Chapitre 1 : la menace d'Aphrodite

Un mois plus tard. Au Sanctuaire.

Aioria et Aldébaran se promenaient au bord de la falaise, laissant la brise caresser doucement leurs visages. La mer était belle, lisse et brillante comme une turquoise, si calme que le ressac en paraissait silencieux. Le ciel était parfaitement pur, pas un nuage ne venait entacher son bleu d'azur. Le soleil entrelaçait ses rayons d'or entre les branches d'oliviers pour illuminer le Sanctuaire d'éclats opalins. Les deux chevaliers savouraient les délices de la vie nouvelle qui leur était offerte. Les deux jeunes hommes descendirent jusqu'au bord de mer. Dohko regardait l'océan, le regard vague, assis dans le sable blanc et chaud de Grèce. Ils avaient tous retrouvé le corps de leur vingt ans ; les onze chevaliers, habitués à le considérer comme le « vieux maître », s'habituaient difficilement à le voir si jeune. Le chevalier de la Balance accueillit chaleureusement ses deux compagnons. Ils se mirent à converser tranquillement, profitant du temps qui leur était imparti.

Dans son temple, Athéna écoutait l'appel des hommes sur la Terre. Une menace planait, mais quelle était-elle ? La jeune déesse concentra un plus encore son cosmos pour enfin découvrir la cause de ses inquiétudes. « Partout dans le monde, le cœur des femmes se brise et les hommes les délaissent. Ils sont frappés d'égarement et se battent entre eux pour l'amour de femmes qu'ils n'ont jamais vues qu'en rêve. Aphrodite, déesse de l'Amour et de la Beauté, tout ceci est-il ton œuvre ? » Saori s'était adressé directement à la déesse et attendait à présent une réponse. Si on ne lui en donnait pas, elle irait elle-même sur l'Olympe en chercher une. Mais Athéna n'eut pas à patienter longtemps.

« Athéna, que crains-tu ? Oui, c'est moi qui suis à l'origine de tout cela. J'ai envoyé mes douze nymphes sur la Terre pour qu'elles envoûtent les hommes. Ainsi tous m'aimeront et me vénèreront comme l'unique déesse et la Terre sera mienne. Tes chevaliers eux-mêmes ne pourront rien contre mes chères nymphes et sans eux, tu n'es plus rien. Alors la Terre sera à moi !

Lorsque tes chevaliers seront mien, ils te tueront pour l'amour de leur déesse nouvelle ! Je tuerai cette enveloppe mortelle que tu chéris tant ! Adieu Athéna ! Déjà deux de tes saints m'appartiennent…

Comment ? Tu blasphèmes !

Non, Aldébaran et Dohko, le Taureau et la Balance, sont nés sous la protection de Vénus qui ne fait qu'un avec moi. Dès que je leur apparaîtrai, ils seront éblouis par ma splendeur et oublieront le serment qu'ils t'ont fait !»

Les trois chevaliers d'or s'amusaient du passé à présent. Les deux plus jeunes se rappelaient leur jeunesse au Sanctuaire, les erreurs commises, les étourdissements de l'adolescence. Dohko écoutait calmement, un sourire bienveillant aux lèvres. Soudain, un chant mélodieux attira leur attention. De l'écume de la mer sortit une conque de nacre. Debout en son cœur se tenait une jeune femme, la plus belle qu'aucun des chevaliers eût jamais vue. Ses formes étaient parfaites, rondes et délicates. Sa peau était de lait, douce et pâle, éclairée des reflets bleus de l'eau, et dorés du soleil. Ses cheveux tombaient en une cascade de boucles d'ambre sur ses épaules pour venir caresser ses hanches. Son visage était aussi beau que celui d'un ange et les yeux d'azur brillaient de mille éclats d'argent. Elle était simplement vêtue d'une robe blanche qui épousait à merveille son corps divin ; elle portait pour seuls bijoux une couronne de roses flamboyantes qui reflétaient la couleur de ses lèvres. Aphrodite tendit la main vers les chevaliers. Aldébaran se dirigea vers, suivi de près par Dohko. Une flamme nouvelle s'éveilla en eux. Ils renièrent Athéna et jurèrent fidélité et amour à la divine apparition. Aioria n'en sut rien. Aphrodite l'avait envoûté. La déesse disparut, laissant les trois chevaliers étourdis sur la lagune.