Paradise Chapter — Partie 47
Sigyn regarda le Chevalier du Phénix tituber en direction du corps de son jeune frère. Il jeta deux plumes dorées en direction de celui-ci afin de briser la roche qui l'empêchait de tomber. Son caractère semblait avoir changé et le Chevalier Céleste en fut le premier étonné. Il s'était attendu à un regard chargé de haine ou bien à ce que le Phénix déchaîne sa puissance contre lui dans toute son arrogance, comme lors de son combat contre le Garuda... mais rien de tout cela ne se produisit. Inquiet, Ikki ne s'était pas jeté dans la bataille, mais vers son frère blessé.
Les plumes du Phénix déchirèrent la roche, mais le corps de Shun ne tomba pas.
• Qu'est-ce que... murmura Ikki sans comprendre.
L'épaulière du jeune Chevalier aux cheveux noirs était brisée, tout comme son plastron. Le Gardien n'avait pas spécialement voulu viser le coeur du jeune Chevalier de Bronze. Généralement, lorsque Sigyn puisait dans l'énergie électromagnétique de la Terre, il n'avait pas à frapper chirurgicalement. Sa puissance de destruction suffisait souvent à balayer une armée humaine. Ce que Sigyn n'avait pas envisagé, c'était qu'en frappant Shun de toutes ses forces pour l'éliminer d'un seul coup, son Armure le protègerait et lui sauverait la vie. Cependant, il n'était plus en état de se battre et c'était ce qui comptait. Sigyn garda la résistance fantastique de ces nouvelles Armures Célestes à l'esprit lorsqu'il plongea vers le Phénix.
Ikki vit le Guerrier voler vers lui, ses ailes noires de Pégase déployées dans son dos. Sigyn envoya son poing dans le sol et y perfora un cratère surdimensionné quand Ikki esquiva l'attaque. Ce n'était pas une technique, mais un simple coup de poing, et il avait éventré le sol comme l'aurait fait le Chevalier d'Or du Taureau (1). Ikki vit passer Sigyn au ralenti à côté de lui alors qu'il glissait vers la droite, et croisa son regard. Pas de colère d'avoir raté sa proie, ou d'excitation de l'avoir fait exprès. Aucun sentiment n'était palpable en lisant dans l'âme du Chevalier. Il eut un petit sourire machinal : un pur réflexe physique trahissant des sentiments qui avaient autrefois peut-être existé. Aujourd'hui, Sigyn souriait simplement car il savait que c'était possible, et qu'il savait comment faire. Absolument pas par joie ou par plaisir. Son poing ouvrit le sol en deux en projetant des éclats de roche aux alentours. Ikki dut cacher son visage derrière son bras. Il finit son esquive et glissa à genoux sur le sol en réprimant une grimace de douleur et en en arrachant la surface.
Lorsqu'Ikki releva les yeux vers son frère, il comprit pourquoi le corps de ce dernier restait en l'air. Le Chevalier d'Andromède était perdu dans un cosmos doré. Ses cheveux cachant ses yeux, il commença à rire. Ikki affichait un visage inquiet et fronçait les sourcils, tout comme le Chevalier d'Or des Gémeaux. Deimos se demanda ce qui se passait, puis reconnut le rire en question. Il fit un pas en arrière. Le dieu du Sommeil ne comprenait pas pourquoi le jeune Chevalier riait après le choc qu'il venait de recevoir, et encore moins comment il pouvait déjà être revenu à lui et brûler un étrange cosmos débordant de puissance. Chose encore plus étonnante : l'ancien Berserker semblait inquiet.
Même si Hypnos méprisait ses alliés, il savait qu'il fallait se méfier de tout ce qui était capable d'effrayer celui qui incarna autrefois la Crainte. Intrigué, il prit la parole.
• Deimos. Que se passe-t-il ?
• J'ai déjà combattu le Chevalier d'Andromède dans cet état. Il est beaucoup plus fort que tout à l'heure.
• Pfffttt... Mais qu'est-ce que tu racontes... se moqua Hypnos.
• Plusieurs fois dans mon combat contre lui, il a perdu le contrôle et ses cheveux sont devenus noirs. Il a failli me tuer. Ensuite, dans la réalité où mon frère avait envoyé le Phénix, il a massacré le Chevalier d'Or de la Vierge...
• Comment ? s'exclama le dieu en reculant.
• Oui... Ne l'as-tu pas remarqué, toi qui es si clairvoyant ?
• Se pourrait-il... commença le frère de Thanatos en regardant les cheveux noirs de Shun.
Les cheveux d'Andromède se mirent à léviter avec lui dans le nuage de cosmos qui enveloppait tout son être. Il se dégagea du mur dans lequel il était encastré, puis lévita vers le sol. Il s'arrêta à quelques centimètres de sa surface. Son rire s'évanouit en même temps que les dégâts de son Armure Céleste. Les fissures disparurent et les éclats se recollèrent, comme si l'Armure d'Andromède puisait dans le cosmos pour en extraire des flocons brillants et les utiliser pour recréer de la matière. Puis, il posa un pied sur le sol. Il leva ses deux mains et les porta jusqu'à son visage. Il retira son casque avec précaution et leva la tête vers le plafond. Baigné dans les minces rayons de lumière qui dansaient sur son Armure Céleste, il expira lentement, laissant tomber son heaume sur l'herbe du sol.
Hypnos connaissait cette présence, mais ne réussissait pas à y croire. Peut-être parce qu'elle était différente. Peut-être parce que c'était impossible. Shun tourna la tête vers le dieu du Sommeil et plongea ses pupilles rouges dans celles d'Hypnos. Un frisson parcourut son échine et plus aucun doute ne subsista. Hadès et le Chevalier d'Andromède ne faisaient plus qu'un.
Canon avait bien remarqué la couleur des cheveux de Shun ainsi que celle de ses yeux, mais n'avait rien trouvé d'anormal dans le cosmos du jeune garçon. Maintenant, il était clair qu'Andromède avait changé. Son pouvoir n'avait plus rien de comparable. Si la présence d'Hadès pouvait être jugulée, Shun serait un formidable allié. Mieux encore, il pourrait protéger Athéna et progresser avec elle. Étrangement, le Chevalier d'Or sentit que c'était le cas : Hadès était bien présent dans le cosmos de Shun, mais pas en lui. C'était bien le Chevalier d'Andromède qui se tenait devant lui, et pas Hadès. Shun était seulement différent. Canon prit sa décision : il resterait ici pour affronter le Gardien de la Sphère de Saturne et laisserait Andromède et son frère progresser vers celle du Zodiaque.
• Deimos... lança Canon vers l'esprit du Chevalier.
• Oui, Chevalier des Gémeaux ? répondit le Berserker.
• Hypnos ne doit pas savoir que nous nous parlons. Je sens le cosmos d'Hadès mélangé à celui de Shun, mais pas à son corps... Est-ce que je me trompe ?
• Non. Une partie d'Hadès était bel et bien restée accrochée à l'âme de ton jeune ami, mais Shaka de Vyâsa l'a expulsée pour toujours, dans la réalité où mon frère avait projeté le Phénix.
• Parfait. Shun est donc lui-même.
• C'est exact. Il est juste différent physiquement car Hadès lui a laissé sa marque, avec certains de ses talents.
• Certains de ses talents ?
• Oui. Pour ce que j'en sais, Shun aurait dit à son frère qu'Hadès lui avait laissé une sorte d'héritage. Cette puissance n'y est certainement pas étrangère. Il a tout de même réduit en poussière le Chevalier d'Or de la Vierge ainsi que son Armure.
• Je vois... sourit un Canon très intéressé.
• Penses-tu pouvoir battre Sigyn en termes de rapidité ? reprit le Chevalier d'Or.
• Je crois. Penses-tu pouvoir le battre en termes de puissance pure ?
• Oui. Mais je n'en ferai rien.
• Que dis-tu ?
• Hypnos prépare un mauvais coup depuis la Sphère de Jupiter. Peut-être depuis le début. Je ne peux pas me permettre de me battre à fond devant lui...
• Et de perdre l'avantage... Je vois, affirma Deimos de Télamon. J'essaierai également de ne pas montrer ma vraie vitesse tant qu'il sera là. Je resterai avec toi.
• Excellente idée. Nous devons l'éloigner. Peut-il franchir la porte de la Sphère du Zodiaque ?
• Jamais l'Esprit du Sagittaire ne le laissera passer seul. Par contre, il pourra continuer d'avancer avec le Phénix et son frère, ainsi qu'avec Athéna.
• C'est une bonne idée. Pourrons-nous les suivre plus tard ?
• Toi, oui. Moi... Je ne sais pas.
• Parfait... sourit Canon. Voilà comment nous allons procéder...
Un léger sourire sur les lèvres, Shun avança vers son frère. Après s'être assuré que celui-ci allait bien, il regarda Sigyn de Tortose et se dirigea vers lui. Canon s'interposa, souriant à son tour au Chevalier de Bronze. Sigyn regarda la scène, ne connaissant pas l'impatience. Le temps n'avait que peu d'intérêt pour lui et dans cet affrontement. Il devait empêcher les Chevaliers d'Athéna de progresser, certes, mais il avait tout son temps devant lui. Jamais la précipitation n'avait été la plus grande conseillère d'un Chevalier. Andromède avait l'air très puissant lorsqu'il était dans cet état et une grande prudence s'imposait donc. Il fit quelques pas latéraux en observant la scène et en essayant de capter les paroles des deux Chevaliers.
• Chevalier d'Andromède, commença Canon.
• Oui, Chevalier ?
• J'ai besoin de ton aide.
• Je t'écoute.
• Poursuis ta route avec ton frère et la Princesse. Laisse-moi gérer cette Sphère avec Deimos de Télamon.
• Pourquoi ? Je pourrais t'être d'un grand secours.
• Je le sais bien, Shun. Justement. C'est pour cela que tu dois continuer.
• J'ai du mal à te suivre, avoua le jeune Andromède.
• Il faut que quelqu'un de ton niveau surveille le dieu du Sommeil. Je ne peux le laisser seul avec Saori, expliqua Canon en baissant le ton.
• Je comprends. Ta confiance m'honore, mais pourquoi ne pas faire l'inverse ? Je pourrais rester ici et toi...
• Non, Shun. Je n'ai pas fini quelque chose que je regrette. Une fois mon combat terminé, je repartirai en arrière.
• En arrière ? Je... Très bien. Je ne veux pas savoir. Tu dois avoir tes raisons et je les respecte. Prends garde à toi, Chevalier.
Canon répondit par un sourire caractéristique. Sigyn avait plus ou moins entendu le fond du discours des deux Chevaliers, et ne semblait pas trop inquiet. Tout au plus intrigué. Pourquoi le Chevalier d'Or souhaitait-il repartir en arrière ? Peu importait, au bout du compte : les autres, à l'exception d'Athéna, ne sortiraient pas d'ici vivants. Shun aida Ikki à marcher vers le fond du jardin merveilleux, accompagné par Athéna et Hypnos. Le dieu du Sommeil gratifia Canon d'un regard glacial et prétentieux. Devant tant de suffisance, Canon hésita un instant à faire ressentir une partie de sa puissance au dieu au regard doré, mais s'en abstint. Cela aurait été stratégiquement stupide, mais Hypnos avait le don de jouer avec les nerfs de Canon. Celui-ci s'étonna de ne pas voir le Gardien tenter quelque chose. Il laissait Athéna et ses Chevaliers s'en aller. Que préparait-il ?
• Sigyn ? demanda Deimos de Télamon.
• Oui ? répondit le Guerrier en tournant la tête.
• Vas-tu les laisser s'échapper ? sourit le Berserker.
• Oui. Je ne suis pas stupide.
• Comment cela ? s'inquiéta Canon.
• Tout d'abord, ils ne sont pas encore sortis de ma Sphère. Il leur faudra en trouver l'issue. Ensuite, si je partais à leur poursuite, Deimos serait sur moi avant même que j'ai parcouru dix mètres, grâce à sa vitesse. Je te tournerai alors le dos. Mon Armure a beau être aussi solide que le bouclier du Dragon, je ne peux me permettre de recevoir l'Explosion Galactique de plein fouet. A fortiori à ton niveau de puissance. Pour le moment, je ne peux pas les suivre.
• Impressionnant... avoua le Chevalier d'Or.
• Cela n'a rien d'impressionnant, Chevalier d'Or. Tout Chevalier doit être capable d'apprécier une situation, d'en trouver les failles et de les exploiter. Par exemple, j'ai bien senti que tu cachais ton niveau au dieu du Sommeil. Je ne vais pas te présenter mon dos en sachant que tu as beaucoup de puissance en réserve. Si ta vitesse devait être supérieure à la mienne, je subirais d'importants dégâts, et ne pourrais plus poursuivre tes amis.
Canon était très impressionné par le jeune Chevalier. Son analyse de la situation était excellente car elle excluait toute vanité et toute arrogance. Il envisageait que Deimos était plus rapide, et que la force de Canon pourrait l'inquiéter. Il faisait en sorte de ne jamais perdre son objectif final de vue et comptait se préserver pour y arriver. Il faisait son devoir, comme son Prince le lui avait ordonné. Il ne souhaitait pas que les Chevaliers d'Athéna s'enfuient, mais il fallait mieux en arrêter un de dangereux, que de mourir et de tous les laisser fuir. La tactique logique l'aurait poussé à fuir Andromède le plus longtemps possible pour tuer tous les autres d'abord, mais Sigyn était lucide : même lui ne pourrait jamais battre Andromède, Hypnos, Canon et Deimos au même moment. Il fallait mieux en laisser fuir deux pour le moment. Avec un peu de chance, ils ne trouveraient pas la sortie et reviendraient pour découvrir le corps sans vie de leurs amis...
Deimos brûla un cosmos s'étendant du bleu violacé au pourpre. Celui-ci se répandit sur le sol comme un mystique brouillard, retirant la vie sur son passage. Le Berserker se retrouva vite au milieu d'une aire de fleurs séchées, les bras croisés devant lui, ses pupilles rouges dirigées vers Canon des Gémeaux. Le Chevalier d'Or s'ouvrit doucement au cosmos, jusqu'à ce qu'il se courbe avec l'herbe qui tapissait le sol, qu'il soit baigné dans l'eau qui coulait des terrasses, qu'il se contracte comme le poing droit de Sigyn de Tortose... Lorsqu'il fut en osmose avec sa périphérie proche, il ouvrit les yeux et exhala lentement. Il se campa sur ses appuis, pliant son genou gauche et tendant la jambe droite en arrière, prêt à bondir. Un cosmos doré émanait de lui, faisant ainsi briller sa protection divine dans des tons bleus et orangés. Lorsqu'un Pégase Noir à tête de Dragon apparut dans le dos de Sigyn de Tortose, Deimos s'élança vers lui.