Paradise Chapter — Partie 50

Deimos tremblait de tous ses membres. L'image de la Terre Obscure, criblée de millions de points lumineux, flottait au-dessus de lui comme un emblème funeste ; celui de son dernier assaut. Il entendait les plaintes de ceux qu'il avait tués, assassinés, massacrés. Pour la première fois, ce son lui fut insupportable. « Je vais enfin vous rejoindre. Je vais enfin payer et vous serez peut-être satisfaits », songea le Berserker. Son cosmos se développa à l'infini dans un mortel brouillard. Sigyn s'était relevé et s'apprêtait à envoyer, lui aussi certainement pour la dernière fois, la Décharge Corona. Son coeur ne le supporterait sûrement pas et il le savait. Il devait au moins emmener Deimos avec lui. Sa mission ne serait pas entièrement remplie, mais Athéna et ses Chevaliers seraient suffisamment handicapés pour ne pas survivre à la Plaine d'Hersilie si l'Esprit du Sagittaire les laissait passer. Au bord de l'arrêt cardiaque, il déclencha son attaque.

Les plaintes des âmes tourmentées de la Terre Obscure étaient tellement insupportables que Deimos hésita. Il avait juré de ne plus jamais faire appel à cette technique maudite et de ne plus imposer de souffrances inutiles à ceux à qui il avait arraché la vie. Quand les multiples serpents dorés fondirent sur lui, résigné, Deimos baissa les bras et sourit amèrement à Sigyn de Tortose. L'image de la Terre Obscure disparut et ses plaintes avec elle. Il ferma les yeux et se laissa consumer dans une mort de rêve. Un vent d'une violence indescriptible balaya son visage et le fit reculer, mais son corps ne fut pas déchiré comme il l'avait prévu...

Stupéfait, lorsqu'il ouvrit à nouveau les yeux, il vit un Chevalier aux longs cheveux noirs et à l'Armure étincelante sauter vers la tête du serpent de feu, genou tendu en avant, élancé comme un tigre bondissant sur sa proie, la lame de cosmos pur d'un sabre chinois posée sur son épaule droite. Le Chevalier fit tournoyer la lame afin de la positionner sous son bras. Dans le prolongement de celui-ci, elle dépassait maintenant derrière son épaule. Il évoluait à la même vitesse que le serpent d'Or de Sigyn. Lorsqu'il releva sa lame d'un mouvement rapide du poignet en hurlant de détermination, la tête de l'abominable création électrique se détacha de son corps dans une explosion d'arcs d'énergie et de cosmos. Foudroyée en plein vol, la créature disparut avant même que Shiryu ne touche le sol.

Un silence de mort régnait sur l'endroit. Un oeil fermé, le Dragon se tourna vers Deimos et lui sourit avec ce qui lui restait de forces. Agenouillé, une main posée sur sa poitrine et l'autre tenant son arme de lumière, Shiryu avait le souffle court. L'heure n'était pas à la gratitude mais à la réflexion. Le Dragon et le Dragon-Pégase étaient tous deux à genoux, tenant leur coeur, respirant difficilement à la même cadence. « Se pourrait-il... qu'ils aient les mêmes points faibles ? », se demanda Deimos. Le Chevalier Céleste, dans une rage noire, déchaîna une tempête de cosmos en se relevant. Ses yeux n'étaient plus que lumière et son visage était déformé par la haine.

• Dragonnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnn ! hurla Sigyn en voyant Shiryu pour la première fois.

• Il est devenu complètement fou ! remarqua Deimos.

• Non... répondit Canon des Gémeaux. Il sait qu'il a perdu et que Shiryu va lui survivre. Il ne pense plus à sa mission, ni ne cherche à refouler ses sentiments. Il ressent tout simplement sa mort, son extinction...

Debout aux côtés de Deimos, Canon se tenait droit, aucune expression ne venant troubler son visage. Son Armure était criblée d'impacts et certaines de ses blessures saignaient beaucoup, mais il avait l'air de ne ressentir aucune douleur. En une fraction de seconde, son cosmos doré explosa, puis cessa de brûler presque immédiatement. Des résidus d'énergie baignaient encore dans l'air, puis disparurent. La constellation des Gémeaux apparut dans le dos de Canon, et Deimos remarqua qu'un des yeux de Castor brillait d'une lumière rouge. Sigyn se trouvait maintenant au milieu d'un morceau de plaine chaotique où le cosmos sortait de la terre pour monter vers le ciel dans des arcs électriques gigantesques qui lacéraient le dôme de sa Sphère, décrochant des pans entiers de roche. Concentré sur le Dragon, ses pupilles absentes et du sang plein la bouche, le Chevalier Céleste ou celui qu'il était devenu arma un bras décidé à emporter la vie de Shiryu avec lui.

Canon fit apparaître une petite étoile rouge au creux de sa main droite. Sa brillance était telle que Shiryu avait l'impression que toute la salle était devenue noire et que cette étoile était la seule source de lumière environnante. Perdu dans des volutes rouges sang, le visage de l'Armure des Gémeaux affichait un triste sourire. Ses yeux étaient maintenant fermés, tout comme ceux de Canon. Ce dernier vit pourtant l'attaque de son adversaire se profiler alors que Sigyn abattait son bras. Ses yeux s'ouvrirent comme ils s'étaient fermés, en même temps que ceux de son Armure, brillant du même rouge que l'étoile qui ne cessait de vibrer dans la main du Chevalier d'Or.

• Arcane suprême des Gémeaux : La Nova Rouge ! murmura Canon.

Tel le Rayon Satanique, l'étoile partit en ligne droite vers le visage de Sigyn de Tortose. Avant même qu'il n'ait finit d'abaisser son bras pour lancer une dernière attaque, celle de Canon lui avait vrillé le crâne. Le petit corps stellaire pénétra l'Armure du Dragon-Pégase au niveau du casque, et n'en ressortit pas. Sigyn était parfaitement immobile, comme pétrifié sur place. Son Armure commença à se disperser dans une nuée de flocons de cosmos rouges. Les étranges particules tournoyèrent autour du corps de Sigyn puis disparurent dans l'air comme des étincelles. Le corps du Chevalier tomba sur le sol dans un froissement discret.

• L'Arcane des Gémeaux, demanda Shiryu ?

• Oui... répondit Canon. La Nova Rouge...

• C'est incroyable... Contrairement à moi, tu as réussi à faire appel à ton Arcane à plusieurs fois la vitesse de la lumière. Sigyn n'a même pas pu finir son attaque.

• En effet...

• Est-ce qu'il est mort ? demanda Deimos. Je n'en ai pas l'impression.

• Non, mais cela n'a aucune importance, déclara Canon.

• Qu'est-ce que tu dis ? demanda Shiryu.

• La Nova Rouge est une technique particulière. Elle détruit l'âme du Chevalier qu'elle frappe, ne laissant de lui qu'une enveloppe vide.

• Une destruction de l'âme ? Mais... Est-ce réellement possible ? essaya Deimos.

• Oui, répondit Canon. J'ai détruit la constellation du Chevalier de Tortose.

• Comment ? Mais c'est impossible, Canon ! s'exclama le Berserker.

• Et pourtant...

• Mais... En admettant que détruire une constellation soit possible, tu aurais détruit celle de Seiya et celle de Shiryu !

• Non... Sigyn de Tortose n'était pas protégé par ces constellations, mais par une petite étoile. Le Dragon-Pégase n'a jamais été la somme du Dragon et de Pégase, mais quelque chose de bien différent.

• Comme quoi ?

• Je ne sais pas, et peu importe. Shiryu, je suis... heureux de te revoir.

• Merci... sourit le Dragon. J'ai eu de la chance.

• Je te croyais endormi pour l'éternité.

• Moi aussi...

• Comment as-tu réussi à te réveiller de ton sommeil profond ? demanda Deimos.

• Grâce à une amie... sourit à nouveau Shiryu.

Adossée à l'entrée de la Sphère de Saturne, Altéa d'Oligol était enroulée dans sa cape, les jambes croisées, fixant Canon de ses yeux verts maquillés de rouge. Debout à côté d'elle, Hyoga salua ses amis d'un signe de tête, des larmes dans les yeux. Shiryu, heureux de retrouver son ami, posa sa main sur l'épaulière de Canon et sourit au Cygne Céleste. Deimos osa à peine regarder Altéa, soulagé d'avoir une telle alliée à leurs côtés mais aussi de revoir... celle qui ne serait jamais que son amie...

Impressionnée par les progrès remarquables de Shiryu, Altéa ne regretta pas un seul instant de l'avoir réveillé. Il avait atteint une telle maîtrise de lui qu'il pouvait faire appel à l'arme de son Arcane à volonté, même si cela lui demandait d'énormes efforts physiques. Il était le digne héritier de Doko de la Balance, et ferait certainement le bon choix une fois arrivé devant le corps de Pégase. Avec en plus un Chevalier d'Or capable d'éteindre des étoiles, Altéa était certaine qu'ils arriveraient tous jusqu'au palais de son Amour. Elle approcha du corps de Sigyn, visiblement peinée, et s'agenouilla afin de le retourner et de croiser ses mains sur sa poitrine ensanglantée. Elle ferma les yeux et souhaita un paisible voyage à son ancien compagnon, puis elle arrêta son coeur à tout jamais...

Paradise Chapter

Hypnos avait senti que le Dragon était de retour et que Canon et Deimos étaient toujours de ce monde. Lorsque le coeur de Sigyn de Tortose lâcha pour de bon, il sentit également la présence du Cygne, qui avait dû faire machine arrière et retrouver ses amis. C'était mauvais. Très mauvais. Aucun des Chevaliers de Bronze n'était encore mort, le Chevalier d'Or pouvait toujours se battre et il ne restait que peu d'adversaires à affronter. À ce rythme là, le dieu du Sommeil allait arriver devant Baal de Syracuse avec une troupe au complet et il ne le permettrait pas. Il leva la tête pour regarder Athéna attendre ses amis, les mains jointes comme pour formuler une prière, au milieu des flammes dansantes. Shun arborait un sourire radieux et le Phénix serrait toujours les dents de douleur et de colère. Il allait finir par être le plus faible de tous. Il fallait qu'Hypnos s'en serve, à tout prix...

• Shiryu ! s'exclama Shun. Shiryu, tu es vivant !

• On ne se débarrasse pas de moi aussi facilement, sourit le Dragon.

• Et de moi non plus ! renchérit Hyoga en approchant à son tour de l'arche de roche.

• Hyoga ? s'étonna presque Ikki. Je pensais que tu nous avais abandonnés.

• Je... Je ne voulais plus tuer qui que...

À une vitesse que ses blessures n'auraient pas dû lui permettre d'atteindre, le Phénix frappa Hyoga au visage dans un tourbillon orangé. Le Chevalier du Cygne vola sur quelques mètres et déchira la roche noire avec son dos. Il tomba à genoux et porta une main à sa lèvre éclatée. Ikki avait un regard noir ; un regard chargé de colère. La question était de savoir contre qui elle était réellement dirigée... Contre Hyoga ou bien contre lui-même ?

• Ikki, mais enfin tu es devenu fou ! aboya Shiryu en glissant sur le côté pour s'interposer, poing serré.

• Tu dois comprendre une chose très importante, Chevalier, essaya Hyoga. Je n'ai jamais...

• Peu importe ! Tes raisons ne m'intéressent pas. Essaie seulement de ne pas t'enfuir comme un lâche lorsque les choses deviendront sérieuses.

• Qu'est-ce que tu dis ? s'énerva Hyoga.

• Ikki... murmura Shun.

• Parfaitement ! Tu as fui devant le danger et l'adversité ! Pire encore, devant ton devoir de Chevalier. Tu as, une fois de plus, laissé tes sentiments personnels passer avant ton rôle de Chevalier d'Athéna, désertant le champ de bataille sans ordre de ta déesse. Tu ne mérites même plus de porter une Armure !

• Ikki... marmonna Hyoga. Qu'est-ce qui t'arrive... Tu ne comprends pas.

• Je comprends très bien, Hyoga. Je comprends que ton Maître Camus avait raison ! Tu es trop faible et trop fragile pour que nous puissions compter sur toi. Il est en train de se passer la même chose que devant le pilier de l'Océan Antarctique : nous ne pouvons plus compter sur toi ! hurla Ikki en armant un nouveau coup de poing.

Hypnos se délectait. Jamais il n'aurait espéré que cela soit aussi facile. « Un animal blessé est capable de tout, alors un animal de légende... », sourit-il imperceptiblement. Saori sortit du couloir en courant et arrêta d'elle-même la main du Phénix. Ikki vit une main délicate habillée d'Or et de métal céleste se poser sur son poignet tendu, et comprit immédiatement. Son cosmos s'envola comme on souffle une petite flamme ténue et il afficha un visage si désolé à sa déesse qu'elle n'osa même pas le regarder en face. Elle ne dit mot. Elle desserra son étreinte et posa sa main douce sur celle du Chevalier du Phénix, puis la serra un peu, chaleureusement. Les larmes faillirent monter dans les yeux du Phénix, mais ce dernier ne leur en laissa pas le temps.

• Hyoga... reprit-il. Je n'aurais pas dû te frapper et je m'en excuse. Cependant, ton geste ne pourra être oublié. Tu nous as tourné le dos. Jamais plus je ne pourrai t'accorder ma confiance.

• Cela suffit, Chevalier Céleste du Phénix.

Comme une ombre, une splendide femme enroulée dans sa cape était apparue derrière Hypnos. Sans ses talons, elle devait faire la taille de Shiryu. Les yeux fermés, laissant tout le rouge sang de son maquillage attirer l'attention du Phénix, elle posa sa main droite sur la taille d'Hypnos. Un sourire amusé sur le visage, elle approcha ses lèvres du cou du dieu du Sommeil, jusqu'à ce qu'il sente le parfum de son rouge à lèvres, de sa peau... La douceur des effluves sucrés caressèrent ses narines, mais il ne bougea pas. Il ne se retourna pas. Il ne la regarda même pas. « C'est impossible... Comment est-elle arrivée dans mon dos ? Je... Je n'arrive même pas à la regarder en face... C'est comme si je me trouvais au milieu d'un nid de serpents et que l'un deux grimpait le long de ma jambe... Cela n'a aucun sens... Mais qui est cette femme, à la fin... », pensa Hypnos en serrant les dents, une goutte de sueur perlant sur son front. Les lèvres maquillées de rose de la Guerrière étaient à quelques centimètres du cou d'Hypnos. Altéa releva sa main droite et la passa sur le torse fracturé du Surplis.

• Altéa ? demanda Ikki. Tu... Tu es venue toi aussi ?

• Oui... Je suis venue me joindre à vous, à moins bien entendu que tu ne sois pas d'accord. À moins, bien entendu, que tu ne te charges comme souvent de décider pour ta déesse et pour tes amis de ce qu'il convient de faire.

Ikki regarda Saori, puis posa ses yeux sur Hyoga, dont le visage était triste. Allait-il trop loin ? En agissant ainsi, n'aggravait-il pas la situation ? Il savait pourtant qu'il avait raison ! Hyoga méritait de payer et d'être humilié ! Il le méritait ! « Bon sang, mais qu'est-ce qui m'arrive... », se demanda Ikki.

• Non... Je ne veux pas décider pour tout le monde, mais je ne peux pas pardonner ce qu'il a fait.

• Alors qu'il a pardonné ce que toi, tu as fait ? Alors qu'après que tu aies presque déchiré son coeur, découvrant ainsi le médaillon de sa mère, il t'a accepté comme un frère ?

• Je... Non, ce n'est pas ce qui s'est passé. Je...