Terre des Hommes — Partie 6

- Shaka, toi qui semble si différent de la plupart des êtres humains, comment fais-tu pour si bien lire en mon cœur ? Sache que cette rancœur est plus forte que moi… Devant le Mur des Lamentations nous ne formions plus qu’un, et j’ai vu ma mort, j’étais heureux de m’éteindre avec vous, en faisant mon devoir. J’ai ensuite dû assister à sa disparition, ô combien tragique !… Tu ne peux imaginer les nuits passées à me demander pourquoi ? Pourquoi n’avais-je pas été plus puissant ? Pourquoi n’avais-je été d’aucun secours lors de cet événement que j’aimerais tant oublier. Puis, sur Terre, nous nous sommes retrouvés. J’étais alors partagé entre la douleur d’être un Chevalier sans plus aucune cause à défendre, et le bonheur d’être vivant, avec vous tous, mes amis. Après plusieurs mois de doutes et de souffrance, je suis enfin parvenu à faire mon deuil de cette déesse que je chérissais tant, je suis enfin parvenu à apprécier la paix fraîchement restaurée… Je pouvais enfin rêver en un avenir que jamais je n’avais osé attendre. À présent tous mes rêves sont à nouveau brisés, et ce passé de batailles me rattrape, nous rattrape ! Ne comprends-tu pas ce que cela signifie ? Athéna, malgré ses bonnes intentions, ne pourra jamais nous rendre à une vie normale. Comprends-tu bien quelles sont les conséquences ? Athéna est la garante de la Terre mais sa réincarnation pousse involontairement le mal à se développer. Je me dis, depuis la nouvelle de sa prochaine délivrance, que peut-être le mal est endormi tout comme elle, et que sa décision de rester ainsi était fondée, sa disparition temporaire signifiant la disparition momentanée du mal. J’ai des doutes, et j’éprouve une rancœur envers celle qui tant de fois par le passé lutta contre le mal. Non que je n’aie foi en elle, oh non bien au contraire : elle est ma déesse et jamais je ne la trahirai ! Mais parfois je me dis que seule son apparition provoque l’apparition de malheurs menaçant notre Terre. Ces pensées me souillent. Je suis indigne de demeurer Chevalier d’or, Shaka… - Non mon ami, tes doutes sont fondés, mais sache une chose : Athéna ne se réincarne que lorsque les dangers inhérents au mal sont imminents. Pourquoi as-tu toujours cru en elle et en sa cause ? Laisse-moi répondre. Si depuis ta naissance tu fus fidèle et fervent défenseur d’Athéna, que toujours tu as cru en elle, c’est que toujours tu as cru en toi. Après cette tragédie que le destin nous a imposée, tu as eu des doutes sur ta propre valeur, et ainsi tu t’es mis à douter de tout ce qui te faisait. Ainsi Athéna, celle à qui tu as dédié ta vie, est devenue le principal objet de tes doutes. Ne crains plus rien à présent, tes rancœurs s’envoleront d’elles-mêmes, laisse juste la confiance te regagner. Pars serein, Mû, tu mérites plus que quiconque de porter l’armure d’or du Bélier.

J’esquissai un sourire, Shaka demeurant, comme toujours, impassible. Descendant les marches vers mon temple, je lui fis un signe de la main en guise d’au revoir. J’étais libéré enfin, délivré de tous mes doutes, de toutes mes craintes, plus heureux, atteignant pour un instant la sérénité si chère à mon ami du signe de la Vierge.

Seul face à soi-même

Je descendais de la salle du Grand Pope où Shina venait de connaître une étonnante défaite face à son élève. J’allais rejoindre la maison du Capricorne lorsque je vis Shura emmener Ban vers un endroit reclus. En tant qu’observateur je décidai de les suivre discrètement. Avec tous cela j’avais presque oublié que je tombais de fatigue, ayant tant bien que mal suivi June et l’Ophicus Saint durant leur course à travers les douze Temples. Mais que ne ferais-je pas en l’honneur de notre déesse Athéna ? Shura s’arrêta alors près d’une falaise en contrebas. Je l’écoutai parler :.

- Écoute Ban, je vais te faire subir un entraînement assez spécial et qui n’a rien à voir avec les entraînements que tu subis d’habitude…

Avant même d’achever sa phrase Shura intensifia sa cosmoénérgie et, d’un coup, brisa la falaise pour ne laisser qu’un morceau de celle-ci… là où se trouvait Ban. Du bas de la falaise il cria alors :

- Ban, tu ne peux plus descendre de cette falaise. Je vais m’asseoir à cet endroit et attendre que tu trouves comment déjouer le champ magnétique que j’ai créé autour de toi. Tu devras donc découvrir une parade pour t’en sortir. Tu n’auras rien à manger, tu te retrouves à présent seul face à toi-même ! J’espère que tu t’en sortiras vivant, je n’en doute pas, du moins je le souhaite…

Je vis Ban foncer droit devant lui, mais il se heurta très rapidement à ce mur invisible.

- Comment veux-tu que je parvienne à passer ?! C’est impossible ! Je ne suis pas un fantôme, je ne traverse pas les murs Shura… - C’est à toi de discerner la solution, ne te sers pas que de ton corps. Tu as une tête sers-t’en ! Enfin je veux dire ne deviens pas bélier humain, héhéhé. Cela fait plus de deux mois que tu t’entraînes, à quoi cela t’a-t-il servi ? - J’ai augmenté ma force physique et je suis prêt à tout.

Ban tenta alors de lancer son attaque pour détruire ce mur.

- Je dois réussir ! Lionnet Bomber !

Mais avant qu’il ne s’en rende compte son attaque s’était retournée contre lui. Le mur lui avait rendu son coup.

- Tiens, j’ai oublié de te prévenir Ban : aucune de tes attaques ne réussira à franchir le mur. Cette barrière est telle un miroir, elle renvoie les coups, donc tout ce que tu tenteras se retournera contre toi. - Mais tu es ignoble Shura ! Je ne te savais pas ainsi. - Rien de ce que tu pourras dire ne t’aidera, à toi d’agir à présent. Tu es prisonnier en haut de ce pic richeux, entouré de vide, et personne pour te sauver. J’espère que tu trouveras sur quoi compter, humble Chevalier.

Sur ces mots Shura, majestueusement, alla s’asseoir près de la falaise en miettes, d’où il ne restait d’ailleurs que ce pan où Ban se trouvait, captif.

- Kiki, tu peux sortir de là tu sais. - Ooooh mais…

Comment avait-il su ? Sans un mot je sortis de ma cachette et allai le rejoindre.

- Dites-moi Chevalier, comment va-t-il réussir, c’est impossible. Ban est privé d’attaque, détruire la falaise risquerait alors de le précipiter dans sa propre mort… Que peut-il faire ? - Kiki… Tu n’as pas encore compris que toute la force physique que peut posséder un Chevalier n’est rien face à l’étendu de sa cosmoénérgie ? Certes il doit être en bonne condition pour pouvoir résister face à son adversaire, mais seule la puissance du cosmos et son étendue, ainsi que sa foi inébranlable en les valeurs qu’il défend font d’un Chevalier un être redoutablement puissant, indomptable et c’est cela qui lui donnera la victoire finale. Je suis le plus fidèle serviteur d’Athéna, je pensais que ma foi en elle était immuable, et pourtant lors de la bataille du Sanctuaire… j’ai perdu face à la foi, encore plus inflexible, de Shiryu. Je n’ai pas su entrevoir toute la vérité au sujet de notre déesse… Voilà pourquoi aujourd’hui je souhaite que Ban comprenne que seul son cosmos peut lui permettre de sortir vainqueur de toute bataille. Son cosmos et la foi qui peut habiter son cœur.

Les yeux de Shura brillaient intensément, la certitude de revoir Athéna parmi eux lui avait redonné toute confiance. Cet entraînement était pour lui une seconde vie. Il était le Chevalier le plus malheureux, décontenancé et renfermé depuis la disparition de la Princesse. Mais à présent que tout espoir était permis, il avait retrouvé toute sa vigueur. Je voyais Ban se donner à feu et à sang dans cette bataille contre le vide.

- Shura ! Je pense avoir trouvé la parade à cette illusion.

Il tenta de sauter très haut pour passer au-dessus du champ magnétique, mais rien n’y fit : il retomba très lourdement à terre.

- Shuraaaa, je crois que je me suis brisé la main ! - Je ne peux rien y faire Chevalier, tu t’es blessé tout seul.

Le Chevalier du Capricorne ne laissait transparaître aucune émotion sur son visage. J’avais l’impression qu’il était serein, rien ne le troublait.

Trois jours ainsi s’écoulèrent. Ban n’avait toujours pas déjoué le piège du mur. Il se tordait de douleur, tous ses coups lui revenant irrémédiablement. Il mourait de faim et avait presque épuisé ses dernières forces… Moi, je tombais de sommeil, et pourtant je résistais. Je me retournai alors pour voir ce que faisait Shura, mais étrangement il n’était plus là.

- Viens Kiki, le Grand Pope nous appelle.

Nous nous rendîmes dans la salle du Grand Pope où étaient réunis presque tous les Chevaliers, et c’est à cet instant qu’il nous annonça le résultat de ses recherches sur l’emplacement de l’urne. Nous étions tous sous le choc, mais chacun d’entre nous portait cette flamme en lui. Enfin ! Nous savions désormais où se trouvait l’urne, du moins nous en étions très proches.

- Shura… Kiki… Où êtes-vous ? gémit le pauvre Chevalier du Lionnet. - Nous sommes là Ban ! Je suis extrêmement déçu par toi, je ne pensais pas que tu échouerais. Mais j’ai quelque chose à t’annoncer : l’urne d’Athéna a été retrouvée. Enfin, nous savons où elle se trouve.

À peine Shura avait-il fini d’expliquer à Ban l’objet de la réunion que celui-ci se releva et s’assit tranquillement par terre.

- Shura… Je te remercie pour tout : tu m’as ouvert les yeux. J’ai compris ce que tu attends de moi. Cette annonce emplit mon cœur d’espoir. Durant ces trois jours je l’avais totalement perdu, je me croyais incapable de m’en sortir seul. Mais à présent je sais ce que je dois faire.

C’est alors que le Chevalier de bronze ferma les yeux et intensifia sa cosmoénergie. Un halo de lumière l’entourait à présent.

- J’étais presque mort, à présent je revis, et j’ai enfin compris que le secret de la victoire était ma cosmoénérgie. Yaaaaaaaaaaaaaaaa !

Il fit exploser son cosmos. Le mur invisible se brisa alors en mille morceaux : sur nous s’abattit comme une pluie de cristaux. Ban avait enfin réussi à se libérer de son entrave.

- Tu as enfin compris Ban … La volonté est plus forte que l’instinct. La maîtrise du septième sens ne peut se faire que par soi-même. Tu as tout compris ! A présent je n’ai plus rien à t’apprendre. Bravo !!

Sur ces paroles le Chevalier du Lionnet perdit connaissance. Un grand sourire illumina enfin le visage du Chevalier d’or…

- Tu vois Kiki, on peut toujours se surpasser….

Sur ces mots il emmena Ban dans sa maison.

Tout fier de ce qu’avait accompli le jeune Chevalier, je sautillais dans tous les sens. C’est alors qu’une lumière blanche m’aveugla…

- Mais…. Comment…? Noooooooooooon

Terre des hommes

Retour de glace

- Mais…. Comment…? Noooooooooooon - Ben alors, que t’arrive-t-il Kiki ? Hahaha ! - C’est vous !!!! Vous voilà juste à temps.

Un sourire jovial imprégnait le visage encore tellement enfantin du disciple de l’Ariès Saint.

- C’est incroyable ! J’ai été aveuglé par la force de vos cinq cosmos réunis : j’ai pu ressentir leur puissance traverser ma chair. Votre entraînement a dû être particulièrement éprouvant. J’ai eu peur pendant un instant qu’un ennemi fort puissant ne tente d’envahir le Sanctuaire sacré…

C’est alors que sans crier gare nous fûmes tous pris d’un énorme fou rire. Décidément, Kiki ne manquait pas de me surprendre à chacune de nos rencontres, autant par ses facéties que par son courage. Je me demandais encore comment il avait trouvé la force de résister aux coups brutaux de celui qui partagea naguère avec moi l’entraînement de mon maître: Isaak. Aussi jeune je n’aurais jamais pu trouver une aussi grande force de caractère. Enfin il était vrai que Kiki était l’élève de Mû, et que celui-ci l’avait à sa charge depuis sa plus tendre enfance. Pourtant, je me demandais s’il était bien judicieux de lui attribuer une armure, il était si jeune et insouciant… Je lui ébouriffai alors les cheveux quand Ikki mit un terme à ces instants de retrouvailles.

- Il est temps d’aller voir ce que le Grand Pope a de si important à nous raconter !

Il était vrai que Dohko venait de contacter Shiryu pour nous sommer de rentrer au plus vite, et selon ce dernier, nous n’avions donc pas le temps de nous attarder…

- Kiki, sais-tu pourquoi le Grand Pope tient absolument à nous rencontrer au plus vite ? Les trois mois ne sont pas encore écoulés, alors pourquoi ce rappel ? - Suffit d’aller le voir et tu le sauras déjà.

Tirant la langue, il disparut. Kiki ! Si je te tenais ! Mes quatre frères me regardèrent et se mirent à rire de moi.

Quelques instants plus tard, sur le perron du onzième Temple

- Dis-moi Hyoga, quel est donc ce bruit assourdissant dans le temple de ton maître ? - J’ai bien l’impression Shun qu’un combat s’y déroule. Je peux sentir ma peau se tendre sous l’action du froid des glaces polaires. Seiya que fais-tu ? Attends !

Seiya, suivi d’Ikki et de Shiryu, se précipitèrent dans le temple du Verseau. Je fis signe à Shun de m’y suivre lui aussi. Ce que je vis me parut incroyable ! Alors que quelques instants plus tôt un terrible choc entre deux cosmos se faisait ressentir, je voyais à présent mon maître bras croisés, yeux clos.

- Camus, que s’est-il passé ici ? J’ai bien senti un affrontement à l’instant, où est donc votre adversaire ?

Camus me fit un signe de la tête. Nos regards à tous se dirigèrent simultanément vers un coin sombre du temple où se trouvait… Non ! Comment était-ce possible ?