Terre des Hommes — Partie 29
- …que mes guerriers sont morts. A présent seule l'épée de Balmung protège mon royaume. Je ne peux donc augmenter vos rangs. - Il ne s'agit pas de cela. Le problème est bien plus élémentaire voyez-vous. Athéna pour sauver ses Chevaliers a prit la rude décision de se sacrifier, s'enfermant volontairement en une urne scellée. Théoriquement un sceau divin ne peut être rompu avant expiration. Toutefois les anciens dieux ayant prévenus à cas exceptionnels concédèrent qu'un sceau pourrait être brisé par la volonté conjuguée de trois divinités. - Je comprends votre intention. Malgré tout, et au risque de vous décevoir, je ne pense pas être capable d'un tel acte. Je suis une mortelle à votre égal, n'ayant à proprement parler aucun cosmos divin. - Il est entendu que vous n'êtes pas d'essence divine. Toutefois votre cosmoénergie est loin d'être celle d'un simple être humain. Elle est toute entière imprégnée des pouvoirs d'Odin et c'est ce qui me fait dire que vous jouerez indéniablement un rôle prédominant dans sa libération. - Puissent les Nornes vous entendre…
* * *
Elles étaient deux, luttant désespérément depuis plus d'une heure maintenant. Leurs membres étaient endoloris, de nombreuses plaies parsemaient leur corps, certains de leurs os devaient très probablement être fêlés voire brisés, mais peu leur importait : elles faisaient abstraction de la douleur, n'ayant plus qu'un seul et unique objectif : la survie ! Si pour d'autres cette dernière n'avait pas de prix, s'acquérant par tous les moyens possibles, pour elles il n'y avait qu'une issue, valeureuse et honorable : la victoire ! En effet, elles étaient toutes deux femmes Chevaliers…
La première, arborant un masque au regard insolent, portait une armure légère mais non moins solide qui épousait parfaitement les formes de son corps de jeune adolescente. Sa chevelure olivâtre sertie d'un diadème aux formes vipérines, son aura électrique chargée d'agressivité : tout dans son allure lui conférait l'image parfaite d'une redoutable prédatrice. Cependant cette fois là l'apparence était bien trompeuse : c'était elle la proie… Elle tout comme sa camarade.
Son amie justement était de même taille, même s'il était indubitable que leurs styles étaient complètement différents. Là où l'autre guerrière était alerte et vive, la jeune femme rousse se montrait plus prudente et réservée, plus stratège également. Recouvrant ses points vitaux, une protection légère, dont la forme rappelait celle d'un rapace, accusait inévitablement les coups. Son visage, recouvert d'un masque inexpressif, ne permettait pas vraiment de dire dans quel état d'esprit se trouvait la combattante. La seule certitude était qu'elle se trouvait en mauvaise situation.
Ainsi Shina de l'Ophiucus et Marine de l'Aigle, toutes deux Chevaliers d'argent, faisaient face à un implacable ennemi.
Leur adversaire justement, à n'en pas douter, était également une femme, quoique si elle fût femme elle n'en avait pas moins une apparence assez singulière. Ayant ôté le voile dans lequel elle demeurait préalablement dissimulée, elle avait laissé paraître sa longue chevelure sombre ceinte d'une tiare qui n'était pas sans rappeler celle de Shina. En effet, des multiples gueules de reptiles s'y rattachaient, ayant l'air de sortir tout droit de ses mèches désordonnées. Une protection dont la teinte comme la composition n'étaient pas sans rappeler l'onyx noir ou l'obsidienne recouvrait sa silhouette jusqu'au cou, exception faite des parties allant du coude au biceps ainsi que ses abdominaux, ces derniers étant recouverts d'un léger tissu ocre. Deux grandes ailes, visiblement inspirées par celles de chauve-souris, étaient accrochées en son dos. Inexplicablement elles n'avaient pas l'air d'être un poids, bien au contraire : elles paraissaient augmenter l'équilibre et la légèreté de la combattante. Pour une armure ténébreuse, quelle qu'elle soit, elle n'en était pas moins somptueuse, finement sculptée sans toutefois les carences inhérentes à de trop grandes œuvres d'art : à savoir la fragilité. Car en effet, les deux émissaires d'Athéna avaient pu le constater à de multiples reprises : cette protection était aussi puissante, si ce n'est plus encore, que les leurs. Et si la défense était exemplaire, l'attaque ne l'était pas mois : armée d'un fouet à la lanière tranchante celle qui se disait être " l'Ensorceleuse " faisait preuve d'une maîtrise acharnée.
Elle avait réussi à parer successivement les plus puissants arcanes des Chevaliers. Marine et Shina ne désespéraient pourtant pas : elles avaient foi en elles et en leurs capacités. L'Italienne embrasa alors son cosmos pourpre, prête à l'attaque.
- Encaisse à nouveau ma plus terrible attaque ! Thunder Cl…
Et alors même qu'elle se préparait à achever sa technique, main tendue vers le haut, l'ennemie l'avait déjà rejoint et saisit au poignet, l'observant dédaigneusement.
- Et tu oses te dire guerrière. C'est pitoyable ma pauvre !
Mais tout ceci n'était que feinte destinée à tromper l'ennemie, car en cette seconde même l'Aquila Saint tombait des cieux, pied en avant, avec pour cible précise la nuque de la dite " Ensorceleuse ".
- Cette fois c'en est fini de toi !
Répondant instinctivement à son sixième sens l'agresseur se retourna et encaissa de plein fouet l'Aigle foudroyant. Néanmoins, après quelques secondes d'étourdissement elle parvint à se relever, ayant été gravement touché à la mâchoire… C'est à ce même instant qu'elle évita de justesse, par un bond d'une déconcertante rapidité, les météores de Marine couplés aux Griffes du tonnerre. Se retournant vers ses adversaires elle leur asséna, la voix pleine de morgue :
- Vous me le payerez, et cher ! La mort serait un trop doux châtiment pour vous : je reviendrai soyez en certaines, et cette fois vous paierez tous pour vos crimes. Tous sans exception ! En attendant vous goûterez à la confusion des damnés !
Son fouet soudain sembla se séparer en deux armes distinctes, s'allongeant indéfiniment pour venir saisir les deux combattantes. Marine esquiva, évitant de quelques millimètres à peine la mortelle lanière désireuse de s'enrouler tout autour de son corps. Shina quant à elle n'eut pas la même chance et, lorsqu'elle fut brutalement saisie par l'arme, elle ne put qu'entendre, impuissante, ces terribles mots :
- Que les querelles te dévorent l'âme ! Confusion spread !
Son cosmos purpurin s'étendit alors à travers le fil jusqu'à sa proie qui tomba au sol…
Dès lors " l'Ensorceleuse " disparut, laissant résonner l'écho de son rire sardonique.
La Japonaise se précipita à l'encontre de son amie qui gisait là, inconsciente. Résignée à la prendre sur ses épaules pour la ramener vaille que vaille au Sanctuaire sacré, elle la ceignit à la taille lorsque cette dernière rouvrit lentement les yeux.
- Dis-moi, est-ce que ça va ? Comment te sens-tu ? - Mieux qu'après certains autres combats… Même si je dois avouer qu'elle était vraiment coriace. Tu l'as eue ? - Malheureusement non : elle s'est enfuie bien trop rapidement. Et de toute manière, je ne suis pas sûre que j'aurais pu la vaincre seule… dit-elle avec amertume. - Pas grave, l'essentiel c'est qu'elle soit partie et qu'on soit sauves. - Rentrons maintenant ! Ca ira ?
L'Ophiucus Saint fit signe que oui tandis que Marine se retournait déjà pour s'en aller. Un éclair étrange passa dans le regard vif de la première. Brusquement elle impulsa son cosmos hors de son corps et le concentra en son poing. Se précipitant diligemment vers son ancienne rivale elle tenta de lui enfoncer la main directement à la base du dos. Toutefois, ses sens étant toujours aux aguets, le maître de Seiya pressentit l'attaque et se retourna juste à temps, saisissant son amie et lui assénant un violent coup au crâne la plongeant, pour de bon cette fois, dans l'inconscience…
- Je suis désolée Shina, j'espère que tu me pardonneras… Je savais bien que quelque chose ne tournait pas rond.
La prenant sur ses épaules malgré ses innombrables blessures, elle se déplaça à très haute vitesse direction le Sanctuaire. Elle ne doutait pas que là-bas ses pairs sauraient trouver parade à l'étrange maléfice auquel était soumise cette ennemie devenue, au fil du temps, son unique amie…