Le Sanctuaire de Samos — Partie 17

Elle releva la tête et regarda autour d’elle comme pour la rechercher mais sans réellement comprendre. Elle entendit tout à coup une voix, dont elle ne pouvait pas identifier la provenance : - Tu as dû oublier une chose avant de nous attaquer Guaya ! Géryon d’Erythie était un homme fort, certains disent le plus fort, mais de corps, il n’en avait pas quatre mais trois. Je trouve bizarre surtout venant de toi, que tu ais pu croire que 3 attaques suffiraient bien pour 4 personnes. Puisque tu m’as plus ou moins volontairement épargnée, tu vas connaître ma force ! Par la Griffe de l’Aigle ! En une fraction de seconde, un jet de lumière que Guaya n’avait pas eu le temps de percevoir se dirigea vers elle et la frappa de plein fouet, sans qu’elle eut le temps de s’en détourner. Celle-ci se retrouva à son tour à terre. Marine courut vers ses amis, qui reprenaient conscience un à un. - Partez !, leur dit-elle. Elle ne va pas tarder à se réveiller. - Tu es folle Marine ! Tu as vu son attaque ! Peut-être que tu n’as pas été frappée la première fois car nous étions là, mais si nous partons, tu devras affronter seule sa force qui vaut au moins celle de trois chevaliers !, dit Shiryu. - Je vous ai déjà dit que le temps nous était compté et que si la situation se présentait, nous ne devrions pas hésiter pour nous séparer et ainsi gagner du temps. - Laisse-moi rester à ta place, proposa Hyoga, et continuez sans moi ! Ce n’est pas au chevalier d’Argent de se sacrifier. - Hyoga ! Oseras-tu frapper cette femme seule si nous partons ? J’en doute ! Et de plus, les chevaliers d’Argent ne sont pas faits pour profiter des efforts des Bronzes, mais pour les guider. C’est ce que j’ai fait jusqu’à présent. Dorénavant, vous êtes assez grands pour vous débrouiller seuls… Regardez ! Elle commence à se relever ! Dépêchez-vous de fuir ! Les trois chevaliers de bronze hésitaient, tout en se regardant mutuellement. - Tout de suite !, gronda Marine. Alors que Guaya reprenait ses esprits et se relevait, Shun, Shiryu & Hyoga avaient déjà repris leur course et venaient de quitter le temple de la protectrice d’Héra. - Ha !, gémit-elle. Tes amis sont partis ! Les lâches ! Mais puisqu’il en est ainsi, je vais tout d’abord te régler ton compte et ensuite je les poursuivrai. Je ne sais pas si tu es folle, mais tu ne dois pas avoir conscience de ton acte. Tu vas devoir subir seule, des attaques provenant de la force cyclopéenne de Géryon, le colosse aux 3 corps ! Je n’ai encore jamais affronté de femme, et puisqu’il en est ainsi tu seras la première de mes victimes. Cependant, sois heureuse car je me méfie de toi. En général, les hommes qui m’ont attaqué m’ont toujours sous-estimée parce que j’étais une femme. De la sorte, ils m’affrontaient avec un sentiment de supériorité, qu’ils n’ont guère le temps de regretter. Ton attaque de tout à l’heure ne te suffira malheureusement pas, d’une part parce que tu me l’as déjà assenée, mais également parce que seule la surprise t’a permis de me neutraliser temporairement. Comme nous allons combattre en un contre un, il n’y aura plus de place pour la surprise. - Tu sembles bien sure de toi, dit Marine sur son ton calme habituel… Tout comme les neufs précédents gardiens l’étaient et pourtant contre vents et marées, nous sommes toujours là, et mes compagnons vont bientôt atteindre le onzième temple. - Ne te réjouis pas trop pour eux, dit Guaya. Quand bien même ils arriveraient à battre des deux gardiens suivants, Héra leur réserverait de très douloureuses surprises desquelles il ne pourrait pas survivre. - De quoi parles-tu ? - Mais de rien, rigola Guaya. Sache seulement que la vie, comme la mort est si peu de chose entre ses mains ! Héra a le pouvoir de commander à la vie, comme à la mort, et c’est tout ce que je peux te dire. - Je ne comprends pas tous les faits auxquels tu fais allusion, mais tes discours commencent à m’ennuyer. - Comment ? Tu veux déjà connaître ta fin ? Et bien puisqu’il en est ainsi, subis mon attaque :

Que le sang de Géryon t’enivre Marine ! Marine n’eut pas le temps de répondre par une attaque, et sa défense était trop frêle face à la puissance de l’ attaque adressée par Guaya. Etrangement, elle ne ressentit aucun force physique se diriger vers elle, mais sa tête devint tout à coup très lourde. Elle sentit que son esprit ralentissait. Un parfum enivrant de fruit paralysait son esprit. A présent, elle distinguait avec ses yeux un monde qui semblait pouvoir bouger dans tous les sens, d’où des formes étranges se distinguaient puis disparaissaient. Chaque forme était courbe et malléable. Au milieu de tout ce désordre, elle aperçut un grand arbre qui occupait la majeure partie de la place. Et lorsqu’elle vit cet arbre, elle entendit une voix, celle de son ennemie : - Cet arbre, c’est celui de Géryon, Marine. Chaque année, il naît de ses branches des fruits particuliers, dont le parfum est en train de t’enivrer. Cet arbre est né du sang du Géryon, qu’Héraclès fit couler en le tuant. Moi, protectrice du Temple de Géryon, je vais te faire payer ton intrusion ici en t’endormant à jamais ! Que ton esprit échoue loin de ce monde Marine, et qu’il erre longtemps en savourant le parfum de mon arbre. Marine ne commandait plus son esprit, elle s’écroula à terre, mais son esprit continuait à parcourir des lieux imaginaires, sans but, et sans fin. Alors, il retira la ceinture du corps de Dakovica. Il la contempla un bref instant, puis il marcha vers le corps de Jabu, qui gisait plus loin. Ils pouvaient maintenant revenir dans le monde réel pour porter de l’aide à leurs amis.

Le Sanctuaire de Samos

Dixième Temple du Sanctuaire d’Héra, celui des boeufs de Géryon

Marine gisait à terre depuis de longues minutes. Elle ne maîtrisait plus ses idées qui l’avaient abandonnée. Son esprit ne répondait plus à aucune pulsion réactionnelle. De la sorte, elle croyait marcher, voir, parler sans pour autant bouger de sa position, allongée au sol, et inerte. Elle évoluait dans un monde où tout était blanc, elle pouvait marcher ou courir autant qu’elle le souhaitait, mais les choses environnantes restaient perpétuellement blanches et vierges de tout signe de vie, animal, humain ou végétal. Pourtant, elle vit tout à coup au long un objet de couleur qu’elle distinguait parmi tout le reste. Elle s’en approcha naturellement, et distingua au fur et à mesure une sorte de lit, semblable à ceux des temps anciens, constitués d’un simple matelas posé sur le sol et de coussins. Elle sentit alors toute la fatigue accumulée depuis l’arrivée au Sanctuaire de Samos se manifester en elle. Harassée, elle se dit que quelques minutes de repos ne pourraient pas lui faire de mal. Ainsi, elle s’écroula comme une masse sur la couche disposée pour elle. Guaya l’avait emporté. Marine s’était elle-même rendue en s’abandonnant aux bras de Morphée. Et rien ne pourrait plus la réveiller. - Bien. Tout est fini, dit Guaya. Je vais pouvoir en terminer avec les autres en partageant le plaisir de réduire les derniers chevaliers d’Athéna à néant avec le prochain gardien. Espérons qu’il m’en aura laissé quelques-uns à massacrer. Et pourtant, contre toute attente, une lueur intense rayonna dans l’esprit de Marine. Celle-ci ne put pas la réveiller directement, mais tout en restant victime de l’attaque de Guaya, elle sentit une source de lumière très forte qui s’approchait d’elle. Toujours dans le monde inventé par son adversaire pour maîtriser l’esprit de Marine, cette dernière ouvrit les yeux, et cette fois-ci, elle distingua une personne qui s’approchait d’elle. Celle-ci était précédée d’une aura tellement brillante que Marine, toujours prostrée sur sa couche ne parvenait pas à la reconnaître. Arrivée à quelques centimètres d’elle, cette personne lui tendit la main. Aveuglée par toute cette lumière, Marine ne pouvait pas regarder cette situation en face. Tout à coup, la personne qui se tenait face à elle sembla sortir de cette lumière aveuglante et se rendit visible aux yeux de Marine. - Shina !, murmura Marine. Le chevalier du Serpentaire se tenait face à Marine, et lui tendait la main comme pour la relever. Elle lui adressa la parole : - Relève-toi pour te montrer digne des Chevaliers d’Athéna. Je suis toute proche Marine, mais pour le moment c’est toi qui dois te débrouiller seule. Serres fort cette main de toute ta force, et concentre-toi pour avoir le pouvoir de sortir de cette illusion. Ne cède pas maintenant Marine ! Toutes tes douleurs ne sont que des égratignures vis-à-vis de ce qui menace Athéna. Tu dois trouver la force de surpasser tes impressions et tes ressentiments de douleur. C’est ton adversaire qui te manipule, tu as toujours été courageuse, et le moment est venu de le prouver. Relève-toi ! Maintenant. Guaya, prête à sortir de son temple, sentit tout à coup que quelque chose d’étrange venait de se produire.

En effet, bien que Marine semblait toujours à terre, inconsciente, son esprit commençait à se rebeller et à prendre le dessus sur les douleurs et les maux. Et ce qui devait arriver arriva. Lentement, Marine reprit possession de ses moyens physiques comme intellectuels. Elle tendit ses bras, et commença à se relever, non sans difficulté, elle parvint à se remettre debout. Guaya n’en croyait pas ses yeux, aucun adversaire ne pouvait résister aux pouvoirs enivrants des fruits de l’arbre de Géryon, et pourtant, Marine se dressait là, tremblant de tous ses membres, mais agissant avec encore plus d’espoir et de volonté qu’auparavant. - Comment as-tu pu te relever ? Il est impossible de résister aux parfums divins que ton esprit a senti !, dit Guaya, médusée. Marine répondit de la voix d’une personne qui se réveille peu à peu, tout en reprenant ses moyens assez rapidement. - Sache que les chevaliers d’Athéna ont tous un esprit commun. Quand bien même il ne resterait plus qu’un infime espoir, ils se relèvent toujours. Et même s’ils doivent souffrir encore un peu plus à chaque coup reçu, s’ils doivent se rapprocher de la mort un peu plus, ils se relèvent pour défendre la justice. Tout cela surtout parce qu’avant qu’il donne son dernier souffle, il conservera l’espoir si petit soit-il qu’un miracle puisse se produire. Voilà tout le sens de la vie selon les humains : on peut toujours lutter tant qu’on en a les moyens. Et même si sur le papier il n’y a pas la moindre chance de vaincre, il nous faut la saisir. Avant chaque combat, notre mot d’ordre pourrait être « Jusqu’au dernier souffle », nos prédécesseurs, nos ancêtres, nos maîtres, nos amis ont tous péri pour que la liberté et la paix soient les principes de ce monde, et nous ne pouvons pas insulter leur mémoire en baissant les bras. Et c’est toute la différence entre toi et moi Guaya, l’esprit qui nous motive chacune. - Tu parles bien Marine, mais tous les sacrifices et la bonne volonté du monde ne peuvent pas résoudre tous les problèmes du Monde. Il arrive toujours un moment où la force l’emporte où c’est celui qui domine l’autre qui remporte le combat. Toutes tes belles paroles n’ont apporté à ceux qui croyaient en elles que le désespoir et la mort. Alors si tu te bats pour cela, c’est ton choix. Ta théorie ne fonctionne pas si bien que tu voudrais bien le croire, car si tel était le cas, tous tes amis seraient là aujourd’hui pour te porter secours… Mais je ne vois pas une personne, pas une ombre qui soit en état de t‘aider. - Si tel est notre destin de trouver la mort pour défendre nos idées, alors oui, je l’accepte comme mes camarades. Et tant qu’il y aura des gens pleins d’espoir et de fierté sur cette Terre, ils grossiront les rangs des défenseurs des principes d’Athéna. Ils nous rejoindront pour remplacer ceux qui partent, après avoir accompli glorieusement leur mission. Tu sembles ignorer bien des choses sur notre compte, et ce qui vous perdra tous… Mais pour le moment le sujet n’est pas là, je dois te tuer par tous les moyens, et je compte bien y parvenir. - Très bien, répondit Guaya. Et bien alors tu vas découvrir la supériorité des chevaliers d’Héra. En garde Marine ! - Si je dois mourir, ce ne sera pas sans toi Guaya ! - Très bien ! Alors tu vas perdre tous tes espoirs en découvrant une nouvelle corde à mon arc : Que toute la puissance de ma constellation, s’abatte sur toi : Par la pluie divine d’Engonasis ! - Tu vas découvrir toi aussi le fait que les chevaliers d’Athéna ne sont pas dénués de ressources : Que l’envol de l’Aigle majestueux te fasse quitter ce monde à jamais ! Au moment où elle envoya son attaque, Marine sentit un phénomène étrange se produire dans le temple de son ennemie. Un vent calme, puis une véritable tempête se leva. Mais plus inquiétant que