Paradise Chapter — Partie 30
• Tu ne connais que la guerre et la haine. Mais il existe dans cet univers des concepts qui te dépassent, même toi, un Chevalier Céleste millénaire. Il fallait que l’équilibre soit maintenu. À toute force du Mal, il faut une force du Bien pour lui résister, et réciproquement. Si ce fragile équilibre était rompu, si nous laissions les Hommes sans aucun espoir de nous renverser… Alors les dieux interviendraient, car telle est la règle.
• Les dieux ? demanda le Gardien en se relevant à son tour.
• Oui… Comprends-tu ? Seiya devait rester vivant car il incarnait l’opposition nécessaire à notre vision du monde et à sa domination. Il était destiné à nous combattre et à tenter de rallier des Chevaliers à sa cause, comme l’a fait le Pégase de ta réalité avec Ikki. Sans cette forme d’opposition, si nous gagnons complètement, les dieux interviendront pour restaurer l’équilibre.
• Je vois… Mais de toutes façons, ce n’est plus la peine d’y réfléchir pour le moment. Chaque chose en son temps.
• Chaque chose en son temps, dis-tu ? Et comment allons-nous faire pour aller chercher le sceptre d’Athéna au cœur du volcan de Lémnos (2) sans l’Armure du Phénix ? Tu peux me le dire, Chevalier ? Tu sais bien que c’est la seule Armure légendaire qui puisse permettre d’y accéder !
• Oui… Mais je te rappelle que nous avons toujours une Armure du Phénix… Une Armure Céleste, même… sourit Phobos.
• Oui… C’est exact… Je n’y pensais même plus… sourit Shaka en réponse.
Les deux hommes étaient maintenant côte à côte. Shaka regardait la mer s’agiter sous la pluie, et Phobos serrait les dents en regardant le volcan et en pensant à Ikki. Il voulait le briser. Anéantir sa volonté, puis faire renaître la haine en lui, et le briser à nouveau, et ainsi de suite, jusqu’à ce que la folie l’étreigne. Mais il devait garder un œil sur Shaka. Phobos savait bien que s’il ne le prenait pas en traître, il n’aurait que peu de chances de le vaincre. Personne ne l’avait jamais humilié comme Shaka venait de le faire. Personne ! Il pensait que Phobos allait partir en conquête du Royaume de Poséidon, des terres gelées d’Asgard, de l’Hadès, en son nom ? Qu’il se contenterait d’être le Général de troupes formées par la Vierge ? Si c’était le cas, le Chevalier d’Or était un pauvre fou. Phobos n’avait pas passé une année à entraîner les enfants avec Shaka et les Chevaliers déjà ralliés à leur cause afin de devenir le numéro deux… Il avait nettoyé le Sanctuaire de ceux qui y demeuraient et parcouru le monde à la recherche d’alliés. Mais Phobos ne règnerait jamais aux côtés de Shaka sur le Sanctuaire. Il règnerait, tout simplement… Lorsque la Vierge s’y attendrait le moins, elle paierait pour son insulte…
• Où se trouve le Chevalier du Phénix, Shaka ? Où se trouve Ikki ?
• Il médite au cœur du volcan, protégé de la tempête, attendant le retour de sa bien-aimée…
• Eh bien, il risque d’avoir une mauvaise surprise alors… dit Phobos en levant sa main droite.
• Non ! s’interposa Shaka. Je veux qu’elle vive. Tu as peut-être déjà commis le pire en tuant Seiya.
• Que veux-tu dire ?
• Tu veux briser le Phénix ? Tu veux réellement le briser ? Détruire sa volonté et son âme, avant de le battre et de l’anéantir pour de bon ? Lui faire souffrir mille morts et déchirer son cœur lorsque son âme ne sera plus ?
• Oui… reconnut un Phobos réjouit.
• Alors il aurait peut-être fallu commencer par éviter de laisser pour morte la femme qu’il aime et le seul enfant auquel il se soit jamais attaché…
• Que…
• Réfléchis un peu… Tu l’as peut-être battu très facilement, mais dans quel état va-t-il être si tu tues sa bien-aimée ? Dans quel état sera-t-il lorsqu’il trouvera le corps de l’enfant ? Crois-tu qu’il sera anéanti ?
• Bien entendu ! s’exclama Phobos.
• Pauvre fou… Il ne sera pas anéanti… Il sera fou de rage, de haine et de douleur, et je ne ferai rien pour l’empêcher de te tuer…
• Qu’est-ce que tu dis ? s’énerva le Guerrier.
• J’ai fait en sorte que son corps ne se répare pas aussi vite qu’il aurait dû. Il ne s’est rendu compte de rien. Son cœur est toujours affaibli. De plus, il a une étrange marque noire sur le dos qui semble le ralentir et aspirer ses forces, comme un poison. Je n'ai pas réussi à l'enlever. On dirait des traces de doigts, mais peu importe qui l'a placée ici. Cela te laissera une chance de survie. J’ai autre chose à faire…
• Tu te moques de moi ? explosa Phobos, à la limite d’attaquer Shaka dans le dos avec toute sa haine. Tu crois peut-être que j’ai besoin de ton aide pour éliminer un minable Chevalier de Bronze ? Tu penses que j’avais besoin que tu ralentisses sa guérison pour que je puisse le vaincre ?
• Non, tu n’en avais pas besoin, Phobos. Mais maintenant, tout est différent. Le corps de son protégé gît sur le sol, sans vie, et la condition d’Esméralda est critique. Je te conseille d’aller trouver le Phénix et de le tuer avant qu’il ne voie ce triste spectacle. Je commence à le connaître un peu, et j’ai vu son combat contre mon double au sein de sa réalité. Je n’aimerais pas avoir à me battre contre lui lorsqu’il n’a plus rien à perdre.
• Tu le crois si puissant ? Tu te moques de moi ! Comment toi, pourrais-tu avoir peur d’un Chevalier de Bronze ? Tu as pris la tête de dizaines de Chevaliers d’Or et d’Argent. Tu as même vaincu Ulysse…
• Oui… Mais tu as fait un choix stratégique stupide et nous ne pouvons plus revenir en arrière…
• Lequel ? demanda Phobos en serrant le poing d’énervement.
• Pour pouvoir vaincre le Phénix, il fallait m’écouter. Il fallait attendre encore. Qu’il soit plus attaché à Esméralda et à l’enfant. Qu’il perde toute volonté de se battre et qu’il commence à moins s’entraîner. Qu’il reprenne une vie normale, adouci par ses sentiments. Mais maintenant… tu as annihilé tout cela et il ne lui reste plus rien. Veux-tu que je te raconte qui est le Chevalier du Phénix lorsqu’il a tout perdu ou lorsqu’on lui a retiré ce qu’il aimait ? Veux-tu que je te décrive le niveau qu’a atteint le Chevalier du Cygne de sa réalité lorsque le Chevalier d’Or du Verseau lui a retiré pour l’éternité l’image de sa mère ?
• Je… Je n’avais pas pensé à ça… avoua Phobos en desserrant le poing droit.
• Assume ton erreur maintenant. Il faut tuer le Phénix et il faut le tuer tout de suite. Je te laisse cette tâche que tu désirais tant. Je dois aller au Cap Sounion m’occuper d’un vieil ami…
• Doko n'est pas encore mort ? demanda le Berserker.
• Non, il résiste, rétorqua Shaka. Et il est une grande menace.
Quand Shaka s’apprêta à faire un pas en avant, il fut pris d’un violent spasme qui lui déchira la colonne vertébrale. De la même façon, Phobos sentit son sang se glacer malgré lui. Il ne ressentait pourtant aucun cosmos. Une bourrasque de vent balaya son visage, des mèches trempées tombant devant ses yeux. Il vit Shaka serrer la main droite et s’écarta afin de regarder dans la même direction que lui. Le Chevalier du Phénix se tenait debout, sur la plage labourée par la tempête et par son assaut contre Esméralda. Dans ses bras, reposait le corps d’un enfant sans vie.
• Tu n’iras… nulle part… traître… prononça Ikki dans un sombre murmure.
Un éclair sembla ouvrir la nuit en deux parties égales. Shaka put apercevoir grâce à la lumière l’absence de regard d’Ikki. Ses yeux étaient vides, sans couleur. Son Armure Céleste irradiait de puissance, mais le Chevalier ne dégageait aucun cosmos. Absolument aucun. Aucune présence.
• Meurtriers… Vous allez payer… sourit Ikki, le visage inondé de larmes. Je vais vous tuer… comme des chiens…
Un nouvel éclair déchira le ciel, et le Phénix reposa l’enfant sur le sol, à quelques mètres de là. Il croisa ses bras sur sa poitrine, et remit sa petite tête droite. Il balaya une mèche de cheveux de l’enfant et une larme tomba au coin des lèvres violacées du petit Seiya. À genoux aux côtés de l’enfant, Ikki se mit à rire. Un rire mélangé à des larmes. Le rire de Fo de Tirynthe possédé par l’Armure de la Chimère. Le rire de celui qui a tout perdu une nouvelle fois, et qui compte faire payer les dieux avec leur sang.
Phobos arma une Lance d’Arès, un sourire de satisfaction sur le visage. Enfin, ce qu’il avait tant attendu arrivait ! Il allait pouvoir affronter le vrai Phénix ; le Maître des Chevaliers Noirs. Il développa un cosmos pourpre qui creva la surface de la plage martelée par l’orage, dans de dangereux geysers de puissance.
• La Lance d’Arès ! hurla-t-il en abattant son bras droit vers le Phénix, les yeux pleins de jouissance.
L’attaque partit sous la forme d’une comète rouge comme le sang en direction du Chevalier de Bronze. Phobos ne l’éclata pas et choisit de la laisser sous cette forme. Toujours à genoux, Ikki sentit l’énergie se rapprocher de son dos, éclairant d’une lumière blafarde le corps de l’enfant. D’un revers de la main droite, il dévia l’attaque à la vitesse de la lumière. La Lance d’Arès partit vers le volcan et explosa contre une de ses parois dans une démonstration aveuglante de nuances de rouge. L’Armure du Phénix était intacte, même au niveau de sa main. Il n’avait pas bougé et était totalement absent du cosmos. Phobos fit un pas en arrière.
• Comme des chiens… répéta Ikki, le regard vidé de toute vie.
Il se releva et se tourna vers ses adversaires, tel un mort-vivant répondant aux ordres d’un Maître qui n’existait pas. Shaka lévita quelques secondes et reprit sa position du Lotus au sein d’une sphère de lumière solaire. Il n’avait toujours pas ouvert les yeux. La pluie redoubla d’intensité. Ses paumes s’ouvrirent et ses mains prirent place sur ses genoux. Phobos s’écarta un peu, tout en restant derrière la Vierge. Ikki fit un pas en avant, comme hypnotisé, l’âme déchirée, puis s’arrêta. Il fit un nouveau pas, puis s’arrêta de nouveau, et ainsi de suite. Son bras droit se chargea d’une énergie orangée qui créa un halo de lumière autour du Phénix. Phobos put voir la violence de la tempête au travers de cette lumière dégagée par Ikki, éclairant des milliers de gouttes d’eau devant lui. Ikki fit trois pas de course devant lui, à deux fois la vitesse de la lumière. Il souleva des tonnes de sable devant lui en dérapant, au même moment qu’un gigantesque cratère creva le sol où il avait commencé sa courte course. Phobos n’eut pas le temps de voir quoi que ce soit. Ikki déchaîna son attaque derrière le mur de sable qui s’élevait vers le ciel sous la pression de son pied, comme une lame de fond.
• Que les Ailes du Phénix t’emportent… murmura Ikki, comme inconscient.
Une colonne de feu presque chirurgicale traversa la vague de sable toujours en suspension et l’atomisa complètement. La chaleur fut telle qu’Ikki apparut de l’autre côté, dans une tempête de cristaux de verre illuminant la scène comme autant de petits miroirs.
• Kaaarrrmmm !!! hurla Shaka en voyant l’attaque se rapprocher de lui.
Phobos ne bougea pas. Il aurait peut-être pu tenter une esquive maladroite, mais à cette vitesse, la moitié de son corps aurait tout de même été arrachée. Il choisit à l’instinct de rester derrière Shaka et sa sphère de protection. Les Ailes du Phénix frappèrent la défense de Shaka sur la droite, au-dessus de la tête de la Vierge. La fine colonne de lumière jaune enroulée dans une spirale orangée lutta contre la barrière et Shaka serra les dents. Elle finit par crever la bulle de légende, réputée impénétrable, et frôla le visage de Shaka. Elle ressortit en face de l’épaule droite de Phobos, qui n’eut même pas le temps d’ouvrir la bouche de stupeur. Son corps s’envola en arrière, emporté par l’attaque du Phénix. Le Gardien hurla alors qu’il volait à l’horizontale, sur le dos, en direction de l’océan. Il creva un rouleau de plusieurs mètres, l’épaule détruite, et disparut dans les vagues dans un fracas d’écume. Tous les fins morceaux de verre encore en lévitation autour d’Ikki retombèrent sur le sol, le recouvrant d’un trésor brillant. L’averse reprit son cours.
• C’est… impossible… murmura Shaka, un fin filet de sang s’écoulant de son nez. Personne n’a jamais traversé ma sphère de protection… Même la puissance de plusieurs Chevaliers d’Or…
• Tu m’as menti… Tu as menti à Esméralda… et à Seiya… Tu t’es joué de nous. Tu as massacré tes amis, les Chevaliers d’Or, et pris possession du Sanctuaire. Tu as fais tuer les Maîtres de tous les enfants, et les as entraînés afin qu’ils deviennent tes sujets de destruction. Tu es pire qu’Hadès… Pire que Phobos…Tu es une insulte à ton dieu…
• Qu’est-ce que tu dis ? s’énerva Shaka dans une explosion de cosmos. Une insulte à mon dieu ?
• Oui… reprit Ikki, toujours absent. Le dieu qui enlève la misère de la vie des hommes… Ganesh… Comment peux-tu encore te regarder en face ? Peut-être que ton entraînement a été très difficile. Peut-être est-ce que ton Maître t’a rendu sourd et muet afin de développer ton potentiel. Peut-être as-tu connu la souffrance… Mais maintenant, tu vas connaître la mort, assassin…
Shaka serrait les dents de rage, mais ne réagit pas sous la colère. Il avait eu raison, et sur toute la ligne. Phobos avait tout fichu en l’air en tuant Seiya et en blessant Esméralda. Plus rien n’arrêterait Ikki, dorénavant, à part lui. Mais il fallait faire attention, très attention. Vu son niveau de puissance actuel, tuer le Phénix serait difficile. Certainement son plus difficile combat jusqu’à ce jour. Il devait le réduire à néant, ainsi que son Armure, et qu’il n’en reste plus rien. Si la légende du Phénix était juste, il fallait qu’il ait la volonté de ressusciter ou une tâche inachevée afin de renaître de ses cendres. Maintenant qu’il avait tout perdu et qu’il croyait Esméralda morte, peut-être ne reviendrait-il pas à la vie… Ou alors, il ne cesserait de se battre tant qu’il ne l’aurait tué, lui et le Gardien de la Sphère de Mars.