Terre des Hommes — Partie 5

- Jeune guerrier, je vais abréger tes souffrances. Tu ne peux pas continuer à te battre ainsi. Tu n’y arriveras jamais, c’est certain, Tu n’as absolument pas le niveau des autres Chevaliers, tu leur es dix fois inférieur et je pèse mes mots. - Je ne te crois pas ! Tu es un être mesquin, cruel, arrogant, fier et cynique. Je ne vais pas me laisser faire sans rien dire, je vais te porter ma plus terrible attaque : Death Howling ! Mais… tu n’as même pas bougé… J’avais pourtant mis toute ma force en cet assaut… - Sache Chevalier que tu n’arriveras à rien avec une attaque si faible portée avec si peu de conviction. À chaque erreur que tu feras, je te priverai d’un de tes membres : je vais commencer par le bras gauche.

A peine avais-je prononcé le dernier mot qu’il se retrouva à terre, gémissant de douleur et se tordant de souffrance.

- Que comptes-tu faire à présent, Nachi ?

Il se releva comme s’il avait enfin compris, une expression déterminée peinte sur le visage. Mais il n’en était rien… Il essaya en vain de me décrocher un coup de pied latéral. D’un seul doigt je lui paralysai alors le flux sanguin qui descendait jusqu’à sa jambe droite.

- Je pense que ta jambe va vite perdre vie. Tu devrais avoir honte, tu nous fais perdre à tous un temps précieux : ce temps tu le payeras de ta vie !!

Je voyais l’indolent se traîner à terre, toujours aussi mou. Il n’y avait, en son regard, aucune volonté de se battre.

- Pourquoi… Masque de Mort ? Me battre… je ne saurai jamais, toi-même tu l’as dit.

Je lui portai alors un troisième coup, qui lui coupa toute circulation de sang au niveau de la jambe gauche, et lui assénai de violentes frappes.

- Là tu ne peux plus bouger, que vas-tu faire Nachi ? Tu dois trouver par toi-même. Je ne suis pas de ceux qui soufflent les réponses, mais je vais te dire ce qui nous différencie toi et moi. Regarde moi et dis-moi : que vois-tu ? - Je vois un tyran assoiffé de sang …

Avant même d’avoir achevé sa phrase, son bras droit était déjà paralysé.

- Tu vas mourir Nachi, tant pis pour toi ! Pour moi tu n’es qu’une âme de plus à ma collection de trophées !

Je n’en pensais pas un traître mot mais il me fallait me montrer dur avec lui.

- Alors !! Que vois-tu ?! Je vais te le dire ! Cela fait deux mois que je t’entraîne… mais m’as-tu déjà vu fatigué ou même seulement essoufflé par tes coups ? Ce qui fait que je suis beaucoup plus fort que toi tient en un concept : la cosmoénergie. La mienne est bien plus concentrée et puissante que la tienne. Tu ne puises pas ta force dans ton cosmos, tu comptes presque exclusivement sur ton armure et ta force physique. Ces deux choses peuvent vite te trahir et t’abandonner lors d’un combat, tes frères te le diraient ! Regarde Hyoga ! A demi-conscient, un pied dans l’oubli et l’autre dans la onzième maison : il a tout de même réussi à terrasser son maître Camus. Sais-tu que la volonté seule peut accomplir des miracles ? Vois comme Seiya à chacun de ses combats était meurtri, au bord du gouffre… et pourtant il se relevait toujours et se battait, tel un lion indomptable !

Sans même attendre la fin de ma leçon, le pauvre Chevalier tenta de me porter encore un coup... en vain. D’un revers du pied je lui brisai deux côtes. Plus mort que vif, gisant à terre, Nachi n’avait pas encore assimilé les enseignements que j’essayais de lui inculquer… Comprendrait-il un jour que je ne profère que des mensonges à son propos, pour qu’enfin il déchaîne tout son cosmos ?

- Mouhahahahaha ! Tu seras toujours un pseudo-Chevalier sans aucune valeur. Je vais t’envoyer rejoindre Athéna dans l’oubli…

C’est alors que Nachi, comme revenant d’entre les morts, se releva… Cela était impossible à concevoir. Je lui avais pourtant paralysé tous les membres…. Il avait un regard lointain, comme éteint. Debout, il semblait aussi frêle qu’un roseau, et pourtant, dans un dernier élan, il s’élança furieusement vers moi, aussi enragé qu’un loup. Il me porta son coup. Je l’avais évité de justesse. Le misérable alla s’effondrer quelques mètres plus loin. Étrangement, les pulsations de mon cœur s’étaient subitement accélérées. Je repris alors mes esprits et, empli de compassion, allai ramasser le blessé. Il avait assez souffert pour aujourd’hui. En le soulevant, j’eus une terrible douleur à l’épaule… m’avait-il touché ?

Deux jours plus tard, Nachi daigna enfin se lever.

- Et bien ! Avez-vous bien dormie princesse ? -Très drôle… Depuis combien de temps suis-je inconscient ? Tiens, mais qu’as-tu à l’épaule ? - Cela n’a pas d’importance ! Maintenant vas prendre le balai et les brosses vas nettoyer mon temple! Et n’oublies pas de classer les crânes par taille, tous les ossements par catégorie et tu les ranges bien surtout !! Je veux que tout soit propre !!! C’est compris ??? Mouahahahahahahaha.

J’avais guéri ses multiples blessures, il avait enfin repris vie. Un vif sentiment de fierté m’emplissait d’une étrange satisfaction, car finalement, au bout de quelques semaines de tortures et de souffrances, il avait entrevu la voie qui menait à l’ultime cosmos…

Ce Chevalier s’était vraiment montré valeureux ! Digne de la confiance qu’Athéna avait placé en lui. Je serai à jamais fier d’avoir un jour été son maître ! Le maître de Nachi, Chevalier de bronze du Loup.

Un pas de plus vers l’avenir

Ca y est, enfin je la tenais ! L’explication concernant l’urne d’Athéna. Je n’arrivais pas à y croire !!! Cela faisait un peu plus de deux mois qu’Aphrodite, Aiolia, Dohko et moi-même nous affairions dans les bibliothèques privées d’Athéna… Athéna, nous t’avions enfin retrouvée ! Le Pisces Saint me trouva les yeux scintillants de larmes, alors que j’appelais mes deux autres frères d’armes.

- Grand Pope, j’ai découvert où se trouve l’urne d’Athéna ! Il est dit dans cet ouvrage que si lors d’une bataille il arrivait qu’un dieu essuie une défaite, il se verrait enfermé par son rival et demeurerait dans le domaine qui lui est propre…

Aphrodite prit alors la parole :

- Si je comprends bien, l’urne d’Athéna serait donc bel et bien sur Terre. Mais nous n’aurons jamais le temps de la retrouver, la planète est trop vaste. Cela serait tâche difficile, même pour un Chevalier d’or…

Dohko comprit alors que la vérité était toute autre.

- Aphrodite, tu te méprends. Le domaine propre à Athéna est bien sûr notre planète, mais son véritable domaine demeure le Sanctuaire sacré.

Le Chevalier du Lion s’inséra dans la conversation :

- Mais alors… Cela fait plus de deux mois que nos Chevaliers s’entraînent, que nos plus valeureux guerriers s’efforcent à trouver une solution, que nous ne dormons plus, par peur de ne jamais trouver de réponses, et vous voulez dire que depuis tout ce temps l’urne d’Athéna est là, dissimulée tout près de nous ?! - Oui et non Aiolia, si ce que Mû a trouvé dévoile tous les secrets du lieu où repose l’urne, elle ne demeure pas pour autant dans le domaine sacré, tout du moins pas « physiquement ».

Calmement je me mis à réfléchir à ce que Dohko venait de nous dire. Moi, Mû de Jamir, comment se pouvait-il qu’avec mes dons de psychokinésie je n’aie pu ressentir la présence d’un tel objet dans l’enceinte de ces lieux ? Athéna est dotée d’un cosmos divin, aux limites mêmes de l’imagination. Un tel cosmos, même endormi, ne peut demeurer totalement éteint. Décidément… je ne comprenais plus rien. La tâche de Grand Pope ne devait pas être de tout repos, heureusement que celui-ci avait l’expérience de ses 261 ans…

- Écoutez-moi bien, faites convoquer tous les Chevaliers dans la grande salle de ce temple. Personne ne devra être oublié, est-ce bien clair ?

Nous hochâmes tous la tête et nous en allâmes exécuter ses ordres.

Une heure plus tard nous étions tous assis autour de la grande table qui, quelques mois plus tôt, nous avait vu nous réunir pour discuter du sort d’Athéna, du destin de l’Humanité. À présent nous demeurions tous sans bruit, chacun de nous sachant qu’un aperçu de notre futur allait être dévoilé de la bouche même du Vieux Maître. Tout comme à son habitude il se leva et nous somma d’écouter ses propos.

- Chevaliers d’Athéna, si je vous ai réunis en ces lieux c’est pour vous faire part d’une nouvelle qui devrait vous intéresser au plus haut point. En effet, à la suite des recherches que Mû, Aphrodite, Aiolia et moi-même avons effectuées quant à l’emplacement de l’urne divine d’Athéna, de graves nouvelles sont tombées en nos mains. Je vais sans plus tarder vous annoncer où se situe notre déesse, afin qu’au plus vite nous allions la tirer de la dangereuse léthargie qui la glace. Comme vous le savez, immédiatement après nous avoir ramenés auprès d’elle, elle s’est laissée piéger et s’est littéralement volatilisée. À notre arrivée sur Terre, Shina et Marine nous ont retrouvés en l’enceinte même du Sanctuaire. Nous n’avons pu y parvenir seuls : malgré sa captivité, le doux cosmos d’Athéna nous y guidait depuis le départ. Affaiblie par toutes ses épreuves passées, sa conscience n’a pu permettre que l’urne nous accompagne… et notre déesse s’est retrouvée bloquée dans cette dimension glaciale où elle nous réunit après l’effondrement d’Elysion. Cependant, d’après les règles universelles érigées par les dieux tout puissants issus du Big Will, une divinité captive d’un sceau se verra immédiatement reconduite en son domaine. Athéna est donc bien au Sanctuaire !

Des voix pleines de stupéfaction d’élevèrent un peu partout dans la salle. Moi-même ne comprenais plus rien. Je ne pouvais concevoir que le Sanctuaire recelât en son enceinte ce précieux trésor. J’avais imaginé toute sorte d’emplacements plus terrifiants les uns que les autres, lieux où aurait pu se trouver l’urne sacrée, mais par tous les dieux de l’Olympe, je n’aurai jamais pensé au Sanctuaire !! Enfin, quelle nouvelle réconfortante c’était là. Il n’allait pas nous falloir plus d’une journée pour fouiller la moindre parcelle du domaine sacré. Autour de moi pas un Chevalier ne restait de marbre. C’est alors que Saga apostropha le Grand Pope.

- Vieux Maître, pourquoi alors cet air de résignation dans vos yeux ? Si l’urne se trouve en ces lieux, qu’attendons-nous pour la chercher et l’ouvrir ?

Dohko nous regarda alors, chacun notre tour, avec une lueur dans le regard qui en disait bien long sur la question.

- Saga, j’ai bien peur que la vision que vous vous êtes tous faite de la libération d’Athéna ne soit très éloignée de la réalité. Athéna est certes dans notre Sanctuaire, mais elle ne l’est pas comme vous l’entendez. Lors de notre fuite d’Elysion, Athéna nous a renvoyés par des voies extrêmement complexes sur Terre, et j’ai bien peur que lorsque l’urne fut replacée dans son domaine, elle n’atterrit pas dans un même plan de réalité que le nôtre. Athéna est probablement en un monde alternatif, une sorte de Sanctuaire déchu, accolé au notre et dans une dimension tellement proche de la nôtre que l’erreur a été jugée comme nulle. Donc oui Athéna est ici, mais pas exactement. De plus, un autre problème se pose à nous : de simples mortels, Chevaliers ou non, ne peuvent rompre un sceau divin fraîchement apposé, seul un dieu le peut, or Athéna n’a pas d’alliés divins en ce monde… Malgré tout, jamais nous ne devons perdre espoir, Athéna peut être récupérée, je laisse encore deux semaines aux Chevaliers de bronze pour se perfectionner auprès de leurs maîtres. J’ai bien peur que dans un monde alternatif, aussi proche de nous soit-il, Athéna ne soit tombée entre de mauvaises mains… De plus il me faudra bien deux semaines pour trouver comment rejoindre ce monde : cela ne devrait pas être tellement difficile, il est parallèle au nôtre : seule une fine couche les sépare. Qui sait ? Athéna avait peut-être tout prévu depuis le départ, c’est peut-être grâce à cela que nos armures ont su se régénérer dans le vide dimensionnel, c’est sûrement pour cela aussi qu’elle a voulu ressusciter tous les Chevaliers morts aux combats. La roue du zodiaque est à présent complète, les douze armures d’or ont chacune un propriétaire et les Saints bientôt seront prêts à la délivrer de son funeste sort. N’oubliez jamais que si nous sommes encore en vie, c’est grâce à elle, nous avons une dette envers elle, plus encore, nous lui devons la survie de l’Humanité. Allez, courage ! Bientôt, Chevaliers, nous aurons la joie de revoir la protectrice de la Terre.

Sur ces mots la réunion fut close, laissant de petits groupes de discussions se former. Je décidai de rentrer directement dans mon temple. La route était longue pour moi… Laissant Kiki avec June, j’entrepris de descendre les marches vers le temple des Poissons, quand Shaka me retint par la main et me posa cette question que plus jamais je ne pourrai oublier :

- Mû, pourquoi abriter en toi cette rancune envers Athéna ?

Je le regardai alors, fixant ses yeux toujours fermés, et lui répondis posément :