Chapitre 2 : l'enlèvement d'Athéna

Sibérie orientale. Russie.

Une fois la surprise et l'émotion des retrouvailles passées, Hyoga avait insisté pour accompagner son maître en Sibérie pour s'y entraîner avec lui. Camus avait accepté avec joie et tous deux s'en étaient allés. Hyoga avait surpassé son maître, égalé du moins. Il sentait pourtant que depuis son retour, Camus était bien plus fort qu'auparavant. Il n'aurait toutefois pas su dire ce qui avait changé en lui. Il atteignait le zéro absolu à volonté et semblait capable d'attaques mentales que Hyoga n'aurait jamais soupçonné. Le chevalier du Cygne aurait tout donné pour connaître le secret de son maître. Camus ne répondait cependant que vaguement aux questions de son élève, le laissant toujours insatisfait. Le chevalier du Verseau avait quant à lui du mal à se considérer comme un maître tant l'écart d'âge qui le séparait de son ancien élève s'était réduit ; Hyoga avait dix-huit ans quand Camus en avait vingt.

Une après-midi, tandis que les deux jeunes hommes buvaient tranquillement un café brûlant dans le village, une étrange sensation s'empara de Camus. Il se redressa et sortit du café. Dehors, il n'y avait rien d'autre que la neige et le vent glacial qui lui fouettaient le visage. Hyoga le rejoignit bientôt. Il ne comprit d'abord pas l'inquiétude de son maître puis enfin, il la vit. Une jeune femme d'une rare beauté s'avança vers eux. Le chevalier d'or rentra dans la brasserie durant une minute à peine. Pendant ce temps, la jeune femme approchait toujours. Elle était grande, vêtue d'une simple tunique grecque rose pâle. Ses cheveux, d'un rouge presque écarlate, étaient relevés en un délicat chignon piqué de petites fleurs cramoisi. Ses grands yeux noirs s'ouvraient en amande au milieu de son visage parfait. Elle fit un sourire à Hyoga et envoya vers lui quelques pétales de fleur avant de disparaître. Lorsque Camus revint il trouva son ami dans un état des plus inquiétants. Les yeux bleu ciel étaient luisants de folie, les cheveux blonds ébouriffés. Le garçon tournait en rond dans la neige. Camus n'eut aucun mal à comprendre ; c'était une nymphe. Hyoga avait été frappé d'égarement en la regardant. Le chevalier du Verseau ne s'attendait cependant pas à ce que son élève l'attaque en le voyant. Hyoga se rua sur lui, Camus l'arrêta de la paume de la main. Il s'éloigna, laissant derrière lui le chevalier de bronze. Sur le chemin qui le menait au Sanctuaire, Camus rencontra un grand nombre d'hommes s'entretuer pour la passion qui les animaient, d'autres rester plongé dans un silence de mort. Mais surtout, il vit des femmes, jeunes et âgées, pleurer des maris morts ou disparus. Au Sanctuaire cependant, rien n'avait changé. Il prévint Athéna du problème rencontré avec Hyoga ; elle s'en troubla.

Il sentit plus tard le cosmos puissant d'Aphrodite sortant de la mer alors qu'il discutait avec Mü et Milo. Tous trois le sentirent. Lorsqu'ils arrivèrent au temple d'Athéna, ils ne purent que regarder avec stupeur Aldébaran soulever Saori dans les airs tandis que Dohko empêchait Aioria d'intervenir. L'arrivée des trois autres, aussitôt suivis de Saga, Aioros, Shaka, Deathmask, Aphrodite et Shura mit fin à la révolte. Mais alors que les chevaliers s'apprêtaient à attaquer, les deux traîtres disparurent dans un nuage d'argent, emportant avec eux la déesse. La vois affaiblit de Saori souffla un « Aphrodite » étouffé. Les autres n'avaient rien vu venir. Aussitôt, ils décidèrent de se rendre dans le royaume paradisiaque où vivait Aphrodite.

Quelques heures plus tard, les dix chevaliers entraient dans un merveilleux endroit, si beau qu'il paraissait une illusion. Les herbes étaient d'un vert tendre et brillant, la végétation luxuriante. Des buissons de roses de toutes couleurs fleurissaient de toute part ; une eau claire et limpide jaillissait de fontaines sculptées. En certains endroits, un petit bois se formait, et si l'on y entrait, on découvrait un trou de verdure, demeure d'une nymphe champêtre. Très vite cependant, ils furent tirés de leur émerveillement par un groupe de soldats. C'étaient de simples gens d'armes loin d'effrayer des chevaliers d'or. Ils portaient la tenue simple des hilotes grecs, une tunique bordée de rouge et de jaune, et avaient pour toute arme un javelot. Ils s'opposèrent aux intrus sans même s'inquiéter de leur identité. Les chevaliers eurent vite fait de se débarrasser de leurs adversaires. Un hilote seulement restait.

— Je peux bien mourir, dit-il, jamais vous ne pourrez terrasser les neuf Hippeuos de notre déesse. Je sais qui vous êtes, vous êtes les chevaliers d'or d'Athéna ; vous venez pour la libérer. Pour cela, il vous faudra d'abord vaincre les Hippeuos, gardiens suprêmes d'Aphrodite et enfin, si vous parvenez à cela, encore vous faudra-t-il mettre la déesse elle-même en échec. Jamais vous n'y parviendrez…

L'hilote toussota un peu avant de s'éteindre à son tour. Camus parla alors à ses compagnons de l'incident qui avait eu lieu avec Hyoga, et de ce qu'il avait vu lors de son retour au Sanctuaire. Les autres avisèrent donc de ne pas tomber dans les filets d'une nymphe. Les nymphes étaient des jeunes filles charmantes et pacifiques ; elles pouvaient cependant d'un regard vous rendre fou tant elles étaient belles. Elles ne voulaient pas de mal aux hommes et n'avaient, en se montrant à leur regard, qu'exécuter les ordres de la déesse ; elles obéissaient sous la crainte de subir la colère d'Aphrodite.

Après les explications de Camus, puis de Mü, les chevaliers se séparèrent afin de retrouver les Hippeuos.