Chapitre 4 : souvenirs des Enfers
Camus progressait dans l'un des bois que ses compagnons et lui-même avaient rencontrés en arrivant. C'était une petite forêt de chênes et de noisetiers qu'aucune vie ne semblait habiter. Le chevalier du Verseau marcha longtemps avant de rencontrer une âme, et elle ne fut pas celle qu'il attendait. Au cœur du bois, le jeune homme découvrit une clairière qu'abreuvait une rivière paisible et calme. Il y avait là un magnifique saule pleureur dont les branches malheureuses caressaient l'eau du bout de leurs feuilles, si bien que l'arbre formait un abri. En dessous, Camus remarqua une ombre ; c'était une jeune fille. Il s'agissait sans doute d'une nymphe des eaux, une naïade. Cependant, il savait qu'il devait aller vers elle et qu'elle ne lui causerait aucun tort. Lorsqu'il voulut entrer, une horde de gardes, pareils à ceux qui les avaient accueillis plus tôt, lui bloquèrent le passage. D'un revers de main, il se débarrassa d'eux et put pénétrer le domaine de l'étrange jeune femme. Elle écarta le rideau de branchages pour mieux voir l'étranger qui osait la déranger. Son expression se fit plus douce lorsqu'elle vit le chevalier.
— Bonjour Camus. Quel bon vent t'amène, chevalier du Verseau ?
— D'où connais-tu mon nom ? demanda le chevalier avec étonnement.
—Ne me reconnais-tu pas ? Camus…
— Na…Naïa est-ce toi qui te tiens face à moi ?
Oui, c'était elle. C'était cette jeune fille que Camus avait rencontrée aux Champs Elysées, pendant son long séjour au royaume d'Hadès. Mais si elle était là-bas, n'était-elle pas morte ? Là-bas, à lui seul elle avait enseigné l'art de parfaire sa technique et d'élever son cosmos au plus grand degré de sa puissance, faisant de lui le plus puissant des chevaliers d'or. Comment pouvait-elle être là cependant ?
— Oui, c'est bien moi Camus. Ainsi, tu es revenu du royaume des morts. J'en suis bien heureuse pour toi. Approche, et viens dans ma demeure. Je sais bien que tu te poses nombre de questions vis-à-vis de précédente rencontre, mais si tu viens, nous pourrons en parler sans doute.
Le chevalier approcha. Il avait presque oublié à quel point Naïa était charmante avec ses longs cheveux bruns et ses grands yeux noisettes. Elle avait une petite bouche tantôt moqueuse, tantôt triste et une expression de douceur infinie sur son joli visage. Dès leur première rencontre, il l'avait su, il n'aimerait jamais qu'elle. Jamais il ne pourrait lui dire, c'eût été pour lui le plus grand des défis. Lorsqu'il voulut entrer, Naïa le repoussa. On n'entrait pas chez elle en armure ! Camus exécuta les ordres de la jeune femme avant de la rejoindre à l'intérieur. Le saule cachait une véritable maison, élégante et simple, bercée de toute part par les bruissements de la rivière. Naïa regarda de loin le jeune homme se défaire de l'armure. Elle le trouva plus beau que jamais avec ses cheveux bleus et son regard océan. Il vint alors s'asseoir face à elle, prêt à entendre toutes sortes d'explications.
Shaka et Milo n'avaient pas eu à chercher bien longtemps un adversaire. Dohko et Aldébaran s'étaient spontanément présentés pour leur tenir tête. Leurs armures avaient changé. D'un or vif et brillant, elles étaient devenues d'un rouge brûlant, gardant toutefois le même aspect qu'auparavant. Les deux chevaliers d'or auraient tout donné pour ne pas se battre contre leurs amis une fois encore. Après Camus, Shura et Saga, il leur faudrait donc combattre la Balance et le Taureau. Les quatre chevaliers se regardaient en chiens de fusil, Dohko face à Shaka, Milo à Aldébaran. Si le chevalier de la Vierge n'avait été si calme, sans doute son ami aurait-il attaqué les deux renégats sans attendre plus longtemps. Cependant, le silence pesant qui régnait était nécessaire et Shaka l'avait fait comprendre à Milo.
Aioros et Diaphtora se dévisagèrent pendant un long moment. Un pressentiment étrange intimait au chevalier du Sagittaire de ne tuer en aucun cas son adversaire. Cependant, il ne pouvait se laisser tuer, il devait après tout sauver Athéna de la mort certaine qui l'attendait. Déjà il avait senti le cosmos de Deathmask et d'Aphrodite disparaître. Il ne devait pas subir le même sort qu'eux ; il n'en avait pas le droit. Soudain, un fouet apparut dans la main de la Séduction. Un claquement brutal se fit entendre et le Fouet aux mille Epines s'abattit sur Aioros. Étourdi, le jeune homme se redressa avec peine. Le fouet claque à nouveau. Le chevalier l'agrippa cette fois-ci avant de rendre le coup. Diaphtora vacilla un peu. Aioros s'apprêtait à utiliser la Justice Arrow lorsqu'un jeune homme apparut derrière l'Hippeuos. C'était un garçon blond. Une immense aura se déployait derrière lui ; une aura divine. Éros, l'Hippeuos de la Passion et de l'Amour, fils d'Aphrodite et dieu lui-même, envoya un éclair de lumière éblouissant vers le chevalier qui s'effondra, mortellement blessé. Puis, le jeune dieu s'évanouit dans les airs, abandonnant Aioros à Diaphtora. La Séduction retira son armure et vint s'asseoir près du blessé. Elle affichait un regard triste et déçu. Elle était même en colère parce qu'Eros était intervenu. Il fallait toujours qu'il y mette son grain de sel ! A moins que…La Justice Arrow de Aioros aurait-elle eu raison de Diaphtora ? se pouvait-il que le fils d'Aphrodite lui ait sauvé la vie en prenant celle du chevalier du Sagittaire ? Diaphtora posa les yeux sur Aioros. Comme elle aurait préféré en venir à bout par la séduction et non le combat ! Dans sa chute, il avait perdu son heaume dévoilant à présent parfaitement ses cheveux châtains et ses yeux verts. Il devait souffrir le martyre ; les attaques de la Passion étaient tellement violentes qu'elles vous brisaient le cœur en un instant. Diaphtora se releva, ferma les yeux, joignit ses mains en prière et y appliqua un baiser. Deux rais de lumière vert clair sortirent du bout de ses ongles et vinrent frapper le cœur du chevalier blessé. La respiration d'Aioros se coupa, son corps se souleva légèrement de terre avant de retomber délicatement. Le chevalier du Sagittaire était mort. Diaphtora se retourna, Aioria se tenait face à elle, le visage humide de larmes de colère.