Paradise Chapter — Partie 29
Shun se releva sans trop de difficultés, pour se retrouver à quelques mètres de Deimos. Son épaule lui faisait mal, mais rien de dramatique. Ce que le Chevalier Céleste ne savait pas, c’est que Shun n’avait pas besoin de ses chaînes pour attaquer. Il songea à son frère, probablement encore en train de se battre contre Phobos. Certainement en grand danger. S’il voulait le revoir un jour, il lui fallait gagner ce combat. Il en était conscient. Il développa un cosmos puissant, qui commença à tournoyer avec élégance tout autour de lui, dans des éclairs roses. Deimos fit un pas en arrière.
• Tu as voulu me priver de ma faculté d’attaquer, Chevalier, reprit Shun. Mais tu vas découvrir que je n’ai nullement besoin de mes chaînes pour cela…
• Que dis-tu ? répondit un Deimos piqué par la curiosité.
• Je sais bien que si je veux revoir mon frère, je dois remporter ce combat. Tu ne me laisses pas le choix, Chevalier. Je vais déchaîner contre toi l’attaque la plus puissante d’Andromède.
Shun était plus que jamais très concentré. Baigné dans son cosmos, il était presque bien. Il combattait un formidable adversaire, sans avoir aucune envie de le tuer. L’enjeu était de taille, certes, mais comportait une pression de moins qu’à l’accoutumée. Deimos n’était pas fou à lier, et Shun ne se battait pas pour le tuer ou l’empêcher de faire le mal. Il devait juste gagner et pouvait le faire sans tuer son adversaire. Cette perspective rendait pour lui la chose plus facile, alors que cela aurait été le contraire pour tout autre Chevalier. Il laissa son cosmos l’envahir et l’embrassa pour la première fois sans être dans un état de confusion. Il pénétra tout son être, et Shun vit toute la scène en doré.
Deimos était fermement campé sur ses appuis, les bras croisés devant son torse, les poings fermés. Le cosmos de l’ancien Berserker inondait le sol d’une énergie bleue et rouge. Le visage d’Arès apparut dans son dos : un visage aux traits durs et aux cheveux noirs, comme celui de Deimos. Il portait un casque doré gigantesque orné d’une crête. Les yeux de l’image spectrale se mirent à luire d’une lumière verte comme l’émeraude, et une planète apparut à sa place. Deimos était maintenant baigné par une image de la Terre vue du ciel.
Le toit de la Maison du Verseau disparut pour laisser place à un champ de bataille. Il faisait nuit, et la pluie frappait le sol boueux où l’eau se mélangeait au sang des morts et des blessés. Des corps de Chevaliers transpercés, démembrés, défigurés, tapissaient la plaine. Un inquiétant orage zébrait le ciel d’éclairs jaunes, se reflétant sur les Armures des guerriers tombés. Des femmes et des enfants faisaient également partie des victimes et gisaient à terre. Une mère, une lance fichée en son cœur, était tombée sur son enfant recroquevillé, en serrant sa petite main inerte. Certains Chevaliers étaient à genoux, sans tête, ou bien une épée plantée dans le corps. Des lances crevaient le sol à perte de vue, enfoncées dans des corps d’humains et de chevaux. Un vent portant des effluves méphitiques agressait les narines de Shun, qui dut porter sa main à sa bouche pour ne pas vomir. Toujours devant lui, Deimos trônait au milieu d’une Terre gigantesque.
• La Terre Obscure ! lâcha le Chevalier lorsque la foudre éventra la tour d’un château lointain.
• Par la Tempête Nébulaire ! hurla Shun en faisant exploser son cosmos de dégoût et de rage.
Pour chaque vie prise par Deimos et son frère, un rayon partit de la Terre Obscure en direction de Shun. Une quantité incalculable de faisceaux émergèrent du continent européen, puis du Moyen-Orient, de l’Asie médiane, de l’Amérique du sud, de l’Afrique… Un rayon de lumière solide partit de chaque endroit où était tombé une pauvre âme sous les coups des Berserkers au cours de l’Histoire du monde. Des millions de rayons quittèrent l’image de la Terre Obscure derrière Deimos, comme autant de fusées tentant de fuir une planète condamnée, et fondirent vers Shun d’Andromède. Le Chevalier de Bronze, lui, déchaîna sa Tempête Nébulaire plus violemment encore qu’il ne l’avait fait sur Sorente de la Sirène. Le vent brûlant chargé de cosmos alla à la rencontre de la Terre Obscure. Il fut traversé par les rayons du Gardien, mais n’arrêta pas sa course.
Deimos en fut vite prisonnier et ne put plus bouger d’un pouce. Il vit le cœur de la Tempête se rapprocher de lui, totalement impuissant, tout comme Shun vit la quantité incalculable de rayons se rapprocher inexorablement de lui. Il repensa à June du Caméléon, à son frère, à ses amis… et laissa son cosmos le consumer jusqu’à la dernière cellule. Avant d’être emporté par l’attaque de son adversaire, Deimos put à nouveau voir les étranges cheveux de Shun devenir noirs comme l’ébène.
Il comprit alors. Mais peu importait. Il était trop tard pour stopper sa propre attaque, de même qu’Andromède, ou qui qu’il soit, ne le pouvait plus non plus. Un orage de cosmos rose et doré lézardé de lances bleutées constella la nuit sur le champ de bataille. Deimos était un prodige du combat. Il n’était pas nécessairement le plus puissant de tous les Chevaliers, mais il demeurait un excellent tacticien avec une expérience de la guerre hors catégorie. Il avait un instinct infaillible, qui jamais ne l’avait trompé. L’attaque d’Andromède allait l’emporter, et le tuer. Il le savait.
Son cosmos était partout et Deimos n’avait plus aucune force. La Terre Obscure était une technique risquée, et comme à chaque fois qu’il l’avait pratiquée, elle l’avait drainé de toute son énergie. Il n’avait plus la force de bouger, ni de maintenir son intangibilité et celle d’Andromède au sein de cette réalité. Il relâcha toute sa concentration et se laissa consumer dans une mort de rêve. C’est alors qu’il vit la Tempête d’Andromède faiblir et le Chevalier de Bronze tomber à genoux, ses cheveux de nouveau verts. Il se força à faire un pas en avant, et constata qu’il pouvait presque bouger librement. Il vit une Rose Blanche plantée dans le cœur du jeune Andromède, et sentit le sien comme frappé par une épine mortelle. Il eut le temps de voir une fleur pénétrer sa poitrine, puis tous les rayons de lumière explosèrent sur Shun, et le déluge de lumière fit perdre connaissance à Deimos.
Lorsque Shun se réveilla, Mû du Bélier se trouvait à ses côtés, dans une toge de coton cintrée ressemblant à une robe de cérémonie légère et discrète. Ses longs cheveux étaient attachés et tombaient sur une épaulière dorée. Shun portait les mêmes habits que le Chevalier d’Or. Son Armure divine d’Andromède trônait à l’entrée de la Maison du Bélier, à quelques mètres de là. Une violente douleur déchirait toujours le cœur du jeune Chevalier, mais aucune rose n’était plus fichée dedans. Plus loin, Deimos était allongé, Aphrodite des Poissons à ses côtés, une Rose Blanche plantée dans sa poitrine.
• Est-il… commença Shun.
• Non. Pas encore, répondit Mû. Tu n’es pas le Chevalier d’Andromède que j’ai connu. Il est mort dans la Maison du Capricorne, il y a plus d’un an. Qui es-tu, Chevalier ? demanda Aphrodite. Et qui est l’homme à l’étrange Armure que tu combattais ?
Rassemblant ses esprits, Shun entreprit de raconter toute l’histoire. Il raconta son épopée du Sanctuaire avec ses amis, leur descente dans le Royaume de Poséidon et en Hadès, ainsi que leur visite forcée en Asgard. Il détailla avec précision leur montée des Sphères Célestes et son combat contre Deimos de Télamon. Il supplia Mû et Aphrodite de sauver le Chevalier Céleste.
• Aphrodite, retire la Rose Blanche du cœur de cet homme, demanda Mû.
• Tu es sûr ?
• Oui. Shun ne souhaite pas que ses années à rechercher la rédemption soient réduites à néant et trouvent une fin grotesque dans une mort prématurée, et je suis d’accord avec lui.
• Très bien…
Deimos rouvrit les yeux pour voir une Rose Blanche sortir de sa poitrine. « Tu dois combattre avec ton âme et ton cœur, et non avec tes poings. Sinon, un jour, une simple fleur réussira à t’emporter… » Les paroles d’Altéa résonnèrent dans son esprit comme un ironique retour à la réalité, alors qu’un petit déchirement au niveau de son cœur le fit grimacer. Il regarda Aphrodite avec étonnement, cracha un peu de sang, et demanda :
• Pourquoi… me sauver ?
• Parce que le Chevalier d’Andromède l’a souhaité, ainsi que celui du Bélier.
• Comment… peut-il être encore en vie… J’ai vu la Terre Obscure le détruire…
• Non, répondit Mû. Tu as vu ton attaque détruire mes deux Murs de Cristal. Seuls quelques rayons ont traversé le second, et aucun n’a touché le Chevalier d’Andromède. Ton attaque était dévastatrice, Chevalier. Je n’avais jamais eu encore à dresser deux Murs simultanés.
• Oui… Je n’avais plus la force de nous garder intangibles…
Deimos tourna la tête pour regarder Shun dans sa toge de coton blanche. Ses longs cheveux verts tombaient sur ses épaules. Il lui sourit.
• Chevalier, aucun de nous n’a gagné le combat…
• Au contraire, s’interposa Mû. Vous avez tous les deux gagné.
• Pourquoi cela ? demanda Deimos.
• Parce que vous êtes tous les deux en vie…
Deimos rendit un sourire fatigué au jeune Andromède. Son souffle était court, mais ses jours n’étaient pas en danger.
• Shun… Durant la Terre Obscure… tu as vu l’étendue du mal que j’avais dispensé autour de moi avec mon frère. Je suis désolé. Je… Je ne veux plus être Deimos de Télamon. Je ne veux plus rien avoir à faire avec mon frère ou le meurtrier que j’étais. Je vais te conduire à ton frère et régler mes comptes avec le mien.
Le Gardien se saisit de la Rose Blanche d’Aphrodite, encore ruisselante de son sang écarlate. Au loin, vers le fond de la maison du Bélier, Deimos crut apercevoir Altéa, les jambes croisées, adossée à une colonne de marbre. Il ne pouvait voir que les contours de sa silhouette, mais il savait qu’elle lui souriait. Ou bien peut-être n’était-ce qu’un délire de son esprit fatigué.
• Deimos est mort aujourd’hui. Une simple fleur a réussi à l’emporter… termina l’ancien Berserker dans un murmure.
Paradise Chapter
Avant de sombrer dans l’inconscience, peut-être pour ne jamais plus se réveiller, Esméralda sourit en voyant Shaka de Vyâsa, trôner au centre de sa sphère d’énergie spirituelle, face à Phobos. Elle était sauvée. Ils étaient sauvés ! Mais en apercevant à nouveau le corps sans vie du petit Seiya, les cervicales brisées comme un morceau de bois, le Chevalier d’Argent ne put réprimer un haut-le-cœur. Lorsqu’elle posa sa joue sur le sable et s’endormit malgré elle, des larmes emplissaient ses yeux.
• Shaka… commença Phobos avec une pointe de crainte et d’énervement dans la voix. Je…
• Qu’est-ce que tu es en train de faire, espèce de fou sanguinaire ! explosa la Vierge sans ouvrir les yeux, en s’adressant à l’esprit du Gardien.
• Tu m’avais promis que je pourrai briser le Phénix…
• La femme que tu vois couchée sur le sol et qui se vide de son sang porte-t-elle l’Armure du Phénix ? Je t’avais ordonné de ne pas toucher à Esméralda !
• Peu importe… Elle n’est pas morte, et normalement, ses jours ne sont pas en danger…
• Peu… importe ? murmura Shaka en sentant la rage le gagner.
Les Cheveux de la Vierge commençaient à flotter dans son dos, et une énergie solaire irradiante de chaleur se dégagea de son Armure d’Or. Ses dents étaient serrées, sa position parfaite, et il inondait l’endroit de sa présence comme aurait pu le faire Krishna de Chrysaor. Il était visiblement dans un état de transe destructrice qui ne rassurait pas Phobos.
• Considère-là comme un dommage collatéral, reprit le Gardien.
Shaka se mit à rire nerveusement, comme un dément.
• Je pense que tu oublies à qui tu t’adresses, mon ami… Je t’avais interdit de toucher à Esméralda. Et l’enfant ne devait pas mourir avant d’avoir hérité de son Armure. Ton goût du sang a fait de toi un meurtrier sans cervelle. Qui va hériter de l’Armure du Phénix, maintenant, imbécile !
• Je... essaya Phobos.
• Les 7 Livres du Râmâyana (1) ! lança Shaka.
Shaka rapprocha ses mains et les joignit. Lorsqu’il les ouvrit, une fleur de lumière reposait en leur cœur. Elle vola en éclat, comme atomisée par une chaleur impossible. À ce moment, Phobos tomba à genoux, privé du sens du toucher, dans un râle de douleur.
• Un Livre pour un sens, Phobos. Dois-je continuer ?
• Non… Arrête ! demanda le Gardien, les mains posées sur le sol.
• Veux-tu que nous reprenions le combat où nous l’avions laissé lorsque nous nous sommes rencontrés, il y a un an ?
• Non… répondit Phobos en serrant les poings.
• Bien… Alors tu as tout intérêt à faire ce que je te dis, et comme je te le dis.
• Cesse donc d’être arrogant ! Ta belle assurance ne t’a pas aidé à éliminer tous les Maîtres de cette réalité ! Tu te battrais contre moi seulement parce que j’ai affronté ce Chevalier d’Argent et tué son disciple ? Serais-tu tombé… amoureux d’elle ? se moqua Phobos.
Au milieu des mains de Shaka apparut une nouvelle fleur de lumière, qui vola en éclats en arrachant le sens de l’odorat de Phobos. Il recula sur une dizaine de mètres, mais se rétablit en tournant sur lui-même, un genou à terre. Il porta une main à son visage, fou de colère.
• Arrête ! Qu’es-tu en train de faire ! C’est comme ça que tu me remercies ? Dois-je te rappeler que sans mon aide durant ces nombreux mois, tu n’aurais jamais pu prendre le contrôle du Sanctuaire et surtout de ses précieux camps d’entraînement ?
• Je n’ai jamais eu besoin de toi…
• Ah oui ? Et qui a assassiné le Chevalier du Sagittaire ? Qui a vaincu le Chevalier des Gémeaux ? Qui t’a aidé à tuer tous les autres Chevaliers d’Or ?
• …
• Ton plan de prendre le contrôle de tous les camps d’entraînement, et d’instruire les enfants pour qu’ils deviennent tes instruments était excellent, Shaka. Nous aurions eu à nos pieds toute la nouvelle génération de Chevaliers, et nous aurions régné sans adversaires sur le monde entier… Mais il a fallu que tu t’égares de ta voie ! De notre voie !
• Je ne me suis pas égaré, déclara Shaka en se levant et en brisant sa position du Lotus.
• Ah oui ? Alors pourquoi cet enfant n’a-t-il pas été éduqué comme les autres ? demanda Phobos en montrant le cadavre de Seiya du bout du doigt.