Chapitre 10 : les châtiments

Soudain, un bruit de tonnerre se fit entendre dans le ciel. Un rayon de soleil sortit d'entre les nuages pour venir éclairer le centre de la pièce où se trouvaient les jeunes déesses. Zeus, leur père vénéré, apparut face à elles.

Pendant ce temps, les quatre chevaliers d'or et les trois Hippeuos qu'avait rejoints Eros se dirigeaient vers le palais. Il n'y avait à présent plus de doute dans les esprits de Mü, Saga, Milo et Aioria : Aphrodite n'était pas leur ennemie. C'était contre Saori qu'ils devaient se dresser. En peu de temps, ils furent arrivés au palais. Un cortège de nymphes les accueillit en héros, sauveurs de leur déesse. Les jeunes femmes débarrassèrent les chevaliers de leurs armures d'or, les Hippeuos des leurs. Ils furent menés jusqu'à une salle paisible où tous pourraient se reposer après leurs combats. Méthès s'en alla avec Milo, Callis avec Aioria. Peitho et Eros demeurèrent avec Mü et Saga. Les chevaliers d'or n'étaient plus eux-mêmes ; comme si, tout en changeant de camp, leur personnalité s'était transformée. Le doute et la réflexion sur le bien fondé des choses avaient disparu de leurs esprits.

Camus avait trouvé ses amis trop tard. Ils avaient, sous ses yeux, alors même qu'il était caché, rejoints les Hippeuos. Cette attitude surprit au plus haut point le chevalier du Verseau, surtout venant de Mü ou de Saga qui avaient toujours été réfléchis et prudents. Que leur avait montré Peitho pour les convaincre ?

Le jeune homme aperçut de loin un corps sans vie gisant au milieu de clairière. Il s'approcha et découvrit Shura, le cou bleui encore. Le chevalier du Verseau était loin de penser que l'un d'entre eux mourrait étranglé. Il s'agenouilla près de son ami et ferma les yeux. Ses longs cheveux étaient vaguement soulevés par le vent ; la brise emporta au loin une larme. Naïa arriva derrière Camus, sans bruit. Elle posa une main sur l'épaule du jeune homme. Son aura était plus douce et puissante que jamais ; c'était le cosmos de Morphée, le dieu des rêves qui brûlait en lui. Camus se releva et regarda la jeune fille, droit dans les yeux. Elle baissa le regard, gênée. Naïa se ressaisit et ouvrit la bouche pour parler, mais aucun son ne sortit de sa gorge.

— Camus, je suis désolée…Trop nombreux sont les chevaliers morts durant cette bataille.

— Je n'ai pas besoin que tu sois désolée, ces choses arrivent. Il ne peut y avoir de conflit sans mort. Autre chose m'inquiète, j'ai failli à ma tâche.

— Non, le chevalier du Lion avait compris ton avertissement, mais sa douleur a aveuglé sa raison. Le Sagittaire était son frère et, fougueux qu'il est, il n'a su contenir son besoin de vengeance.

— J'aurais dû être là. J'aurais pu…souffla-t-il, les poings serrés. Zeus est venu punir Athéna, je l'ai senti. Quelque chose en moi a changé, quelque chose que je ne …

— Je sais. Moi, j'ai compris. Je sais pourquoi tu n'as pas bu les eaux de l'oubli, pourquoi nous nous sommes rencontrés. Camus, tu es la réincarnation de Morphée, le dieu des songes.

— Comment ? Moi ? Morphée ? Et à quoi cela m'avance-t-il ?

Naïa sourit tendrement. Elle commença d'expliquer au jeune homme la légende de Morphée qui pouvait prendre l'apparence d'autres et influencer le sommeil des humains. Camus la coupa en pleine explication ; il avait compris à présent. Il devait se rendre au palais, endormir les Hippeuos et les chevaliers, et dans leur sommeil, montrer à ses amis tout ce qu'avait fait Athéna pour sauver la Terre, tous les sacrifices, toutes les joies. Il ne comprenait cependant pas pourquoi il n'avait pas su qu'il était la réincarnation de Morphée plutôt. C'était étrange. Il leva les yeux, Naïa avait disparu. Il était seul avec ses doutes. Le soleil brillait des couleurs flamboyantes du crépuscule.

— Tu as commis une faute impardonnable Chevalier d'Athéna. De ta main est morte la Séduction ; les hommes en sont à présent privés. Comment penses-tu pouvoir réparer ce sacrilège ?

— Je…je prendrai la place de Diaphtora et servirai la déesse Aphrodite ! lança vivement le jeune chevalier

— Très bien. Cependant, pour que ta fonction s'accomplisse, tu devras sans fin faire rouler entre tes doigts une pierre ronde munie d'épines. Chacune des gouttes de sang que tu verseras ainsi seront autant de séduction portée sur la Terre.

Zeus foudroya Aioria qui se retrouva dans un lieu étrange, sorte de pièce exiguë, baignée de lumière vermeille. Il avait dans les mains une petite boule dont les épines lui piquaient déjà les doigts. Il commença de la faire rouler. Dans une douleur atroce, il sentit les aiguilles s'enfoncer dans ses doigts et vit le sang perler. Il essaya de lâcher la pierre mais elle restait collée à sa main, et y resterait pour toujours. Aioria ravala sa douleur et exécuta sa tâche, dans le vain espoir que ses compagnons lui viendraient en aide.