Terre des Hommes — Partie 4

- Aujourd’hui je vais être clémente, nous allons changer nos habitudes. Tu vas traverser les douze maisons du Sanctuaire en courant et jamais tu ne devras t’arrêter. Tu vois, ce que tu portes est un habit consacré par la foudre divine de Zeus qui, lorsque ton corps arrête de se mouvoir, t’envoie une décharge électrique qui pourrait abattre un troupeau entier d’éléphants. Donc, ma chère June, tu n’auras pas le droit de t’arrêter, ni même de ralentir : tu devras maintenir une vitesse minimale de trois fois la vitesse du son. Ce n’est que lorsque tu auras atteint la salle du Grand Pope que ce dispositif se désamorcera.

Mon cœur se mit à battre la chamade, à la fois de peur et de colère. Jamais je n’avais rencontré une personne aussi sévère, froide, hargneuse, têtue, et agressive qu’elle. Un fort sentiment de haine me prit alors à la gorge, je ne pouvais le contenir, je me mis à courir. Shina courait également, mais elle me devançait aisément, comme toujours. Dans ses yeux je pouvais lire de l’orgueil. Elle devait être fière de ce plan machiavélique. Elle m’avait presque poussée à bout mais je n’arrivais toujours pas à l’atteindre. Pourquoi ? Je mettais toujours plus de force lors de nos combats. Je me relevais et l’affrontais, encore et toujours. Je me faisais ridiculiser et n’arrivais jamais à la battre ni même à la jamais à la toucher. Il existait comme un mur invisible qui la défendait.

Lorsque j’atteignis la maison du Bélier, j’étais déjà épuisée : j’avais l’impression que cette machine de torture qu’elle m’avait fait porter pesait une tonne. Gardant ma vitesse, j’arrivais au second Temple et ainsi de suite. La demeure du Capricorne était en face de moi, je n’en pouvais plus. À cet instant je voulus renoncer.

- Shina, Shina, es-tu aussi cruelle que cela ? hurlais-je désespérément. Shina ! Tu n’as pas le droit de faire souffrir quelqu’un ainsi, je ne suis pas un animal, personne ne mérite ce que tu me fais endurer, Shinaaaaaaaaaaaaaaaaa. - Idiote ! Tu n’as toujours rien compris ? C’est pour toi que j’agis ainsi. Tu ne sais pas ce que c’est que de te battre, c’est bien pire que ce que tu peux imaginer ! Il est déjà difficile d’être un Chevalier mais sais-tu ce qui est encore plus dur ? C’est d’être une femme Chevalier. Nous ne serons jamais reconnues comme l’égale des autres Saints. June, tu comprends ? Il faut que nous fassions toujours nos preuves pour nous imposer en tant que telles. Tu ne peux pas abandonner, tu as été choisie par les dieux. Il faut que tu assumes ton rôle de Chevalier mais également celui de femme. Regarde, nous sommes même obligées de porter un masque. Alors je te pousse à bout. Je veux que tu te surpasses June, que tu sois en condition pour te battre… et vaincre.

À cet instant j’eus un électrochoc, pourtant ce n’était pas ma tenue qui provoquait cette secousse mais bien les mots poignants de mon nouveau maître. Elle m’avait ouvert les yeux. Toute douleur en moi semblait avoir disparu. Je me surpris à surpasser mes forces et mes limites. Je puisais à présent en moi toute l’énergie nécessaire. Ces mots avaient illuminé mon esprit. J’avais tout compris à présent, le secret d’un bon Chevalier était sa résistance face aux dangers et à ses adversaires, sa volonté et sa foi inébranlable en les valeurs qu’il soutient. Je continuai ma course effrénée. Une nouvelle vie m’était offerte, je n’hésitai pas à la saisir.

Mon âme me portait jusqu’à la salle du Grand Pope. Je ne pus alors m’empêcher de penser à mon maître, Albior de Céphée, mort pour les valeurs justes qu’il défendait et pour sa déesse, mais surtout je songeais à Shun. Lors de son entraînement il avait enduré milles supplices, pourtant il avait réussi à obtenir l’armure d’Andromède. Tel Andromède à maintes reprises il n’avait pas hésité à se sacrifier, pour ses amis, ses frères, et avant tout pour Athéna. Il y a tant de Chevaliers qui jamais n’ont hésité à donner leur vie pour la Justice et pour la survie de l’Humanité. Tant de combats, de vies gâchées et de morts inutiles ont forgé leurs âmes. Au fil des combats, ils sont devenus de plus en plus puissants. Ce qu’ils ont vécu n’était en rien comparable à mon entraînement. J’eus honte de m’être plainte.

Enfin je pénétrai dans la salle où résidait habituellement Dohko. Shina m’y attendait. Un sourire narquois m’accueillit.

- Je vois que tu as réussi June, mais tu en as mis du temps dis donc !

J’allais m’écrouler au sol, comme une feuille morte, mais, avant que je ne comprenne ce qu’il se passait, Shina m’envoya sa terrible attaque : les griffes du Cobra. Titubante, je pris son attaque de front et allai m’écraser contre le mur.

- Mais…

À peine avais-je ouvert la bouche qu’elle m’attaqua à nouveau. Cette fois, je ne me laisserai plus faire ! Je me levai alors et réunis toute la force et l’énergie qui me restait.

- Yaaaaaaaaaaaaa……..

Une aura m’entoura, c’est alors que je me souvins d’une leçon de mon maître.

« Quel que soit votre état, que vous soyez épuisés ou blessés, votre cosmos est éternel. Votre cosmoénergie n’a pas de limites, vous pouvez l’augmenter indéfiniment. »

Ces paroles résonnèrent au plus profond de mon être. Je vis dans les yeux de Shina une grande stupéfaction. Sans même comprendre comment, je la vis s’envoler, et tomber sous mes coups. Avais-je enfin atteint ce que l’on nomme… l’ultime cosmos ?

La force, cette faiblesse…

J’avais enfin l’espoir, l’espoir d’être utile à celle à qui mon existence était vouée. Je n’avais pu que mesurer mon inutilité par le passé, et, chaque jour un peu plus, les remords m’avaient rongé. Tant de questions me hantaient encore.

Pourquoi n’avais-je jamais rien pu faire ? Pourquoi n’avais-je jamais connu la victoire ? Pourquoi n’avais-je su l’aider quand elle avait le plus besoin de ses Chevaliers ? Pourquoi étais-je si faible ?

À présent je ne pouvais que repartir confiant, espérant rattraper toutes mes erreurs passées, espérant enfin me révéler tel que j’étais : un fidèle défenseur d’Athéna. Je fus bien heureux quand j’eus l’annonce qu’Aldébaran serait mon tuteur lors de mon entraînement. Quel Chevalier d’or aurait pu mieux me correspondre que celui qui, plein d’humilité, avait préféré ne point réparer la corne brisée de son armure afin de garder toujours vif le souvenir d’un des premiers combats dont il ne sortit pas victorieux ?

Il était là, en face de moi, de toute son imposante carrure.

- Geki, depuis que je t’ai comme disciple tu as su faire preuve de beaucoup de volonté et tu as fait d’énormes progrès. Néanmoins, tu dois savoir que ce qui fait la force d’un Chevalier n’est pas sa force physique, mais bien son cosmos. Regarde-moi, véritable chêne que je suis, AHAHAH, sans mon cosmos je ne serais rien. Toi comme moi avons un physique imposant, mais jamais tu ne dois te fier aux apparences. Vois Shun, frêle comme le roseau, et dont le corps pourtant regorge d’immenses ressources. Sais-tu ce qui fait que depuis le départ tu t’es trompé ? C’est que tu mises tout sur la force brute. Viens avec moi…

Un lieu proche de Star Hill, une énorme falaise surplombe une étendue rocheuse, déserte

- Pourquoi m’avoir emmené en ce lieu désert ? - Geki, brise moi cette falaise. - Rien de plus facile.

D’un poing, je fis s’effondrer un pan entier de la montagne. Un sourire aux lèvres, je le regardais, satisfait. Perplexe, il me dit :

- Geki, je pensais que tu avais écouté et appris mes leçons. Je vois que pour toi rien n’a changé. Quand te libèreras-tu de cette prison qu’est ton corps ? Je t’ai déjà dit plusieurs fois que seul importe le cosmos. Regarde, ton poing est en sang. Certes la falaise s’est effondrée, mais la moindre goutte de sang versée dans un combat pourrait t’être fatale. Il y a d’autres solutions que la force.

C’est alors qu’il se dirigea plus loin, là où la falaise demeurait encore intacte, et m’invita à apprendre. Il apposa sa main sur la roche et, intensément, se concentra. Un halo doré l’entoura bientôt. Tout à coup, non pas un pan de la falaise, mais bien toute la montagne, s’effondra. J’en restai ébahi, bouche bée. Comment, sans même avoir bougé un doigt ,avait-il réussi un tel miracle ? Comme lisant dans mes pensées, il me répondit :

- Voilà la véritable force. Je ne saigne pas, je ne transpire même pas, et pourtant j’aurais aussi pu utiliser mes poings ! AHAHAH. Tu te limites par ton physique, j’ai beau faire deux mètres dix pour cent-trente kilos, sans mon cosmos je serais presque aussi vulnérable que ce bon vieux Tatsumi. AHAHAHAHAH. Geki, tu apprendras à maîtriser le pouvoir de ton cosmos, je suis sûr que bientôt tu t’éveilleras même à l’ultime cosmos, le septième sens.

Il avait raison, encore une fois je m’étais fait duper par mon corps : les vieilles habitudes sont décidément tenaces…

- Aldébaran, j’aimerais mettre ces leçons en pratique si cela ne te dérange pas. - Bien au contraire jeune Chevalier de l’Ours. Mais je te préviens, je ne ménagerai pas mes forces sous prétexte que tu portes une armure de bronze. Je ne l’ai pas fait pour tes frères lors de la bataille des douze maisons, je ne le ferai pas pour toi. - Cela sera donc un honneur pour moi que d’affronter le Chevalier d’or du Taureau. Et puis tu m’as enseigné déjà tant de choses, je veux passer à la pratique. - Soit, si tel est ton désir ! En garde Geki !

Le plus rapidement possible je courus alors vers lui pour lui décocher un terrible coup de poing. Il ne bougea pas mais… Mais non ! C’était impossible, je n’avais frappé que de l’air !!!

- Tes coups sont d’une lenteur affligeante. Il me suffit de me déplacer légèrement pour tous les éviter.

J’essayai alors de me surpasser, accélérant toujours la vitesse de mes frappes… mais il ne prenait même pas la peine de les intercepter, il feintait.

- Crois-tu seulement être digne d’Athéna avec de tels coups !, me cria-t-il.

C’était injuste ! Comment osait-il invoquer son nom ! Des larmes vinrent emplir mes yeux. Pourquoi n’étais-je pas plus puissant !!!

- Hanging Bear !

Ca y est, je le tenais là, à ma merci. Enfin du moins le croyais-je… Il apposa ses mains sur mes poignets et me les brisa d’un seul coup, sec et net, en concentrant son cosmos doré dans la paume de ses mains.

- Aaaaaaahhhhhhh… - Je t’ai volontairement laissé m’atteindre pour te montrer que tu dois parfois oublier la force de tes muscles. Vois, ton corps peut être brisé mais ton cosmos lui toujours survivra. Brûle ton cosmos Geki, brûle-le !

Souffrant le martyre je fis exploser mon cosmos en tentant de lui asséner un coup de pied latéral. Peine perdue… D’un revers de la main il arrêta mon coup et m’attrapant par la jambe m’envoya directement sur les débris de roche effondrée. Mon corps ne voulait plus se soumettre à mes ordres et, quand enfin je parvins à me relever, je le vis arriver sur moi à une vitesse dépassant tout ce que j’avais pu concevoir pour le commun des mortels.

- Great Horn !

J’eus l’impression qu’un troupeau en furie venait de me piétiner. Mon corps n’était plus que fontaine sanglante, ma protection bris de verre, mais ma volonté, elle, était intacte. Je devais me montrer digne de mon armure. Mon cosmos me maintenait éveillé. Les yeux clos par la souffrance je percevais sa position, quand, s’approchant de moi, il me dit :

- Cela suffit pour aujourd’hui, je suis fier de toi Geki. En ce jour tu as découvert la véritable essence de la force, tu t’es montré digne de porter l’armure de la Grande Ourse.

À ses paroles je laissai s’épancher mes larmes, un sourire involontaire transparaissant sur mon visage en sang. Je m’effondrai alors sous le poids de la souffrance et de l’émotion.

- AHAHAH ! Les Chevaliers de bronze ont bien du mérite. J’espère au moins, Dohko, que tu es sûr de tes choix. Je les aime bien moi ces bronzes… furent les derniers mots que je pus encore discerner.

Doucement je me laissais emporter dans un sommeil forcé, cruel, à travers lequel je sentais malgré tout la douce chaleur du cosmos d’Aldébaran soigner mes plaies et mes os brisés. Ma dernière pensée fut pour Athéna, celle pour qui je devais me racheter de mes faiblesses passées… Car là était ma mission la plus sacrée, celle d’être Chevalier…

Terre des hommes

Le miracle de la volonté

- Allez Nachi frappe plus fort ! Mais quel paresseux ! Qui t’a appris à te battre ainsi ? Je me demande en quoi tu es digne de porter ton armure… Regarde, tu n’arrives même pas à t’approcher de moi ! Et tu penses qu’avec tes ridicules coups tu vas réussir à te surpasser ? Athéna elle-même aurait honte de toi ! Je me demande encore pourquoi j’ai accepté de t’entraîner, tu n’en vaux vraiment pas la peine !

J’essayais de pousser à bout ce pauvre Chevalier du Loup encore si faible. Jamais il n’allait être prêt, j’en avais bien peur. Mes méthodes étaient certes hors du commun, mais j’étais confiant et pas encore résigné à abandonner. Moi, Masque de Mort, j’allais lui montrer la voie de l’ultime cosmos, j’en avais fait la promesse à Dohko, mais c’était avant tout en l’honneur d’Athéna.

Elle… Elle m’avait pardonné mon infidélité… Elle m’avait ramené à la vie alors que j’avais trahi sa confiance, alors même que j’avais utilisé mes pouvoirs pour servir les desseins du mal. À présent je me devais de racheter mes erreurs. Jamais je ne pourrai me pardonner à moi-même le mal que tant de fois j’avais causé. Mes fautes passées allaient toutefois devenir mes forces de demain, et je saurai tirer avantage de ma dette envers Athéna, pour le bien de l’Humanité. Ma cruauté et ma folie avaient fait de moi un Chevalier déchu, même mon armure avait fini par m’abandonner lors de ma première défaite face au valeureux Chevalier du Dragon. Le mal alors s’était emparé de mon âme… A présent je me devais d’expier mes pêchés. Tant d’innocents avaient péri à cause de ma soif de sang et de mort. La mort m’avait aveuglé, elle était devenue mon unique obsession, elle m’avait guidé dans cette impasse qui provoqua ma déchéance passée. Aujourd’hui, la déesse m’avait offert une ultime chance : je devais prouver que j’étais sincèrement digne de revêtir l’armure d’or du Cancer. Au fond Nachi était plein de bonne volonté, mais il n’avait toujours pas compris le véritable sens de la cosmoénérgie. Je me devais donc de le lui enseigner.