Terre des Hommes — Partie 3

Assis, en ce lieu, tous les Chevaliers étaient réunis. Je sentais malgré tout régner une tension. Je regardais mon maître Mû, qui, l’air inquiet, semblait attendre comme une réponse aux multiples questions qui d’ailleurs hantaient tous les esprits des hommes présents. Nous attendions que le Vieux Maître intervienne enfin. Je décidai alors de m’installer entre Shiryu et Seiya. Lorsque Dokho prit la parole, un silence de mort s’abattit sur le temple. Nous tous l’écoutions d’une même oreille. Je balayai d’un coup d’œil toute la salle. Tous ces courageux Chevaliers avaient l’air perdu… Il avait fallu qu’intervienne une si tragique disparition pour égarer ces valeureux combattants. Cette divine Princesse nous guidait, elle était notre lumière dans la pénombre, elle était l’étoile qui conduit ses navigateurs ; sans elle nous étions perdus. Tout en observant les Chevaliers j’écoutais attentivement le nouveau Grand Pope.

- … L’armure divine aurait dû disparaître avec Athéna or ce n’est pas le cas, ce qui signifie qu’elle trouvera utilité prochainement…

À ces mots tous les Chevaliers se regardèrent, surpris mais au fond heureux de le savoir. Une drôle d’idée me traversa l’esprit : je pourrais donc moi-même un jour me battre en l’honneur d’Athéna pour défendre la Justice et l’Humanité ! Je m’en voulais de penser cela car ces probables batailles à venir seraient immanquablement elles aussi parsemées de morts et de haine. Je chassai rapidement cette idée de mes pensées. Mon maître me regarda alors d’un air interrogatif, j’espérais qu’il n’avait pas lu dans mes pensées. J’eus soudainement honte. À l’annonce de la fin de la réunion, l’atmosphère était brûlante. Pourtant, lançant un regard vers Ikki, je n’eus pas l’impression qu’il avait intensifié son cosmos. Même Hyoga, d’habitude si glacial, semblait porter ce feu en lui. Tous les guerriers esquissaient un sourire. Les Chevaliers d’or quittèrent en premier la grande salle, il ne restait donc plus que les cinq Chevaliers divins, leurs cinq frères de bronze, June, Shina, et Marine.

Dohko m’interpella alors. Il prit un ton extrêmement sérieux, comme à son habitude d’ailleurs.

- Écoute Kiki, voilà ta mission, je te demanderai s’il te plaît de me rendre à chaque fin de semaine un rapport sur les entraînements de chaque Chevalier de bronze. Tu me diras comment tout cela se déroule. Plus tu observeras et plus tu apprendras, ne l’oublie jamais jeune enfant. Je suis confiant, je sais que bientôt tu mériteras enfin d’acquérir une armure sacrée. Ton pouvoir est déjà étendu, mais il faut encore que tu conditionnes ton physique, tout autant que ton mental. Voilà Kiki, tu peux à présent rejoindre tes amis.

Avant de partir, il se retourna et sembla sourire. Cela me donna encore plus de courage pour continuer. Je retournai alors dans la grande salle où étaient restés les autres Chevaliers. Une vive discussion avait lieu. Shiryu prit alors la parole :

- Mes frères, écoutez-moi, vous n’avez encore jamais réellement combattu. Votre tâche sera dure et éreintante, je vous en averti. Baisser les bras ne nous est pas permis, renoncer, vous ne le pourrez jamais. Cette nouvelle bataille n’est pas comme les autres car cette fois mes frères, Athéna n’est pas derrière nous, elle ne sera pas présente pour nous soutenir et nous encourager, sa voix ne résonnera plus que dans nos cœurs. Mais une chose est sure : nous nous devons de sortir victorieux et ainsi ramener Athéna parmi nous. Je vous souhaite bon courage Ichi, Jabu, Ban, Geki, Nachi et toi June. L’espoir est l’unique chose qui nous soit permise. Nous autres, Chevaliers divins, avons décidé de partir nous entraîner ensemble sur les plus hautes montagnes qui existent sur Terre. Les conditions y sont terribles mais seul un endroit désert est en mesure de convenir à notre entraînement. Nous ne pouvons pas rester ici en attendant … trois mois… Ikki, Seiya, Shun, Hyoga et moi-même allons partir dès ce soir. Voilà mes amis ! Bon courage, et qu’Athéna toujours vous accompagne, même dans les moments les plus éprouvants, comme elle l’a toujours fait avec nous !

Sur ces mots les cinq Chevaliers divins quittèrent la pièce pour rejoindre leur ultime lieu d’entraînement : l’Himalaya. Ils ne manquèrent tout de même pas d’aller rejoindre, pour de doux au revoir, les êtres qui leur étaient chers. Shiryu et Seiya s’en allèrent rejoindre Shunreï et Seika, toutes deux assises sur un banc jouxtant le temple d’Aphrodite ; Hyoga descendit les marches, probablement pour informer son maître de son prompt départ ; quant à Ikki, il partit rejoindre la Chevalier du Caméléon, accompagné de Shun…

La tête haute, fiers, ils prirent la route le soir même sans jamais se retourner. De nouveau ensemble, aussi unis que peuvent l’être les cinq doigts de la main, leurs cosmoénergies resplendissaient de milles feux : rien alors n’aurait les arrêter.

Je les regardais partir lorsque ma tâche me revint à l’esprit : observer les entraînements des six autres Chevaliers. La première à avoir commencé son labeur était June, dirigée par le Chevalier de l’Ophiucus. Toujours aussi volontaire, Shina ne voulait pas perdre une seule seconde, elle avait de la rage à revendre. Il m’arrivait à ce propos de plaindre la jeune éthiopienne : ces deux forts caractères réunis ne pouvaient que faire des étincelles. J’entrepris d’aller voir comment se débrouillaient les autres Chevaliers. Je descendis les premières marches avec facilité. Arrivé à la onzième maison, celle du maître de Hyoga, j’étais déjà essoufflé. Sans me faire remarquer, je continuai ma route tant bien que mal, il fallait le dire. Au bout de six heures de descente de marches, je m’écroulai devant la porte de la première maison du Sanctuaire. Un rire moqueur m’accueillit :

- Et bien Kiki, je vois que ton entraînement physique a commencé ! haha - Kof, kof. Je n’en… peux… plus !

Bam ! Je m’écroulais à bout de souffle.

- Tu n’es guère endurant Kiki ! Tu vois ? Tu ne peux pas toujours compter sur ton don de télékinésie ! On dit souvent que le cerveau compte beaucoup, mais il faut aussi cultiver son corps ! Haha, tu vas devoir te muscler un peu les jambes aussi.

La journée s’acheva, enfin ! J’étais épuisé. Mais encore trois mois, trois mois de dur labeur, de sueur, de peine, de rudes entraînements m’attendaient. Le doute n’était plus permis, pas même pour moi : si un jour je voulais être Chevalier et ainsi honorer mes pairs … mon maître … mais surtout notre Princesse !

Terre des hommes

L’impétuosité de la jeunesse

Elle reviendrait, je l’espérais…

Je ne savais ce qui s’était passé dans la tête du Vieux Maître, mais quand même, vouloir envoyer des Chevaliers de bronze pour accomplir une mission d’une telle importance ! Enfin, si tels étaient ses ordres je me devais de les respecter : ainsi j’allais faire de mon mieux pour entraîner mon nouvel élève, Jabu, en priant pour que cette pitoyable faiblesse qui le caractérise laisse bientôt place à un certain pouvoir.

Il était là, devant moi, à moitié plié par la douleur successive à mon attaque, se demandant pourquoi son arcane n’avait aucun effet sur moi.

- Unicorn Gallop !

Pathétique fut le seul mot qui me vint à l’esprit. Même Seiya et Shiryu avaient su faire preuve de plus de volonté lors de notre première rencontre quelques mois plus tôt.

- Si tu veux voir une vraie attaque, ouvre bien tes yeux Jabu, lui dis-je fermement. Le galop de la licorne a comme fonction principale la paralysie de l’adversaire, or non seulement ta technique est imparfaite, mais elle est aussi faible de puissance et de portée. Vois à présent ce qu’est la véritable paralysie : Scorpio Restriction !

Je ne lui en voulais pas de succomber ainsi, après tout il n’était que de bronze, mais tout de même… J’avais du mal à croire que le même sang que celui de Hyoga coulait en ses veines. J’espérais sincèrement que les autres Chevaliers de son rang se débrouillaient mieux, sinon je ne donnais pas beaucoup de chances à l’avenir de la Terre.

- Jabu, quand comprendras-tu que la victoire ne vient pas uniquement de la puissance de ton attaque ? Sublime ton cosmos, étudie ton ennemi, adapte toi à lui.

Celui-ci courut alors dans ma direction, sauta en l’air et fit une piquée en vrille, cherchant à atteindre ma tête. Trop prévisible, pff… Je me déportai légèrement sur ma droite, l’attrapant au poignet lors de sa réception. Je le tirai vers moi, le plaquant ainsi de dos, les bras bloqués. Quand réagirait-il autrement ? Quel être buté que ce Jabu ! Je lui décochai un coup de poing dans le ventre. Projeté contre un pilier il se mit à cracher du sang. Je n’étais pas sa mère ! Je lui devais seulement l’enseignement. S’il n’était pas assez patient pour m’écouter, il allait au moins tirer partie de ses erreurs… La souffrance aussi s’apprend…

Toujours stoïque, je le toisai de haut en bas, si jeune, si vif, si impétueux, et tellement impulsif. Je n’en croyais pas mes yeux, il remettait ça.

- Unicorn Gallop !

Levant l’index, j’arrêtai son attaque.

- Scarlet Needle

Il se tenait debout, ses yeux fixant intensément les miens. Il ne comprenait pas ce qu’il lui arrivait. Soudain ses pupilles se dilatèrent, virèrent au noir profond : il s’écroula, comme une masse, un sourire aux lèvres. Décidément, jamais l’existence ne cesserait de m’étonner : sans que je m’en rende compte, il avait réussi à me blesser. Rien de grave naturellement, mais un mince filet de sang coulait le long de mon bras gauche.

C’était étrange, malgré la répulsion que j’éprouvais à l’égard de cette faiblesse dont il faisait preuve, je ne pouvais m’empêcher d’éprouver un étrange sentiment envers ce Jabu. Il me fascinait lui aussi dans un certain sens, son regard était comme celui de Seiya la première fois qu’il m’avait attaqué : empli de résignation, de volonté et de confiance en soi.

Parfois, lors de nos entraînements quotidiens, je me surprenais à repenser à mes propres années d’entraînement. Je me revoyais alors sept ans auparavant, avec cette innocence du combat que j’avais alors ; non pas de l’inexpérience, mais bien de l’innocence. Tant d’évènements tragiques s’étaient produits depuis… Toutefois, malgré ma force de caractère, cette part si fragile qui toujours subsistait, ce bris de glas qui depuis toujours en moi dissimulé demeurait, refaisait surface, et Jabu alors me semblait être le miroir de cet être que j’étais sept ans auparavant. Mis à part son inexpérience, il était en bien des points comparable à moi : je lisais en lui cette fureur, cette passion de la victoire, ce goût de justice, de sang aussi parfois… mais également, caché au fond de lui, ce dégoût d’avoir à blesser et à faire souffrir autrui. Mais un Chevalier digne de ce nom se doit de rester froid comme la pierre, en toute occasion, Camus n’est pas mon meilleur ami pour rien…

Moi-même, il n’y a de cela pas si longtemps, me laissais encore souvent emporter par l’impatience de mon âge. Mais désormais j’avais appris à rester de marbre en toutes circonstances : il fallait bien cela pour pouvoir rivaliser avec un adversaire de taille et pouvoir dominer non seulement son rival, mais aussi sa propre personne. Mon ami Camus un jour m’a dit cette phrase qui à jamais en mon âme restera gravée :

« Il est indispensable que tu arrives à dominer tes sentiments, sinon ce sont eux qui te domineront. Placé sous le signe glacial de par le Verseau, ma constellation protectrice, tu es de par ton signe le Scorpion, semblable à un volcan non éteint qui peut exploser à tout moment en un accès de rage incontrôlable. »

Jabu, aujourd’hui je suis fier de toi. Même si jamais je ne te le dirai, je le ressens profondément. Je suis sûr que tu arriveras à te surpasser. Peut être ne suis-je pas le Chevalier le plus patient de toute la garde d’Athéna, mais je peux me glorifier d’être un des plus persévérants, et de par cette qualité, j’arriverai à tirer le meilleur de toi, mon disciple… Le prenant dans mes bras, je le guéris de ses blessures et l’allongeai sur mon lit. J’allais encore une fois dormir à la belle étoile… Mais après tout, il avait bien mérité son repos : sans s’en rendre compte il avait, ne serait-ce qu’un milliardième de seconde, atteint le septième sens. Repose-toi bien Jabu, bientôt des combats bien plus rudes que ce que je t’inflige quotidiennement t’attendront… Mais j’ai confiance en moi, et je sais que mon enseignement portera ses fruits. Tu découvriras toi aussi le pouvoir de ceux qui naissent sous le signe du scorpion, même si la licorne est ta constellation protectrice. Repose-toi Jabu, ton destin t’attend, je suis fier d’être ton maître, fier de pouvoir enfin enseigner à un Chevalier les acquis de tous mes violents combats passés. Si je suis si dur avec toi, c’est que tu dois apprendre qu’il ne faut pas laisser parler ses sentiments, qu’il faut apprendre à rester stoïque, pour ne pas souffrir à outrance…

Sortant de mon temple, je jetai un regard songeur vers ce ciel crépusculaire. Sept ans auparavant je n’aurais pu apprécier à sa juste valeur la beauté de cette nature qui me paraissait être en suspens entre les batailles sanglantes que nous imposait le destin. Malgré tout je suis honoré d’être porteur de ce destin, de cette armure, unique preuve de ce que je suis, un Chevalier d’Athéna, un Chevalier de la Justice… Toi aussi Jabu un jour tu apprécieras ces bonheurs simples, je l’espère.

L’instinct de survie

Deux mois, cela faisait deux mois que, jour et nuit, Shina m’entraînait telle une lionne apprenant à ses lionceaux à chasser. Elle était terriblement hargneuse. J’étais debout bien avant le lever du soleil, avant même que le coq ne chante. Shina et moi faisions alors un sprint à travers les falaises du Sanctuaire, elle, féline, adroite, et moi la suivant tant bien que mal.

- Allez June, tu es trop lente, je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi lent que toi ! Même les gardes sont plus rapides que toi.

Malheureusement c’était vrai, je mettais toutes mes forces pour parvenir à sa hauteur, mais je n’y arrivais jamais. Elle avait toujours dix mètres d’avance. Mon esprit de compétition ne pouvait m’empêcher d’être toujours à la traîne, et même au bout de deux mois d’efforts acharnés, je n’arrivais toujours pas à la rattraper.

Ce jour là, comme tous les jours depuis le début de mon entraînement, elle déboula comme une furie dans cette pièce étroite et inconfortable qui me servait de chambre.

- Allez ! Réveille toi fainéante !

Elle me fit enfiler une étrange tunique sur le dos et me dit, le sourire aux lèvres :