Chapitre 7 : la colère du Lion
Aioria avait tout vu des gestes fatals de Diaphtora. Il avait vu les deux magnifiques rayons émeraude frapper en plein son frère Aioros. Ainsi, à peine l'avait-il retrouvé qu'il devait à nouveau le perdre ? Le jeune et fougueux chevalier du Lion était en colère, plus qu'il ne l'avait jamais été. Longtemps, il observa le regard troublé et déçu de l'Hippeuos qui avait ôté la vie à Aioros. Puis enfin, elle se retourna. Elle posa ses yeux d'or sur le jeune homme qui fut aussitôt troublé. Il était si difficile de pas être séduit par cette fille. Comment faire pour ne pas succomber à ce regard enchanteur qui s'offrait à lui ? Aioria ferma un instant les yeux. Sa colère enflamma en lui son cosmos qui prit un éclat nouveau. Lorsqu'il regarda nouveau Diaphtora, elle portait son armure et tenait à la main un fouet. Le chevalier se prépara. Il lui faudrait frapper avant qu'elle ne le fasse. Elle devait payer pour ce qu'elle avait fait, et parce que lui devait avant protéger Athéna d'un danger qui apparaissait pourtant si mystérieux à ses yeux. Mais alors qu'il allait lancer son Lightning Plasma, le chevalier du Lion fut interpellé par un cosmos familier. C'était Camus. Etrangement, le chevalier du Verseau semblait ne pas vouloir la mort de l'Hippeuos. Pourquoi ? Aioria chercha à comprendre, mais déjà son adversaire avait profité de ce moment d'égarement pour l'attaquer avec le Fouet aux mille Epines. Diaphtora le tenait entre ses liens. La fureur du Lion se réveilla alors dans le cœur d'Aioria ; et quoiqu'il eût voulu comprendre les motivations de Camus, il ne put contenir sa rage et sa douleur. Il se libéra et envoya une boule d'énergie sur son ennemie avec une force telle, que la jeune femme s'effondra sur le sol, morte. Eros, lorsqu'il sentit la mort de Diaphtora, esquissa un sourire satisfait avant de disparaître. Mü et Saga, sans comprendre ce qui venait de se produire, eurent pour unique réflexe de se ruer vers Shura, dans le vain espoir de trouver en lui un dernier souffle de vie.
Camus ressentit lui aussi l'erreur d'Aioria. Il ne pouvait plus rien pour cela, certes, mais il lui fallait cependant retrouver les autres Hippeuos. Il marchait en silence, mystérieux et mélancolique. Son pas était rapide et régulier, ses enjambées longues et constantes ; il devait faire vite, avant qu'un autre malheur ne survienne.
Shaka et Dohko se dévisageaient ; Aldébaran et Milo s'étaient un peu rapprochés l'un de l'autre, prêts à présent pour le combat. Le chevalier du Scorpion était furieux. Les chevaliers d'Athéna n'avaient-ils donc plus d'honneur ni de parole ? Fallait-il donc combattre des amis si chers autrefois ? Puisque les choses étaient ainsi Milo se défendrait jusqu'à la mort et ne prendrait garde qu'à la sauvegarde d'Athéna. Les traîtres pouvaient bien périr ! Le chevalier avait le vague souvenir de s'être un jour battu contre ses amis sans savoir si leur trahison était réelle ou non. C'était une réminiscence lointaine, presque inconsciente et pourtant, il sentait que cette fois-ci, les renégats s'étaient tournés vers Aphrodite pour rester de son côté et non, par un quelconque stratagème, contrecarrer ses plans. Le jeune homme se tourna vers Shaka ; son ami avait fermé les yeux. Le chevalier de la Vierge avait lui aussi décidé de combattre.
— Dohko, quelle cause sers-tu ?
— En es-tu certain ? coupa Shaka. Asservir les hommes pour qu'ils la vénèrent, leur promettre l'amour de femmes insensibles et cruelles pour entraîner des guerres qui ne serviront qu'elle, crois-tu que là est un monde meilleur ?
— Tu te trompes sur les desseins d'Aphrodite. Quand le trouble qui règne à présent sera dissipé, alors seuls l'amour et la beauté règneront dans une parfaite harmonie.
— Tu t'égares, Dohko. C'est pourquoi il me faudra te faire comprendre. Les Trésors du Ciel !
L'illusion splendide d'un décor de temple bouddhique se créa autour de Shaka et Dohko. Le chevalier de la Vierge tenait son rosaire à la main. La Balance ne pouvait plus ni attaquer ni fuir. Shaka, gardant toujours les yeux clos, ôta tout d'abord la parole à Dohko. Puis, il lui retira la vue, l'ouie et le toucher. L'ancien chevalier de la Balance, privé de quatre de ses sens, parvint tout de même à se détacher des trésors du ciel pour attaquer son ennemi avec les mille dragons de Rozan. La Vierge fut touchée. Alors, simultanément, les deux chevaliers lancèrent leur attaque la plus puissante. Tous deux restèrent ainsi pendant de longues minutes ; dans le ciel s'abattait une pluie de dragons et reflets dorés. Puis, soudain, ils tombèrent à la renverse, morts. Milo et Aldébaran avaient observé la scène avec un mélange d'affolement et d'admiration. Mais bientôt, lorsqu'ils eurent réalisé que leurs amis ne se relèveraient plus, ils se jetèrent un regard plein de haine. Milo attaqua le premier, sans même laisser à Aldébaran le temps d'expliquer ses motivations. Il envoya les trois premiers coups de l'aiguille écarlate en l'espace d'une seconde. Le chevalier du Taureau n'eut pas même le temps de réagir. Un instant plus tard, Milo envoya son aiguille écarlate à nouveau, avant de se préparer à envoyer l'Antarès. Jamais il n'avait porté les quatorze premiers coups de son attaque avec de rapidité et de haine. Il posa une dernière fois les yeux sur celui qui avait été son ami et sans plus de sentiments, lui porta l'ultime piqûre, l'Antarès. Aldébaran s'effondra sans même avoir pu riposter une seule fois.