Le Sanctuaire de Samos — Partie 18

cela, des pierres innombrables se dirigeaient vers elle. Les premières, petites, étaient faciles à éviter, mais bientôt elles furent suivies de plus grosses, puis d’énormes entraînées par un vent démoniaque. Essoufflée, et à bout de force, Marine ne put se dégager de ce piège, plusieurs blocs de pierres grosses la frappèrent dans le corps, puis à la tête. Rejetée par ceux-ci, elle tomba plusieurs mètres en arrière, puis fut recouverte des autres pierres ; qui continuaient à arriver en abondance. Guaya savourait sa victoire, et cessa l’envoi de son flux de roches. Alors qu’elle désirait aller constater la mort de son ennemie, elle fut prise d’une sensation bizarre. C’était comme si un déclic s’était produit dans son cerveau. Statufiée, elle comprit ce qui se passait. Bien qu’inconsciente, Marine avait réussit à projeter son attaque vers elle. Elle sentit alors son corps comme compressé par la pression de l’aigle. Elle ne pouvait se défaire de cet emprisonnement et sentit que son âme elle-même se détachait de son corps. C’était comme si elle flottait au milieu de sa propre demeure. Malgré sa volonté, elle ne pouvait plus commander son propre corps. Lentement, elle se sentait partir. Plus aucun bruit ne s’était fait entendre depuis de longues minutes, alors que Marine était étendue au sol, Guaya, elle, marchait à petit pas, sans pouvoir contrôler ses gestes, comme enivrée, sans que son esprit ne puisse commander son corps. Pourtant, lentement, elle profita des conséquences de son attaque. En effet, Marine tombait dans un coma de plus en plus profond, et les effets de son attaque diminuaient proportionnellement sur son adversaire. De la sorte, Guaya retrouvait peu à peu ses esprits et put enfin se diriger vers sa victime pour constater sa victoire. Elle trouva le corps de Marine taché de sang et couvert de bleus par les chocs violents qu’elle avait subi auparavant. Une envie soudaine la prit soudainement. Un désir incompréhensible commandait ses gestes. Elle se pencha vers elle, lentement, tout en enlevant quelques débris qui la recouvrait. Elle lui retira alors son masque, pour découvrir réellement la personnalité de sa victime. Elle vit alors un visage de femme, une chose qu’elle n’avait pas découvert depuis si longtemps. Elle fut surprise par la douceur de ses traits. Depuis tant d’années, elle n’avait fréquenté que de rugueux guerriers masculins, toujours couverte par l’anonymat de son propre masque, et à cet instant précis, n’ayant jamais pu voir son propre visage dans un miroir, elle voyait enfin ce que pouvaient être les traits d’une femme, ce que pouvaient être ses propres traits. Elle fut saisie d’un frisson qu’elle ne pouvait maîtriser. Privée de sa propre vision pendant les dix dernières années de sa vie, elle voyait en Marine sa propre image. Tétanisée de la sorte, son esprit était ampli de questions diverses et variées auxquelles elle n’avait pas de réponses. Ainsi, ses vieux démons la perturbaient à nouveau, des questions existentielles la saisissaient comme d’autre fois : Que faisait-elle ici ? Quel était le sens de sa vie ? Quel serait son avenir ?

Et comme après chaque moment de doute, elle se ressaisissait en songeant à son serment envers Héra, aux promesses de gloire, et de vie éternelle. Mais cela comptait-il vraiment ? Etait-elle prête à vivre de la sorte pendant de nombreuses années, même à ce prix-là ? Un événement imprévu vint mettre un terme à ses angoisses et à ses questions. Elle sentait un cosmos s’éveiller non loin d’elle. Guaya se retourna, sans pouvoir distinguer une présence ennemie. Pourtant une force hostile à Héra grandissait, et comme la distance supposée de son ennemie était réduite, elle comprit instinctivement ce qui se passait. Son adversaire était là. Non, elle n’avait pas abdiqué. Oui, il restait encore un infime souffle de vie. Et oui, Marine se battrait encore et toujours pour sa cause, comme elle l’avait dit, en reconnaissance et en dévotion totale envers Athéna. De la sorte, le corps de Marine se mit à bouger faiblement, ses membres avaient une grande misère à se mouvoir. Et là, elle commença à ouvrir les yeux, à entendre les échos des voix de ses compagnons qui résonnaient dans sa tête. Elle avait des visions de ces compagnons. Elle vit ceux qui représentaient l’espoir l’encourager comme Shina, Kiki, Shiryu, Shun ou encore Hyoga. Puis elle vit les ombres de ceux qui s’étaient déjà sacrifiés se pencher sur son corps, et l’encourager à se relever une dernière fois. - Puisqu’il semble que nous devions tous trouver la mort sur cette île, et bien qu’il en soit ainsi! J’accomplirais mon devoir comme mes amis l’on fait, dit Marine tout en se relevant et en intensifiant son cosmos, qui resplendissait plus brillamment à chaque instant. Puisque cela semble être l’issue finale pour l’emporter, et bien mourrons ici toutes les deux pour nos causes différentes ! Guaya s’inquiétait terriblement du réveil de Marine, et comme celle-ci ne portait plus de masque, Guaya put voir ses traits si doux et pacifiques se tendre et se durcir. Cette révolte ne semblait pas pouvoir avoir de fin, ni de limite. - Puisque tu as voulu voir mon visage en me retirant mon masque, ais le courage de te découvrir toi aussi Guaya, et combattons ainsi à visage découvert, puisque aucun homme ne pourra plus intervenir. Machinalement, Guaya s’exécuta et retira son masque, ce qui laissa apparaître un visage beau et tendre, mais crispé par la haine, la violence et désormais la peur qui s’étendait chaque jour dans le corps et sang de la protectrice d’Héra. Marine profita de cet instant de doute pour bondir dans le dos de Guaya et ainsi l’encercler de ses bras. Elle tenait fermement le corps de son ennemie, sans que celle-ci ne puisse se défaire de l’étreinte de Marine. - Je vais intensifier mon cosmos jusqu’à son paroxysme pour venir à bout de toi Guaya. J’ai épuisé toutes mes attaques, et il ne me reste plus que ce choix-là, dit le chevalier de l’Aigle. Cependant cette dernière n’avait pas déposé les armes pour autant, et répondit à Marine, tout en tentant de se débattre, et en comptant bien y parvenir. - Tu es sans aucun doute l’adversaire la plus coriace qu’il m’a été donné de combattre. Je ne peux pas me résoudre à te laisser passer la porte de ce temple sacré. Comme tu l’as découvert toi-même, le destin est ainsi fait que personne ne pourra survivre de ce Sanctuaire morbide. Vous avez pénétré dans le Temple sacré d’Héra, et vous serez donc tous châtier pour cet affront. La seule chose que je puisse t’accorder, c’est la plus difficile et la plus horrible des morts. Puisque tu as résisté à toutes mes attaques précédentes, je dois me résoudre à utiliser pour la première fois la plus terrible force que je connaisse : Echoue sur l’île de Géryon, Erythie, celle que les Anciens appellent « l’île de la Mort ». Marine ne fut pas impressionnée par cette mise en garde, et redoubla ses efforts pour contenir la protectrice du dixième temple. - Soit, et bien accompagne-moi jusqu’aux confins de ce Monde ! Guaya se rendit compte qu’elle ne pourrait elle-même pas éviter les conséquences de sa funeste attaque. Alors qu’elle avait pensé pouvoir exécuter son attaque puis se débarrasser de Marine, qui ne tenait plus guère debout, elle s’apercevait qu’au contraire, celle-ci maintenait sa pression, sans céder, en trouvant les ressources nécessaires pour contrôler les mouvements de Guaya. Les deux femmes furent alors écrasées par de multiples forces, comme soumises à une pression formidable qui allait les mutiler en morceaux. Une aura formidable se créa autour d’elles, et grandit, sans pouvoir connaître de fin. Les esprits des deux femmes étaient accablés de douleur, et semblaient ne plus pouvoir se reposer sur la réalité des faits. Elles se sentaient quitter ce monde, sur d’affreuses douleurs. Bientôt, l’attaque de Guaya résonna à son apogée et la bulle de force qui les entourait éclata. Les deux corps ne furent pas repoussés chacun de leurs côtés, mais tombèrent au contraire à l’endroit précis où ils se trouvaient déjà. Les corps des deux femmes étaient ainsi à terre, côte à côte. Leurs esprits avaient quitté leurs corps. Hyoga stoppa sa course et se retourna le premier, alors que ses compagnons firent de même quelques instants plus tard. - Marine ! dit-il doucement.

Temple des Pommes d’Or du Jardin des Hespérides, Sanctuaire de Samos

Shun et Shiryu avaient parfaitement compris ce qui venait de se passer. Marine, elle aussi venait de succomber à ses efforts pour les voir triompher. - C’est encore une de nos amis qui vient de tomber, dit Shiryu. Nous devons accomplir notre mission en leurs noms à tous, pour leur mémoire ! Après quelques secondes de recueillement, ils franchirent les derniers mètres les séparant de la nouvelle demeure dans laquelle ils allaient pénétrer, la onzième, celle du Jardin des Héséprides. L’aiguille de l’horloge qui dominait le Sanctuaire était fixée sur le chiffre neuf.