et la maîtrise du cosmos (somme toute partielle) et elle décida de se venger, ayant appris que Phylée et ses sbires étaient responsables de l'ignoble meurtre de ses parents. Malheureusement, se trouvant dans l'incapacité de leur faire face seule, elle n'eut d'autre choix que celui de se montrer fine stratège en infiltrant les rangs ennemis et en prenant la place d'un des douze guerriers, mort accidentellement. Elle avait appris par la même occasion à faire usage de son cosmos de manière optimale. Elle me certifia n'avoir jamais participé à aucun massacre de quelque sorte qu'il fut, étant en temps normal essentiellement rattachée à l'espionnage du palais royal. Rien dans son regard ne me permettait de mettre ses dires en question : il ne faisait aucun doute que Léda était sincère, l'évocation de ses parents éveillant de douloureux souvenirs pour elle apparemment. Comme je la comprenais, il avait été si dur pour moi de voir la mort de ma mère en face…
Je décidai enfin de partir à la recherche de Phylée, laissant derrière moi Léda, qui était trop faible encore pour faire quoi que ce soit. Marchant dans la neige fraîchement tombée, j'aperçus bientôt quelques traces de pas qui me menèrent au bord d'une cascade où ce que je découvris me surpris au plus haut point : j'y vis Phylée en train de planter une croix sur une tombe. Ainsi, alors que je livrais ma bataille, il était revenu prendre la dépouille de son père et lui avait offert une fin digne d'un roi…
" Pauvre fou, disait-il, il aura fallu que tu t'interposes ! Si seulement tu n'avais pas été aussi vil par le passé, peut-être aurais-je pu t'aimer comme un fils se doit d'aimer son père. Après tout tu n'auras eu que ce que tu méritais, s'il a fallu que je tue toutes tes bêtes et que je touche à ton peuple pour qu'enfin tu oses daigner t'intéresser à moi, alors je ne regrette rien, père ingrat ! "
Il se retourna alors, essuyant les innombrables traînées de larmes qui maculaient ses joues rosies par l'émotion. Quand il me vit il eut un mouvement de recul.
- Que fais-tu là ?! Tu n'es pas mort ? Je me disais bien que je ne ressentais plus le cosmos de mes guerriers, quoique apparemment tous n'aient pas disparu… À présent tout se joue entre toi et moi, Hyoga, si je ne m'abuse. - Exact Phylée, et j'ai bien des vies à venger en prenant la tienne. De plus le temps presse ! Je dois délivrer Athéna. Diamond Dust !
D'un revers de la main il dévia mon attaque, aussi facilement que si c'était une légère brise printanière : je n'en croyais pas mes yeux. À cet instant il déploya tout son cosmos et je pus m'apercevoir que l'attaque qu'il m'avait envoyée auparavant ne recelait même pas un quart de la puissance qu'il était capable de déployer.
" Tu vas subir mon attaque de plein fouet cette fois ! Wheel of Sentence ! "
Ce disque s'abattait sur moi à une vitesse telle qu'il m'était impossible de l'esquiver. Il me rentra dans le ventre et me souleva de terre, me projetant à une vitesse fulgurante dans les cieux. Alors que la douleur me déchirait je ne pus que constater que mon corps se rapprochait inévitablement du sol. Le choc fut terrible, je gisais immobile. Les plaies de mon récent combat face aux douze guerriers s'étaient réouvertes et, la Wheel of Sentence en avait rajouté de nouvelles, sans compter la lourde chute… J'étais brisé, sentant la vie doucement quitter mon corps, le sang s'écouler de moi, maculant la neige de gouttelettes rouge écarlate. J'essayais de me lever quand sa main me saisit au cou, me soulevant de terre. Argh ! Je n'arrivais plus à respirer… Du sang coulait de mon front ouvert et venait obscurcir ma vue.. Je ne trouvais reflet à ma douleur que dans les yeux gris acier de mon ennemi, qui ne ressemblait plus en rien à cet homme qui pleurait il y avait encore trois minutes.
Soudain je le vis placer sa main en arrière, cherchant à maximiser son élan.
" Pour être sûr de ta mort, je vais t'égorger, ainsi tu ne risqueras plus de me déranger. Le joli Cygne va bientôt perdre la tête ! Ahahahahahahahahaha "
Je fermai les yeux une dernière fois. Ainsi j'avais échoué ! J'allais succomber aux coups d'un simple homme : même pas un Dieu, un homme…
J'entendis alors à nouveau la voix de ce mystérieux chevalier, celui que je pensais être un Secter : " Non tu n'as pas échoué, tu as découvert la véritable essence du cygne, au plus profond de toi. Seulement parfois le destin est tracé, la malédiction du Cygne est levée, tu es à présent libéré de ces remords qui te hantaient. Pars libre vers ta mort ! Tes successeurs porteront l'armure de Cygnus les ailes libérées de toute entrave. "
Je sentis Phylée bouger, perçut le mouvement d'air produit par son bras en pleine action. Ainsi c'était donc bel et bien la fin : j'arrive Maman. Pardon Athéna, pardonnez-moi mes frères…
Terre des hommes
Le panorama s'offrant à moi n'était pas un spectacle des plus réjouissants, bien au contraire : le sol aride s'étendait à perte de vue autour de moi, exempt de toute trace de vie. Ni végétation ni âme qui vive ne semblaient peupler ce lieu dont l'atmosphère brûlante pénétrait mes pores et mes poumons, m'étouffant à petit feu. Ce lieu ressemblait véritablement à l'enfer : de fins ruisseaux de lave suintaient des craquelures du sol, prenant leur source au sein même des torrents de magma qui s'écoulaient d'un volcan que j'apercevais au loin. Les émanations toxiques étaient telles qu'il m'était quasiment impossible de discerner la hauteur exacte du cratère. Le ciel, habituellement azur entaché de blancs nuages, semblait refléter l'infertilité du sol et des plaines rougeoyantes : une teinte pourpre, parsemée d'un noir obscur faisant naître une impression de malaise diffus. C'était comme si mon propre corps se trouvait écrasé entre cette terre inhospitalière et l'éther oppressant qui me menaçait… Mais où donc avais-je été envoyé par Rhéa ?
" Ton épreuve sera double, privilège que je vous accorde puisque le temps vous manque et que je devine la justesse de votre cause. Il est temps à présent de rattraper le passé, avant que ce dernier ne vous rattrape : que ce qu'ils ont vécu soit à présent votre expérience… "
Sur ses sibyllines paroles l'image de ses yeux s'estompa de l'horizon, me laissant seul avec moi-même, sur cette terre dévastée, étrangère, singulière, et inquiétante. Je ne savais pas du tout ce qui m'attendait, et en vérité les mots ne sauraient retranscrire la crainte enfouie en moi qui, peu à peu, gagnait de l'emprise sur mon être. Oh oui j'avais peur ! Une peur diffuse et insidieuse, me prenant à revers et me faisant ressentir de véritables frissons, malgré la chaleur ambiante…
Alors qu'en partant du Sanctuaire j'étais confiant et plein d'espoir, je me sentais à présent ridiculement insignifiant, conscient qu'au bout du compte j'avais beau eu m'entraîner avec l'élite de la chevalerie, en l'occurrence Aldébaran du Taureau, jamais je n'arriverai ne serait-ce qu'à la moitié de ce que Seiya ou ses frères étaient capables d'accomplir. J'avais la volonté, j'avais pu, à quelques occasions, entrapercevoir l'ultime cosmos, mais si rarement que j'étais incapable de maîtriser le fameux septième sens. Après tout je n'étais qu'un Chevalier fait de bronze… Sauf que maintenant l'enjeu n'était plus factice : nous étions réellement en guerre, face à des épreuves qui nous étaient imposées pour retrouver Athéna. Cela ajoutait tant à mes craintes : un échec, un seul, et cela signifierait sa fin.. J'avais tant à me faire pardonner ! Ma destinée était de briller, de faire en sorte que la constellation de la Grande Ourse, l'une des plus scintillantes de la voûte céleste, partage son éclat avec mon être, pour qu'enfin nous ne fassions plus qu'un elle et moi. Mais pour cela j'allais devoir me battre. La souffrance que j'avais endurée ces dernières années, ces deux derniers mois plus particulièrement, ne serait rien face à ce qui m'attendait. L'atmosphère environnant ne pouvait que me conforter dans cette idée.
Soudain, comme pour me sortir de toutes ces moroses pensées, un jet de lave gicla sur mon avant bras, heureusement protégé par mon armure. Un sourire se dessina inconsciemment sur mon visage.