Le Sanctuaire de Samos — Partie 16
Ikki tentait de réveiller Jabu mais n’y parvenait pas. Celui-ci demeurait toujours à terre depuis de longues minutes. Le chevalier du Phénix commençait à s’inquiéter pour son ami. Il le secouait même fortement mais aucune réaction ne se produisait. De plus, il se demandait comment parvenir à quitter ce monde, car malgré la disparition de Dakovica, Jabu et lui-même demeuraient toujours dans la même illusion esquissée par le protecteur d’Héra. Ikki cessa quelques instants ses tentatives pour réanimer Jabu, afin de réfléchir à ce qu’il devait faire, lorsqu’il fut perturbé par une sensation étrange. En un instant, il fut envahi par une inquiétude gigantesque. Il regardait partout autour de lui sans réussir à comprendre. Un cosmos phénoménal se dessinait, se réveillait non loin de lui. Il pensa tout à coup à jeter un oeil vers le corps de l’ennemi qu’il venait de terrasser, qui se trouvait toujours à quelques mètres de lui. Un mal de crâne intense le prit, il se tenait la tête à pleines mains, et était obligé de fermer les yeux, accablé par ce mal. Lorsqu’il parvint à maîtriser cette sensation inédite, il put ouvrir ses yeux pour voir que le corps de Dakovica était dorénavant entouré d’une aura qui semblait s’éveiller. Bien que toujours allongé sur le sol, son corps semblait reprendre vie. Quelques illusions brèves mais intenses se manifestaient à son esprit. Il voyait Dakovica devant lui, debout, lui envoyant une boule de feu. Puis, ces manipulations de l’esprit disparaissaient et reprenaient quelques secondes plus tard. Ikki gronda alors : - Qui que tu sois, et où que tu sois, manifestes-toi devant moi, espèce de lâche ! Une voix grave venant de nulle part lui répondit aussitôt : - Mais je suis déjà face à toi, Phénix ! A cet instant précis, Dakovica se releva de sa position. Il le fit assez lentement non sans un peu de difficulté. Il se tenait la poitrine où la flèche du Sagittaire s‘était plantée auparavant. Après quelques gestes hésitants, il se tenait de nouveau debout, face à Ikki, planté sur place. - Comment peux-tu te relever Dakovica ? Tu as été frappé par la flèche d’Or du Sagittaire ! Tu as perdu beaucoup de sang ! Il est inconcevable que tu te relèves ! - Et pourquoi pas ?, lui répondit le Chevalier d ‘Héra ? Vous, les chevaliers d’Athéna, vous vous relevez toujours, même après avoir été frappé par le plus puissant ou le plus efficace des coups ! Alors pourquoi, moi je ne pourrais pas me relever ? Je ne me rappelle pas être un homme moins valeureux que toi Phénix !
- Il y a une grande différence entre nous ! Mes compagnons et moi-même, nous nous battons pour la Justice ! C’est pour cela que nous avons toujours la force de nous battre. C’est Athéna qui nous procure cette force et rien ne peut arrêter la Justice ! - Je ne comprends pas de quelle justice tu parles ! Celle des hommes ? Lorsque je vivais au milieu des hommes, j’ai souffert du comportement des hommes ! Rien n’est plus injuste que les hommes. Ils utilisent leur pouvoir pour faire souffrir ceux qui n’ont pas leur pouvoir. Les hommes agissent comme ils l’entendent, et utilisent de jolis mots comme Justice, paix, liberté mais s’en servent pour leur compte. C’est pour cela que je ne crois plus en toutes ces notions quand on parle des hommes. Cela fait bien longtemps qu’on devrait ranger ces mots dans le rayon des belles utopies humaines. Je ne te dis pas que je suis contre ces idées, mais le fait est que je ne crois plus en elles. La souffrance est le seul destin de l’homme. Souffrir, encore et toujours sous le poids des autres hommes, sous le poids de ceux qui ont la force, ou le pouvoir avec eux. Et ça, rien ne pourra la changer. - C’est exactement pour cela que nous nous battons Dakovica ! Pour ces principes ! C’est Athéna elle-même qui veut réinstaurer ces principes. Je ne comprends pas pourquoi tu te bats contre nous, et au service d’Héra. - Je ne crois pas dans les hommes, c’est la seule raison, ils m’ont trop déçus et accablés. Héra, elle promet d’instaurer un nouveau monde. Et même s’il doit châtier les hommes, et bien que ce nouveau monde le fasse pour faire payer aux hommes tous leurs péchés. Ikki restait bouche bée devant ce discours sombre prononcé par son adversaire. - Comment peux-tu dire de telles choses ? Ne m’as-tu pas dit que tu vivais toi-même parmi les hommes ? - Cesse donc de jouer au gentil moralisateur. Ces mots, surtout lorsqu’ils viennent d’un homme comme toi sont difficiles à croire. - Je me demande bien ce qui a pu te rendre si insensible, si persuadé du peu de valeur de la race humaine. - Je ne pense pas que tu ais réellement connu certaines choses dont les hommes sont capables … - Dakovica ! Je suis un orphelin qui vient de l’Ile de la Mort ! Je pense avoir moi-même vécu ma part de malheurs dans la vie. - Sais-tu ce qu’est la guerre Phénix ?… La guerre civile a tué mon père, a tué ma mère, a infligé les pires tortures à mes frères et soeurs, puis m’a séparé d’eux. Et lorsque j’ai cru que la folie des hommes s’était arrêtée, lorsque j’ai pensé que le courroux des hommes m’avait assez accablé de malheurs, une nouvelle guerre m’a pris ma femme et mes enfants. Aujourd’hui, par la faute des hommes, je n’ai plus rien, plus aucune raison d’avoir la moindre envie de vivre parmi ces hommes. - Tes douleurs personnelles sont-elles une raison pour vouloir tuer tous les hommes ? - Je ne pense pas nuire aux hommes en me mettant au service d’Héra. Au contraire, son règne ne fera que leur apporter le plus grand service en leur apportant le repos éternel. Les hommes n’existent que pour apporter le mal. - Je ne peux pas croire qu’un homme ait si peu de considérations pour ceux qui l’entourent, dit Ikki en serrant son poing. Puisqu’il en est ainsi, puisque tu ne veux pas me laisser passer, je vais devoir de tuer. - Puisque tu entends donner raison à mes propos, alors oui, ce sera notre dernier affrontement. Mais cette fois-ci, rien ne viendra perturber notre duel. - En garde chevalier ! gronda Ikki. Les deux adversaires se faisaient face, prêts à lancer leurs attaques. Ikki, concentra toute sa force vers ce qui pourrait être sa dernière attaque. Dakovica de son côté, savait exactement ce qu’il avait à faire. D’un seul coup d’oeil, les deux protagonistes se comprirent et jetèrent leurs dernières forces dans la bataille : - Par le battement d’aile du Phénix !
- Laisse-toi emporter Le Désespoir de la Mort ! Le résultat de ces deux attaques ne demanda logiquement pas longtemps à se faire sentir. En effet, l’affrontement entre deux attaques psychologiques est toujours court, et sacre la victoire du plus fort. Ainsi, Ikki ne survécut pas longtemps à son ennemi. Il resta quelques secondes debout et immobile, puis tomba d’un train à terre, face au sol. Dakovica voulut s’avancer vers le corps de son adversaire, pour s’assurer de sa victoire, mais il sentit une présence étrangère proche de lui. Il se retourna et se retrouva face à une silhouette qu’il connaissait. Il resta interloqué quelques secondes devant celle qui se dressait face à lui. Après quelques instants, il réussit à articuler péniblement : - Lana ! Il voulut toucher cette femme de ses doigts, mais elle s’éloignait à chacun de ses pas vers elle. Dakovica s’agenouilla alors à terre, la tête penchée vers le bas, pour que personne ne puisse voir les larmes qui se dessinaient sur ses joues habituellement vierges de tout sentiment. La femme s’adressa alors à lui : - Quelle sorte d’homme es-tu devenu Dakovica ? Pourquoi as-tu tant de haine dans ton coeur ? - C’est pour vous tous que je combats, contre ceux qui vous ont tué, pour vous venger tous, sanglota t’il. - Non ! Tu ne peux pas prétendre tuer qui que ce soit en te servant de nos noms! Aucun homme ne peut en tuer d’autres pour se venger ou pour punir d’autres hommes. La vengeance ne résout jamais rien. Elle ne nous fera pas revenir à tes côtés. Dakovica releva alors ses yeux pour regarder la femme avec laquelle il vécut auparavant et lui dit à voix basse : - Mais comment pourrais-je punir ceux qui vous ont tués ? Les crimes ne peuvent pas rester impunis ? - Nous ne voulons pas que nos vies soient vengées Dakovica. Nous n’avons jamais souhaité que d’autres êtres souffrent par la faute de nos morts. Ta tristesse ne doit pas te servir de motif de vengeance aveugle. Tu dois accepter le fait de vivre avec ce poids, celui de ne rien pouvoir contre la disparition de ta famille. - Mais je me sens si coupable. - Tu dois apprendre que tu ne pourras pas toujours maîtriser toutes les choses de la vie. Certaines choses se déroulent sans qu’on y puisse rien. Mais ce qui est certain, c’est que tu ne peux pas faire souffrir d’autres personnes qui ont encore le bonheur que tu pleures tant. Regarde ces hommes, ils ont des amis, des frères, des êtres chers à leurs yeux, tu ne peux pas les en priver parce que toi tu ne peux plus jouir de ce bonheur. - Mais je n’ai plus de raison de vivre depuis ce jour sanglant. Je n’ai qu’une seule hâte, celle de vous rejoindre, et chaque jour qui passe me donne plus l’envie de vous rejoindre par la force. - Ta destinée n’est pas là mon amour, dit la femme en caressant le visage de Dakovica avec sa main douce. Tu ne peux pas aller à son encontre. Dorénavant, tu ne dois pas combattre les hommes, mais au contraire favoriser leur combat pour un monde plus juste, fait de justice et de paix. Ils se regardèrent encore longtemps, en se comprenant avec de simples lueurs dans les yeux Lana caressa le visage de son époux, comme pour le consoler et lui apporter de l’affection. Mais quand celui-ci voulu faire de même, elle disparut aussitôt. Dakovica était toujours figé, les genoux écrasés au sol, les bras tendus, et ses yeux laissaient tomber de grosses larmes à terre. De longues minutes passèrent sans qu’il ne soit capable de bouger.
Et tout à coup, il se releva, en essuyant ses joues avec son bras, il se dirigea vers Ikki et prit son corps, puis le plaça sur son épaule gauche. Il se déplaça alors vers le corps de Jabu, souleva son corps inerte et le plaça sur son autre épaule. Ainsi chargé, il commença à marcher vers la sortie de sa propre illusion. On ne s’en sortait pas si aisément, même pour son propre auteur. Le chemin était simple à suivre, toujours au Sud, vers la faible étincelle de vie qui semblait s’éveiller de nulle part.
Dixième Temple du Sanctuaire d’Héra, île de Samè, Grêce.
Alors que les chevaliers de bronze courraient sans cesse sur le chemin du dixième temple, Shun s’immobilisa tout à coup. - La lutte est terminée, et je ne ressens plus le cosmos de mon frère. Ses amis s’arrêtèrent quelques mètres plus loin. - J’ai ressenti moi aussi la fin de la lutte dans le temple précédent. Cependant, les sentiments qui s’en dégagent dorénavant sont tellement confus et étranges que nous ne pouvons être sûrs de rien, dit Hyoga sur un ton rassurant. - L’heure tourne en notre défaveur, nous devons continuer coûte que coûte ! Peut-être que nous touchons au but avec les derniers rebondissements des combats d’Ikki et Jabu. Ils reprirent donc leur route, et découvrirent enfin le dixième temple, qui se trouvait depuis longtemps à quelques mètres seulement d’eux. Ce temple auparavant introuvable paraissait pourtant immensément grand. Marine, Shun, Hyoga & Shiryu pénétrèrent dans ce temple sur leurs gardes. Une femme gardait ce temple et leur dit en les voyant : - Je m’appelle Guaya de Tehuantepec, chevalier de la Constellation d’Engonasis. Je suis la gardienne du Dixième Temple du Sanctuaire d’Héra, celui du TRoupeau de Géryon. Cette femme, comme toutes les autres, portait un masque qui empêchait les hommes de voir ses traits. Cependant, comme pour Kéna, il était possible de distinguer quelques uns de ses traits, contrairement à Marine, dont le visage était totalement caché. Cette dernière prit la parole, au nom de tous ses compagnons. - Nous sommes venus dans ce Sanctuaire pour sauver notre déesse, et personne ne pourra nous en empêcher ! - En effet, le fait que vous ayez franchi les neufs premiers temples attestent de votre force. Je me demande d'ailleurs bien comment vous avez pu battre quelques-uns uns de mes confrères... Mais la question n’est pas là… La question est : Etes-vous prêts à mourir ? A ces mots, ses cheveux se mirent à se dresser, comme si un vent soufflait à l’intérieur de son temple. Des cris de spectres envahirent sa demeure. Les chevaliers étaient bloqués sur place, tétanisés par cette ambiance étrange qui régnait à présent. - Que le châtiment du fils de Chrysaor commence son oeuvre ! Que par tout son corps, il vous terrasse ! Les chevaliers d’Athéna furent alors assaillis de coups portés violemment et puissamment. Ils s’effondrèrent tous à terre, couverts de blessures profondes. Guaya s’approcha de ses victimes, pour les rosser de nouveaux coups mais s’aperçut d’une chose étrange : - Mais où est passée la femme chevalier qui les accompagnait il y a quelques instants ? En effet, seuls Shiryu, Hyoga et Shun se trouvaient à terre, touchés durement.