Paradise Chapter — Partie 26
Andromède avait raison et le Guerrier le savait. Il s’était affranchi progressivement de sa nature de Berserker, contrairement à son frère. Il se souvint de son premier combat contre Altéa d’Oligol et de la manière dont, dans sa propre Sphère, il l’avait insultée et méprisée pour n’être qu’une femme. Il se rappela qu’après l’avoir battu à plate couture, elle lui avait tendu la main pour l’aider à se relever. Il avait essayé de la frapper à bout portant, mais elle lui avait fait mordre la poussière une nouvelle fois. Elle était revenue vers lui et lui avait tendu la main à nouveau. Cette scène s’était répétée une dizaine de fois et à chaque fois où Deimos avait refusé la main du Chevalier Céleste et l’avait attaquée de nouveau, avec toute sa haine et son orgueil, Altéa était venue vers lui pour l’aider à se relever. Des larmes de rage plein les yeux comme jamais il n’avait eu envie de tuer quelqu’un et de se laver les mains dans son sang, il avait finit par comprendre que la main tendue n’était pas pour l’aider à se relever, mais pour le reconnaître comme un égal. Il avait tout donné sans réussir à la toucher et elle l’avait reconnu comme son égal, un sourire tendre sur le visage.
Deimos se souvint de cette phrase qu’elle lui avait dite : « Chevalier, tu n’as aucune notion de ce qui est bien et de ce qui est mal. Il n’existe aucune réponse parfaite, mais un homme de ta force devrait au moins essayer d’en trouver une. Sinon, ce n’est pas une femme qui t’aura battu aujourd’hui, mais une simple question : suis-je capable de changement ? » Il avait accepté sa main, le regard vide, et était retourné dans la Sphère du Soleil. Il s’était entraîné chaque jour pendant plus d’une quinzaine d’heures, durant presque une année. Lorsqu’il revint dans la Sphère d’Altéa et qu’il lui demanda un nouveau combat, il remarqua une chose : il n’était pas venu pour la tuer, mais pour la vaincre. Il ne fut plus jamais le même…
• Tu as raison, Chevalier. Celui qui vivait pour donner la mort n’est plus depuis longtemps. Je vis en effet pour l’odeur de la poussière et les brûlures de la lutte… Je n’ai aucune envie de te tuer.
• Moi non plus, Chevalier, alors je te propose un marché.
• Un marché ? répéta Deimos.
• Oui, un marché pour le Destructeur devenu Chevalier.
• … Je t’écoute.
• Je vais me battre contre toi, avec toute ma détermination et tout mon courage. Je vais t’offrir ce que ta réelle nature souhaite vraiment. Si tu gagnes, tu es libre de me tuer, mais je m’engage à repartir sur la Terre et à quitter le Réseau Céleste. Si je réussis à te vaincre, tu me mèneras à mon frère et je continuerai ma route.
Deimos trouvait insupportable l’idée de pouvoir perdre contre un simple Chevalier de Bronze, mais il se souvint de la leçon d’humilité d’Altéa. Il n’était pas devenu un fin stratège en détruisant tout sur son passage, mais en pensant le combat. La proposition d’Andromède était honnête et assez tentante. Cependant, si jamais il venait à perdre ce combat, Deimos devrait emmener le jeune Chevalier dans la réalité dans laquelle le Phénix avait été emporté. Là, Phobos serait présent, peut-être même encore en train de mutiler le Chevalier. Andromède se ferait tuer, le Chevalier du Phénix également, et il devrait certainement ensuite affronter son frère, courant ainsi vers une mort certaine.
Phobos ne lui pardonnerait jamais son acte, comme si le torturer pour son bon plaisir depuis des siècles n’était pas suffisant. Deimos savait que ce cas de figure aurait dû arriver tôt ou tard. Il n’aurait pas pu tolérer encore très longtemps les jeux malsains auxquels Phobos se prêtait sur son corps lorsque son petit frère l’avait déçu. Mais pour la première fois, même si son frère était beaucoup plus puissant que lui, il avait une chance de survivre à sa mutinerie. Il n’était pas le plus fort, mais il était certainement le plus rapide. Personne n’était plus rapide que lui.
• J’accepte ta proposition Andromède, et je jure sur le geste d’une amie que je te mènerai à ton frère si tu arrives à me vaincre.
Note de l'auteur :
(1) Télamon est le frère de Pélée, père d'Achille. Télamon est lui le père d'Ajax et le fils d'Éaque. Il fut un Argonaute et compagnon d'Hercule. Ce n'est pas une région.
Paradise Chapter
Plus de trois mois avaient passé et le cœur d’Ikki s’était presque entièrement remis de ses blessures physiques. Sa jambe n’était pas encore guérie malgré les précieuses interventions de Shaka, qui passait voir le Phénix au moins deux fois chaque semaine. Il pratiquait sur lui des techniques de soin à base de projection du Chi (1), et avait commencé à l’aider à entraîner son cosmos sans que son cœur ne lâche. La rémission de sa jambe droite aurait dû être totale depuis presqu’un mois déjà, mais Esméralda avait été obligée de la refracturer pour que les articulations du genou et de la cheville se remettent complètement. Le processus avait été très douloureux car Ikki n’avait pas souhaité que Shaka endorme ses sens avant que le Chevalier d’Argent ne lui rebrisât le tibia et le fémur. Elle s’était servie du tranchant de la main et avait frappé chirurgicalement à deux endroits, en prenant garde de ne déclencher aucune hémorragie. Le Phénix avait encaissé la douleur avec de simples grimaces et avait aussitôt revêtu les jambières de son Armure Céleste.
La blessure de son cœur était visiblement refermée, mais le Chevalier n’avait pas tenté la folie de trop pousser son cosmos, sur les conseils avisés de la Vierge. Les deux hommes s’étaient entraînés ensemble quelques fois et Ikki n’avait jamais démontré de signes de fatigue alarmants. Il boitait encore beaucoup mais la douleur n’était presque plus qu’un ancien souvenir. Il nageait fréquemment, souvent avec le petit Seiya, qui avait pris une place cardinale dans le cœur du Phénix.
Le jeune apprenti travaillait comme un Diable, tantôt avec son Maître attitré, tantôt avec Shaka, et le plus souvent depuis quelques semaines avec Ikki. Esméralda le lui avait demandé car il avait une connaissance de l’Armure du Phénix qu’elle n’aurait jamais et savait ce qu’était un entraînement impossible sur cette île de malheur et de désolation.
À ses rares heures perdues, Seiya avait tenté de cultiver quelques légumes et racines sur le flanc du volcan, à un endroit stratégique que le petit avait trouvé, où la chaleur mêlée à une forte hygrométrie avait permis à une terre presque fertile de voir le jour. Le fruit de ses efforts était bien maigre, mais l’apprenti n’était pas homme à baisser les bras pour si peu. Si des fleurs pouvaient pousser par endroits, des légumes le pourraient aussi… Un jour.
Ikki avait appris lors de ses innombrables conversations avec Shaka et Esméralda, que le Chevalier de la Vierge était la liaison du Sanctuaire avec tous les centres d’entraînement des jeunes enfants de cette génération. L’incarnation d’Athéna de cette réalité ne s’était pas encore manifestée, et le Pope, homme bon et généreux, avait confié la lourde charge à Shaka de surveiller la nouvelle génération de Chevaliers.
Comme Mû dans la réalité d’Ikki, Shaka avait le pouvoir de téléportation et l’utilisait pour parcourir le monde. Il connaissait chaque Maître, chaque Armure, chaque lieu d’entraînement, de la Chine au Libéria, et aimait chaque enfant. À l’écouter, à part de rares exceptions, tous les Maîtres d’armes étaient justes et droits. Seuls quelques uns étaient trop violents ou trop sévères, et c’est pour cela que le Pope avait chargé Shaka de veiller à unifier les méthodes d’apprentissage, de corvées, de soins, d’épreuves… dans tous les pays concernés. Le Chevalier de la Vierge n’arrivait pas à cacher le bonheur que lui apportait sa tâche et s’estimait le Chevalier d’Or le plus récompensé du monde.
Seiya hériterait de l’Armure du Phénix, Ikki n’en avait aucun doute. Entraîné d’une manière qu’il ne connaissait pas, comme avait dû l’être Shiryu, avec amour et conscience, le petit progressait au-dessus de toutes les espérances du Chevalier de Bronze. Plus il en apprenait et plus il en redemandait. De plus, Esméralda avait cette intelligence que peu de Maîtres possédaient selon Shaka : elle n’imposait que rarement à l’enfant des exercices physiques gratuits et impossibles. Ils étaient toujours utiles et motivés, et savaient faire appel à la soif de connaissance et d’utilité du jeune garçon. Il passait aussi bien des journées à confectionner des lits avec des joncs et des algues séchées, que des nuits à apprendre par cœur dans quel pays s’entraînait chaque enfant, et quelle était sa situation politique. Il pêchait beaucoup, apprenait tout de la mer, nageait encore plus souvent qu’Esméralda elle-même, et connaissait chaque centimètre carré de l’île de Death Queen.
Aujourd’hui, l’enfant s’était levé vers six heures du matin. Esméralda lui avait jeté un petit crabe sur le visage et Seiya avait hurlé en faisant une tête qui aurait fait rire jusqu’à Saga des Gémeaux. Esméralda était bonne et généreuse. Elle l’entraînait comme si c’était son propre frère et savait avoir de l’humour lorsqu’il le fallait. De toutes façons, avec un enfant comme Seiya à entraîner, elle n’avait guère le choix… Mais elle savait également se montrer stricte, et les rares fois où elle avait eu à hausser le ton ou à démontrer qu’elle ne plaisantait plus, le petit avait pris peur pour plusieurs semaines.
Seiya avait commencé sa journée par plusieurs heures de méditation dans la grotte volcanique bien connue d’Ikki, durant lesquelles, intoxiqué par des fumées noires, il avait perdu connaissance. Si Ikki n’était pas passé voir si l’enfant ne faisait pas la sieste, comme souvent, le petit en serait mort. Les fumées noires n’étaient jamais un bon signe sur l’île. Elles annonçaient généralement une tempête battante pour la nuit, après une journée chargée d’orage. La bonne nouvelle était qu’il serait possible de récupérer beaucoup d’eau douce, et la mauvaise que tout ce qui ne serait pas abrité serait réduit à néant par la violence du vent et des vagues.
Après une séance de soins élémentaires, qu’Esméralda avait demandé à l’enfant de pratiquer sur lui-même afin de les apprendre, Seiya était parti pêcher avec Shaka. À chaque fois, le petit se demandait comment le Chevalier d’Or était conçu à l’intérieur : il lui arrivait des rester des heures sous l’eau à nager à des profondeurs inquiétantes, sans respirer. Ou alors… Peut-être qu’il respirait, ce qui ferait de lui un poisson. Seiya avait vite chassé cette pensée ridicule en s’étouffant par vingt mètres de fond, alors qu’il imaginait Shaka avec une queue de Sirène. Le petit était remonté vers la surface comme une bombe, crachant l’eau qui avait rempli ses poumons lorsqu’il creva la surface avec sa tête brune.
Il aimait la vie sur l’île, à sa propre manière. Il reçut durant le repas, de la part d’Ikki, sa septième leçon sur toutes les faiblesses des attaques que le Phénix avait pu observer dans sa réalité. Il écouta attentivement, les yeux pleins d’images de combats glorieux, le Phénix lui décrire la beauté de l’Exécution de l’Aurore, et se cacha un peu le visage quand Ikki aborda la mutilation de Shiryu face à Perseus d’Argol (2). L’après-midi ne fut qu’une succession d’exercices physiques et de techniques de combat. Comme avec tous les enfants, ponctuellement, Shaka participait aux entraînements, certaines fois pour réellement leur apprendre quelque chose, et d’autres afin de démontrer assez de puissance pour calmer les ardeurs d’un Maître injuste. Tel était son rôle.
En fin d’après-midi, lorsque Seiya fut allé observer avec déception que ses légumes ne poussaient pas, il entraîna sa vitesse de frappe avec Esméralda, qui lorsqu’elle se donnait à fond, était beaucoup plus rapide qu’Ikki. Le Phénix n’avait pas vu souvent le Chevalier d’Argent se donner au maximum, mais lorsqu’elle le faisait, elle était aussi belle qu’impressionnante. Elle n’était pas très forte à proprement parler et ses techniques d’attaque n’avaient rien de percutant. Par contre, elles étaient tactiquement et stratégiquement parfaites, et alliées à une connaissance de l’anatomie humaine d’exception, totalement mortelles. Elle ne frappait pas fort et ne déployait pas de cosmos capable de raser des montagnes, mais elle était rapide… Très rapide. Dans les souvenirs d’Ikki, aucun Chevalier n’était capable de rivaliser avec la vitesse d’Esméralda. Pas Shina d’Ophiuchus, ni Syd de Mizar, ni Aiolia du Lion.
Le petit homme tomba sur le sol cent fois et cent fois se releva. Ses épaules ne portaient plus ses bras, et pourtant il les levait encore. Sa détermination était encore plus grande que celle du Seiya qu’Ikki avait connu à Tokyo, et l’enfant serait certainement un Chevalier incroyable. Ce qu’on lui apprenait ici était tellement hétérogène et complet, qu’il aurait une vision du champ de bataille de Chevalier d’Or avant ses dix ans. À douze, il serait capable de s’entraîner sérieusement avec Shaka de Vyâsa, à treize de traverser l’Hadès sans l’aide de personne, et à vingt d’entraîner un enfant à son tour.
Ikki était fier du petit Seiya. L’entraîner l’aidait à ne pas trop penser à son propre frère, et à l’issue que la quête du Réseau Céleste avait connue depuis trois mois. Le Phénix savait que son frère était vivant, quelque part. S’il était tombé au combat, autre réalité ou pas, Ikki savait qu’il l’aurait ressenti. Non, Shun allait bien, quelque part, et devait arborer ce sourire triste qui faisait sa légende. Certainement est-ce que traverser les Sphères avait fait de lui un Chevalier encore plus puissant, juste et chaleureux. Peut-être avait-il même tué Phobos, ce qui aurait constitué l’ironie du sort. Le Chevalier toucha la cicatrice sur son visage et promit à son frère de le retrouver un jour.
Il savait que les chances de rentrer dans sa réalité étaient faibles, car Shaka se renseignait depuis des semaines, sans avoir trouvé qui que ce soit possédant un pouvoir comparable à celui de Phobos. Ce dernier l’avait laissé pour mort sur cette île et ne reviendrait plus jamais. Mais un jour, peut-être, est-ce que Ikki trouverait un moyen de rentrer chez lui. La question qu’il devrait se poser à ce moment précis, serait de savoir s’il le ferait…
Esméralda était assise sur un coussin tressé d’algues séchées, en tailleur, sur la plage. Le vent s’était levé et un orage allait bientôt éclater. Seiya avait pour mission de tout rentrer afin que la tempête n’emporte pas les couchettes, la cabane servant de cuisine, et le petit abri destiné aux soins et au rangement des rares affaires personnelles. Les cendres du foyer allaient être protégées par un lourd couvercle de pierre taillée, afin de les retrouver le lendemain sous autre chose que la forme de boue inutilisable.