Terre des Hommes — Partie 7

- Pourquoi ? Pourquoi Maître avoir enfermé ce pauvre Ichi dans un cercueil de glace ? Vous savez bien qu’il n’est pas un Chevalier des glaces comme vous et moi ! Il mourra si vous ne le libérez pas sous peu ! - Camus ! Hyoga a raison. Il m’aura fallu la légendaire épée de la Balance pour le libérer de sa prison de gel lors de l’affrontement des douze Maisons. Comment voulez-vous qu’un Chevalier tel qu’Ichi puisse survivre à pareille température ? - Vous avez toujours cru en votre fraternité, en cette volonté de vivre pour aider autrui, mais aussi de survivre pour ne pas vous décevoir l’un l’autre. Ichi lui aussi à présent est habité par ces sentiments qui vous ont fait avancer et vaincre toujours. Cela fait à présent un peu plus de deux mois que vous êtes partis et, depuis ce temps chaque Chevalier de bronze a subi de multiples épreuves, non seulement pour atteindre l’ultime cosmos, mais aussi pour apprendre que la victoire est le fruit de nombreux paramètres : la volonté, la persévérance, le courage, la maîtrise de soi, la foi, l’observation, l’analyse, et bien d’autres facteurs que vous autres Chevaliers divins êtes à même de connaître. Observez, ne ressentez-vous pas ce cosmos grandissant ?

Je n’en croyais pas mes yeux : un cosmos d’une aura aussi blanche que la mienne englobait de son pouvoir le cercueil de glace éternelle.

- Ce matin j’ai pris l’implacable décision de faire subir à Ichi cette ultime épreuve. Je sais que les chances de survivre à cette épreuve sont très minces, mais la réussite de ce défi prouvera non seulement que le Chevalier de l’Hydre est à présent apte à vaincre un ennemi de puissance non négligeable, mais aussi que son mental est à présent doté d’une force à toute épreuve. Si Ichi ne peut sortir vivant de ce piège, c’est que jamais il ne pourra sortir vainqueur d’une prochaine guerre : autant qu’il meurt alors de mes mains. La mort glacée est une douce mort…

Faisant face à ce spectacle, totalement impuissants, nous ne pouvions qu’espérer la réussite d’Ichi. Je vis Shun verser une larme. Peut-être ne comprenait-il pas la véritable nature des enseignements prodigués par mon maître, celui que l’on nomme encore le magicien de l’eau et de la glace. Glace, aussi destructrice que les flammes… J’observais en silence ce spectacle macabre, mes frères et moi retenant notre souffle face à cette ironie du sort. Dire qu’il y avait encore un peu moins d’un an, c’était moi qui me tenais à cette place. Soudain, arraché à mes propres pensées par une puissance inouïe, je fus stupéfait de voir le cercueil de glace se couvrir de multiples petites fissures provenant du cœur même de cet édifice mortuaire, érigé à la gloire du Chevalier de l’Hydre. Faisant exploser de manière ascendante son cosmos, il me semblait qu’Ichi n’avait jamais été aussi puissant. Je me souviens encore de ce pitoyable affrontement lors du tournoi galactique, ce tournoi qui me semble s’être déroulé il y a des années lumières à présent… Courage Ichi, courage ! Si tu avais su faire preuve d’autant de détermination lors de nos batailles passées pour défendre la Terre et sa protectrice, tu nous aurais été d’une aide plus que précieuse. Je sais ce qui te pousse à faire preuve d’autant d’obstination : non la peur de mourir gelé en ces lieux, mais l’espoir de te racheter de tout ce que tu n’as pas pu accomplir lors des précédents affrontements. Inimaginable ! Apparemment le linceul de glace se fissurait sous la pression de ce pouvoir qui émanait de ton corps Ichi, de ton cœur devrais-je dire, car c’est véritablement de l’essence même de l’homme que l’ultime cosmos tire sa puissance.

- Je sais que tu peux y arriver. - Ne t’inquiète pas Shun, regarde bien.

L’on sentait bien dans l’énergie d’Ichi toute sa détermination à triompher de cette épreuve. Soudain, sous nos yeux étonnés, son cosmos prit la forme de l’Hydre, sa constellation protectrice. S’élevant de son corps elle se dirigea droit vers le sommet du cercueil, brisant ainsi une bonne fois pour toutes ce monument gelé devenu son tombeau, laissant ce brave Chevalier s’écrouler au sol, presque sans vie. Il avait atteint le suprême septième sens. Regardant mon maître, je vis un léger sourire à peine perceptible éclairer son visage, ultime preuve de la satisfaction que lui apportait la victoire d’Hydra. Mes frères, à l’exception d’Ikki, se précipitèrent vers lui pour le secourir. Je regardais alors Camus.

- Je n’ai plus rien à lui enseigner à présent. Quiconque brise le cercueil de glace est capable de faire face à des hommes égaux aux Chevaliers d’or. À présent Ichi a le pouvoir, il lui faudra encore apprendre à le maîtriser. Malheureusement pour lui, la véritable expérience ne s’acquiert que lors de véritables affrontements dont la fatale issue est bien souvent la mort…

Me tournant le dos il s’en alla, rejoignant probablement l’un ou l’autre des dix Chevaliers ayant leurs temples en aval du sien. Shiryu revint avec Ichi sur le dos, un Chevalier qui, afin de prouver sa valeur, avait accepté l’ultime épreuve du Verseau : le supplice glacial. Il était bien tard pour prouver ta valeur mon frère, mais mieux valait tard que jamais… Sur ces dernières pensées, nous nous dirigeâmes promptement vers le treizième temple : nous avions déjà pris assez de retard. Nous en profiterons pour déposer Hydra à l’infirmerie, basée dans ce même temple.

Environ 1 heure plus tard

J’avais à présent la certitude que nous la reverrions. D’ici une dizaine de jours environ, nous partirons, nous les Chevaliers divins, avec nos frères de bronze. Dohko nous avait dit tout ce qu’il savait : l’urne d’Athéna serait bientôt de retour dans le véritable Sanctuaire, celui où l’amour de ses Chevaliers règne en maître. Bientôt, bientôt Saori : ta présence à nouveau fera s’inonder nos cœurs de liesse. Athéna, encore une fois nous triompherons pour toi… Il se peut toutefois que des ennemis tentent de se dresser sur notre route, et si tel est le cas, quel genre d’ennemis sera-ce ?

Vers un autre monde…

Voilà huit jours que nous sommes rentrés de notre ultime lieu d’entraînement… où un unique but nous était soumis : la survie. La mort rodait sur les flans de l’Himalaya, elle nous attendait au tournant, aucune erreur n’était permise. La sérénité malgré tout régnait dans nos cœurs, une quiétude et un bien-être avaient empli mon être, alors qu’il y avait peu de temps je ne connaissais pas leur sens premier. J’étais auparavant toujours fougueux, perpétuellement prêt à bondir sur mon ennemi, mais j’eus vite conscience que perpétuellement j’agissais avant de réfléchir : je me jetais tête la première dans les combats, mais jamais je ne renonçais. Peut-être était-ce cela qui, presque toujours, me tirait d’affaire ? Ces deux mois passés avec mes frères étaient les plus rudes, pénibles, ardus, éreintants, mais dans un sens les plus enrichissants, instructifs, voire même agréables moments de ma vie : une vie faite essentiellement de combats, de morts, de déchirements, de peines, une vie hors du commun. Mais qu'appelle-t-on le commun ? Une vie, seul… sans foi… sans but précis ? Je ne m’étais jamais senti seul durant ma vie entière. Certes j’étais un orphelin mais je possédais un bien précieux : mes frères. Ils étaient ma force, mon second souffle, mon espoir, un soutien considérable. Et j’avais retrouvé ma sœur à présent, Seika. Toutes ces années de recherches avaient enfin porté leurs fruits, et ce vide que je ressentais en moi depuis mon départ en Grèce avait enfin était comblé ! Ma sœur à présent était auprès de moi. Me revinrent alors quelques bribes de souvenirs…

Lorsque, ce jour là, je me réveillai sur le sol caillouteux du Sanctuaire, voyant Shun sourire, je crus que le paradis enfin m’avait ouvert ses portes. Mais rapidement je compris qu’en réalité une ultime chance m’avait été offerte par ma déesse : cette chance s’appelait la vie. Elle m’avait fait ce don inestimable.

Des larmes se mirent alors à couler le long de mes joues. Je ne m’en étais absolument pas rendu compte jusqu'à ce que Shiryu m’interpelle :

- Seiya…ça ne va pas ? - Mais qu’est ce que tu racontes ? Je déborde d’énergie, tout va bien. - Je ne sais pas si tu t’en es rendu compte mais… tu pleures Seiya… - Oh! Mais… ce n’est rien… Juste une poussière… Ralalala Dohko pourrait faire un effort pour le nettoyage… Il y a tellement de poussière. - Hé hé ! Attention à ce que tu dis ! Il reste mon maître !!

Nous éclatâmes de rire. Ikki derrière la porte s’esclaffa et entra tel un pacha pénétrant dans son harem.

- Et bien je vois qu’on s’amuse ici !! Allez, levez-vous, le Grand Pope nous demande de nous rendre tous auprès de lui ! Il a quelque chose d’important à nous montrer.

Sur ces mots notre frère aîné tourna les talons et se précipita vers la treizième maison du Sanctuaire. Shiryu et moi échangeâmes un regard furtif. Il sourit. Tous deux revêtîmes nos armures et nous précipitâmes à sa suite.

- Mais où courez-vous ainsi ? cria alors Shun accompagné de Hyoga. - Suivez-nous, vite…

Dans un bruit fracassant nous entrâmes alors. Tous les regards se tournèrent vers nous.

- Vous voilà enfin… On ne vous attendait plus ! dit cyniquement Masque de Mort.

Une main derrière la tête, je rétorquai :

- Vaut mieux tard que jamais, n’est ce pas vieille branche ?

Kiki éclata de rire, mais l’heure n’était pas aux plaisanteries. Je fis un grand sourire à Masque de Mort comme en signe d’excuse pour mon insolence envers lui. Le Vieux Maître prit alors la parole comme à son habitude.

- Lors de notre dernier conseil je vous annonçais que l’espoir de revoir Athéna nous était à juste titre permis, mais nous ne savions où se trouvait l’urne la retenant captive. Après de longues recherches fastidieuses Aiolia, Mû, Aphrodite et moi-même avons découvert l’emplacement de l’urne. Néanmoins nous ne savions comment y parvenir. Toutefois, où aurait bien pu se trouver le lieu menant à l’urne sacrée de notre déesse, si ce n’est l’endroit même où celle-ci est représentée ?… - Vous voulez dire que… le coupa brusquement Aioros.

On pouvait lire sur son visage une formidable surprise. Etrangement il paraissait moins serein, comme perturbé, préoccupé par un fait qui lui aurait échappé.

- … que le passage se trouve dans… continua le Chevalier du Taureau aussi troublé que le Sagittarius Saint. - … Dans la statue d’Athéna ? acheva Camus, moins imperturbable qu’il n’y paraissait..

Des chuchotements inondèrent la salle. Je n’arrivais pas à y croire : si proche d’elle, je n’arrivais pourtant pas à la ressentir proche de moi. Shura laissa alors paraître son impatience :

- Laissons finir le Vieux Maître ! - Merci Shura, c’est exact ! La statue d’Athéna est la porte qui nous conduira vers l’urne sacrée.

Milo prit alors la parole :

- Dohko, en tant que Grand Pope vous êtes le mieux placé pour savoir que détruire la statue érigée en l’honneur de notre déesse serait un impardonnable sacrilège Certes, elle est la clé qui nous conduira vers Athéna, mais nous ne pouvons pas même l’ébrécher, ce serait un déshonneur !!

Le Grand Pope sourit. Je regardai alors en direction de Shiryu. Je ne comprenais pas pourquoi mais il avait l’air confiant, comme s’il avait compris ce que son maître avait derrière la tête. C’est alors que Dohko se leva et sortit brusquement de cette salle où nous étions tous réunis. Il fut rapidement suivi par Saga. Étrange comportement… Je décidai de les suivre et bientôt tous mes frères firent de même.

- Shiryu, dis-moi ce qui se passe s’il te plaît ! - Écoute Seiya, je n’en sais pas plus que toi… Mais je reste confiant. Mon Maître a presque toujours eu réponse à tout ! À plusieurs reprises il nous a aidés, guidés, conseillés sagement, alors je ne m’en fais absolument pas

Ces paroles me réchauffèrent le cœur. Néanmoins je restais perplexe quant aux événements qui allaient suivre.

- Soyez attentifs à présent. Aujourd’hui est un grand jour pour nous tous, mes chers amis : il est temps de rejoindre le monde où se trouve Athéna. L’heure de sa libération est proche. Vous vous êtes entraînés durant plus de deux mois avec acharnement, volonté et détermination. Aucune récompense ne vous attend, si ce n’est… elle ! Le plus grand trésor que la Terre recèle !! Saga…

Le Vieux Maître jeta un regard pétillant au Chevalier des Gémeaux. Sans rien dire celui ci se précipite alors frénétiquement vers la statue d’Athéna.

- Mais tu es fou Saga... Arêêêêêêête tout de suite ! criai-je violemment. - Noooooooooon ! hurlèrent mes frères d’une même voix. Tu ne peux pas faire cela, tu ne dois pas !

Presque tous, à l’exception de quelques Chevaliers tels Shaka, ou encore Masque de Mort, baissèrent alors la tête, résignés. C’était une folie pure… Mais un grand halo de lumière nous éblouit alors brutalement.

- Mais…

Je m’étais terriblement trompé sur les intentions de Saga. Au pied de la statue s’était ouverte une embrasure temporelle et spatiale. Il venait d’ouvrir une autre dimension dans la statue d’Athéna ! Une lumière noire entourait cette brèche béante créée dans la statue qui n’avait pas même une égratignure. Rien ne paraissait à l’intérieur de l’abîme: le vide semblait y régner en maître.

- Écoutez-moi bien Chevaliers de bronze et Chevaliers divins ! Vous n’aurez que sept heures pour ramener l’urne ! Sept heures avant que la dimension entre notre monde et cet autre monde ne se referme. Je ne pourrai en recréer une autre et vous serez alors à jamais perdus entre ces deux univers. Vous n’appartenez pas à l’autre dimension, donc de multiples contraintes joueront en votre défaveur. Si vous y restez prisonniers, vous mourrez… Bonne chance, nous savons que vous parviendrez à sauver Athéna ! Nous autres, Chevaliers d’or, restons comme prévu au Sanctuaire, pour le défendre de toute éventuelle attaque extérieure… Nous comptons sur vous.

Sur ces mots nous, les onze Chevaliers chargés de récupérer l’urne sacrée, nous donnâmes la main et, sans même réfléchir, nous précipitâmes dans ce trou noir, cette autre dimension qui nous séparait de notre déesse.

J’avais l’impression que mon corps était broyé. C’était comme si une dizaine de taureaux me passait dessus, que toutes mes cellules se déchiraient… Mon souffle en était presque coupé, mes yeux exorbités laissaient couler des larmes de sang. Nous tombions vers l’inconnu en une vertigineuse chute. Une terre hostile nous attendait sûrement… Cela parut durer une éternité, c’était une chute sans fin… Non ! Impossible ! Pas si près du but… Nous ne pouvions nous perdre ainsi…