Terre des Hommes — Partie 15

Je ne pus me placer en position de combat car il m'attrapa immédiatement avec ses six bras et commença à serrer son étreinte. Oh ! Mais quelle force titanesque il avait ! Malheureusement pour lui je connaissais son point faible…. C'était comme avec Geki… Je concentrai alors toute ma cosmoénergie dans mes mains et d'un coup sec, lui brisai les bras les uns après les autres. J'atterris à genoux devant lui, enfonçant mon poing dans son corps. Quelques instants s'écoulèrent avant qu'il ne fasse un mouvement. Il sourit et s'écroula à terre, susurrant quelques mots " Un avorton… " et mourut enfin ! Je me relevai, impassible, à moitié déçu. Pourquoi avais-je encore à tuer ? C'était parfois trop injuste mais c'était ainsi…. Je me souvins d'une phrase qu'un jour Cassios m'avait dite, lors de mon entraînement au Sanctuaire : " Soit tu tues, soit tu te fais tuer, c'est la loi de la nature ! " Quelle étrange idée… Shiryu me rejoignit alors. Il me tapa sur l'épaule, en signe de félicitation, de réconfort… J'avais l'impression qu'il ressentait le même sentiment… Je ne pus prononcer un mot et me dirigeai vers le troupeau… Nous repartîmes silencieusement, les bœufs étant à présent comme calmés. Curieusement ils ne cherchaient plus à fuir : c'était comme si eux aussi avaient enfin accepté leur destin

Terre des hommes

Ses yeux verts venaient de quitter la voûte du ciel étoilé qui, à présent, étendait sa domination sur tout mon être, me faisant prendre conscience que nous n'étions réellement que des jouets entre les mains des Dieux… J'entends encore son rire de vieille folle marteler mes tempes, m'insufflant ce terrible mal de tête qui atrocement m'étreignait, qui enserrait ma tête comme dans un étau resserrant son emprise de minute en minute. Décidément, quelque chose ne tournait pas rond, et il ne tenait qu'à moi de découvrir quoi. Chacun de mes pas me faisait ressentir le bruit de mon cœur, ce sang me montant au cerveau, frappant de toutes ses forces mes veines. Par Athéna, j'avais beau avoir connu d'atroces souffrances lors de nos affrontements passés, jamais douleur n'avait été aussi perfide. Et puis cet endroit, cette odeur insoutenable, des écuries disséminées ça et là. Quelle était donc cette terrible aura que je sentais planer sur moi ? Avançant quasiment au hasard, ne pouvant ne serait-ce qu'imaginer un quelconque sentier se dessiner sous mes pas, j'entrepris de gagner l'écurie la plus proche pour pouvoir m'y reposer au moins un instant, me rappelant obsessionnellement que ma mission était… Mais justement, quelle était-elle ?

" Chevalier des glaces, tu n'es pas sans ignorer que dans la chevalerie, vous êtes soumis aux mêmes règles que dans la nature, votre être est dominé par une puissance supérieure : votre cosmos, votre constellation en quelque sorte. Un Chevalier est un être qui s'harmonise avec sa constellation, enfin dans un premier temps… En chaque être se dessine un semblant de cosmos, en chaque pierre, chaque brindille, chaque goutte d'eau. Savais-tu seulement que tout comme la nature impose ses lois et se délimite d'elle-même en divers domaines, vous êtes prompts à obéir aux lois élémentaires ? En effet, chaque être est dominé par un élément naturel, et tu devras apprendre que tu es dominé par un élément naturel toi aussi, tout comme la constellation qui t'influence. Oh bien sûr, il est très facile de penser que le givre est ton élément, mais sache que dans la nature les choses ne sont pas aussi simples ou peut-être si, mais trop… Trouve la véritable force qui se cache en toi, découvre enfin le fruit mûri de tes combats, de tes douleurs, et de tes remords passés, parfois si présents. Ouvre-toi à la vraie nature de ta constellation, éveille-toi ô majestueux cygne, prends enfin ton envol, oiseau immaculé dont la blancheur, la puissance et la grâce font une vivante épiphanie de la lumière. Sache Hyoga que ton épreuve est toute particulière, bien différente de celle de tes frères. Le cygne autrefois était consacré à Apollon, Dieu de la Lumière et de la Musique. Il décida un jour pour d'obscures raisons, à jamais perdues dans la mémoire des temps mythologiques, de servir ta Déesse. Ainsi, offrant son image et son pouvoir à Athéna, il renonça à sa valeur primaire, perdant alors ce qu'il avait de plus cher, une partie de lui, un morceau de son être. Depuis ce jour, chaque être voyant son destin influencé par ta constellation se voit dans l'incapacité de se conserver intact, perdant inéluctablement ce qui lui est le plus cher… Rhéa dans sa grande bonté t'accorde une épreuve qui, à jamais, libérera le Cygne : une épreuve qui soit libérera ton cosmos de ses remords éternels, te délivrant ainsi de tous ces crimes que tu ne t'es jamais entièrement pardonnés, soit te plongeant dans d'éternels tourments qui te poursuivront, ainsi qu'ils l'ont fait pour tes prédécesseurs, jusqu'à la fin des temps. Par tes actes tu libéreras le Cygne ou alors tu scelleras une bonne fois pour toutes le destin de Cygnus, un destin sans rémission aucune, sans espoir ni échappatoire… Et n'oublie pas : brûle ton cosmos, parviens à régner sur la nature et domine l'être que tu es. Le cosmos n'est pas seulement la force, il faut aussi parfois créer la vie et non la détruire… "

Cet homme face à moi, cet être, qui portait une armure semblable à une sorte d'écorce, qui telle un tronc l'entourait de teintes violacées, ocres et vertes pâle… Jamais je n'avais vu protection si étrange, pas même une armure d'Or n'avait su autant me troubler : on eut dit qu'elle était taillée directement dans le cœur d'un chêne millénaire. Cela devait être un des guerriers protecteurs de Déméter… Je ne voyais qu'un Secter capable de porter une armure d'écorce… Au-delà de son armure, ce cosmos si puissant, si serein, mélangeant compassion et force brute, me faisaient penser à une douce alchimie entre Shun et Ikki. Me fixant de ses yeux de jais encadrés par une chevelure émeraude semblable à celle de mon mentor Camus, je crus le voir verser une larme sur ce qu'il devait trouver être le tragique destin du Cygne. Je n'aimais pas la pitié, je savais être fort…

Sur ces dernières pensées, je tombai droit sur une botte de foin : ce fut comme si un éclat de sang avait jailli de l'une de mes veines temporales. Une douleur atroce m'emporta dans les limbes de l'inconscience, me rapportant sans cesse les paroles que quelques instant auparavant j'avais pu percevoir.

Le Cygne est maudit… Le Cygne est maudit…

* * *

Je me réveillai alors dans ce même endroit, celui même où j'avais rencontré cet étrange personnage. Non décidément, j'avais dû rêver… Essuyant le foin éparpillé aux quatre coins de ma chevelure, j'entrepris de sortir de mon abri de fortune, la tête visiblement plus légère. Ainsi le jour s'était levé. A présent je pouvais apercevoir plus clairement ce qu'il m'était impossible de voir auparavant : une immense plaine s'étendait devant mes yeux, tout entière recouverte d'ignobles charognes animales, dégageant une odeur pestilentielle et ayant un aspect incroyablement macabre… J'ai l'impression d'être retourné dans le royaume d'Hadès…

Me retournant, j'aperçus un homme qui semblait rongé par la douleur, à en voir ses traits tirés et ses yeux rougis.

- Oui, moi Augias, fils d'Hélios, Roi d'Elis, suis à présent réduit à n'être rien de plus qu'un quelconque homme ! Les défenseurs de mes troupeaux sont devenus incontrôlables, et à présent, ils tuent même mes fidèles sujets.. - Ainsi vous seriez donc le vil Augias, celui qui dans les légendes les plus anciennes fit preuve de mauvaise foi envers Hercule, réclamant, malgré sa victoire sur vous, une annulation de l'épreuve. Allez-vous-en ! J'ai rencontré beaucoup de fourbes dans ma vie, mais la plupart avaient au moins un idéal à défendre. Je ne vois pas ce qu'un homme de votre envergure pourrait avoir à m'apprendre. Rhéa !!!!! Pourquoi m'avoir emmené en ces lieux maudits ? - Ainsi c'est elle qui t'a emmené ici ? Soit, tu devras alors t'acquitter de ta tâche Chevalier. - Et laquelle ? Pourquoi devrais-je vous obéir, vous qui dans les plus anciens récits êtes dépeint comme un être abject - À ta protection je vois que tu es un chevalier d'Athéna, de par ce fait tu te dois d'apporter aide aux innocents. Or, même si j'ai derrière moi beaucoup d'actions discutables au regard de tes idéaux, je ne te demande rien pour moi : je veux juste que tu sauves tous mes vassaux. - Alors même un roi peut se repentir ?

Une larme coula le long de sa joue, maculant d'un éclat argenté sa peau ridée par le temps, lui donnant l'air d'un grand-père soucieux pour ses petits-enfants. La sincérité se lisait dans son regard : devais-je le croire ? Kanon avait après tout bien changé, lui aussi, par le passé…

- J'accepte, mais pas pour vous, pour eux ! - Soit, mais prends garde Chevalier… Les douze protecteurs de mes bêtes sont de redoutables guerriers. Pendant des siècles, ils gardèrent mes pâturages, empêchant leur accès aux voleurs de bétails, aux loups et autres menaces… Douze gardiens pour mes taureaux, ces mêmes taureaux qu'ils ont depuis exécutés et dont les cadavres souillent à présent les collines sacrées de mon royaume. Douze êtres infâmes qui désormais profitent de leur force pour piller, brutaliser et massacrer sans pitié aucune le peuple d'Elis.

Une voix éclata, interrompant le vieux roi :

- Tu aurais ainsi trouvé quelqu'un pour défendre tes intérêts Père ? Hahahahaha Tu sais très bien que personne ne peut nous barrer le chemin, nous sommes invincibles ! - Phylée ! Mon fils, pourquoi donc réduire à néant tout ce que j'ai mis si longtemps à bâtir ? - L'éternité en ces lieux ne m'apporte plus réconfort, il est à présent temps que je règne ici en maître ! Et seule la force mène au pouvoir, la force et la trahison : tu le sais très bien Père, toi qui m'as jadis banni alors que je n'avais rien fait d'autre que clamer la vérité.

Il le regarda fixement dans les yeux, et dit d'un ton accusateur :

- Ne sois plus surpris de rien, après tout j'ai de qui tenir !

Ainsi cet éphèbe portant une cuirasse d'un rouge vif éclatant était le fils d'Augias ! Je n'en croyais pas mes yeux. Lui pourtant défenseur des droits d'Hercule face à son père jadis était devenu un traître à sa cause, un ignoble meurtrier !

- Meurtrier ! Comment est-il possible d'oser se retourner contre son père, son peuple, son royaume tout entier ! M'écriais-je. - Qui es-tu pour venir ainsi sur mes terres et me juger ainsi ? - Je suis Hyoga, Chevalier du Cygne, au service d'Athéna, garante de l'Humanité. - Ahahahaha ! L'Humanité ? Existe-t-elle encore seulement ? Corrompue, voilà ce qu'elle est. - Ce sont les hommes comme toi qui la font disparaître ! - Suffit ! Je suis le Roi en ces lieux, tu me dois respect et obéissance. - Je ne dois obéissance qu'à ma Déesse. - Alors meurs !

C'est alors qu'utilisant la même position que moi lorsque j'exécutais ma poussière de diamant, une sorte de disque d'énergie pure apparut entre ses mains jointes en coupe devant lui.

" Wheel of Sentence ! "

Son attaque arriva à la vitesse de la lumière en ma direction. C'est là que je vis… Du sang macula ma blanche protection : Augias venait de me protéger de son corps. Il avait par le passé dû être un terrible combattant lui aussi pour avoir réussi à venir se mettre devant moi malgré la vitesse de cette prodigieuse attaque.

- Pourquoi avoir fait ça Augias ? - Je suis vieux et faible à présent… je devais vous sauver car désormais de vous dépend l'avenir de mon pays. Ma vie a déjà été brisée, mes biens ont été détruits, et mon fils aîné me hait, il ne me reste rien. La justice a finalement été rendue concernant mon sort, bien mérité je l'avoue… Toi, porteur d'une armure sacrée, donne au moins à mon pays ce que jamais je n'ai pu lui apporter : le bonheur… - Je vous le promets Augias.

Sur ces mots il ferma ses yeux pour la dernière fois, un sourire paisible se dessinant sur son visage, un visage qui à présent n'exprimait plus la douleur, mais la délivrance… Je me retournai alors vers Phylée, prêt à combattre à nouveau. Son regard me semblait perdu dans le vide à présent. Etait-il possible que la mort de son père l'ait affecté ? Il me tourna le dos, faisant de sa main gauche un signe que je pris pour un signe d'au revoir.

Instantanément douze guerriers dont chacun portait sur son dos une protection de cuir blanc argenté, vinrent se placer entre lui et moi, lui permettant ainsi une retraite aisée et me barrant le passage. Quelle bande de lâches ! Les douze se mirent à courir dans ma direction. J'esquivai sans mal l'uppercut du premier quand un second essaya de m'administrer un violent coup de pied au ventre. Glissant sur le côté, je fus touché de plein fouet par un puissant coup de pied sur le flanc, qui m'envoya à une dizaine de mètres au moins.

Comment allais-je bien pouvoir lutter face à douze guerriers réunis ayant au moins chacun la force d'un Chevalier d'argent ? Même si mes frères et moi avions atteint le 9ème sens par le passé, ça n'avait été que durant un bref instant, et l'état de trouble dans lequel je me trouvais ne me permettait même pas de maîtriser mon 7ème sens parfaitement…

" Tu payeras l'affront que tu as commis en te rangeant du côté de ce vieux sénile ! "

C'est alors que les douze guerriers se mirent à genoux, mains tendues vers le ciel, comme attendant un don venant d'en haut. Seulement ce qu'ils me réservaient n'était pas un cadeau des plus agréables. Flottant au-dessus d'eux, une orbe, fruit de l'union de leurs énergies, gonflait à vue d'œil. J'étais perdu…

" Ultimate Bull Charge ! "

La sphère commençait à descendre sur moi et à m'écraser de tout son poids ! Même en brûlant mon cosmos pour repousser cette charge titanesque qui pesait sur mes épaules, je n'arrivais à m'en défaire. Était-ce la fin ? Je le pensais réellement à ce moment là…