Paradise Chapter — Partie 15
Au milieu d'un cosmos rouge dégoulinant par les jointures de l'Armure Céleste de la Chimère, Fo croisa ses bras sur sa poitrine, parcouru par quelques spasmes. Son énergie pulsait au même rythme que les battements de son coeur. L'image de la Chèvre diabolique apparut, puis celle du Lion, et enfin celle du Serpent-Dragon. Les yeux de l'Armure se mirent à scintiller dangereusement.
• Je... Je n'arrive pas à me dégager, balbutia Hyoga.
• Moi non plus, répondit Shiryu.
• C'est une autre attaque, reprit le Cygne. Je ne l'ai pas encore vue. Il a l'air de...
• Non... C'est impossible ! Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
Fo exécutait la préparation du Météore de Pégase, ses mains cherchant les étoiles de sa constellation comme Seiya savait le faire. Les jambes fléchies et écartées, décrivant de grands mouvements avec ses bras, le Chevalier de Tirynthe concentrait toute sa puissance. Il se mit à faire trois pas d'élan, un sourire inconscient sur son visage, le bras armé, puis il relâcha son attaque comme aurait pu le faire Seiya, tendant son corps vers l'avant afin d'accompagner son poing. Une sorte de comète en forme de tête de Lion à cornes de Chèvre fonça vers Shiryu, au-delà de la vitesse de la lumière. Le Dragon serra les dents lorsqu'il vit la gueule de l'étrange Lion s'ouvrir pour le dévorer et qu'une langue en forme de Serpent en sortit, comme une autre petite comète. La technique de Fo le fit décoller du sol, déchirant son corps sous la violence de l'impact quand la mâchoire du Lion se referma sur sa poitrine. En l'air, il sentit la morsure du Serpent essayer de forer son bouclier céleste. Il traversa la porte de la Sphère et disparut dans le noir, balayé. Aveuglé par la tempête de poussière dégagée par le passage de Shiryu, Hyoga hurla à la mort.
• Shiryu ! Reviens à toi, Shiryu !
Hyoga eut à peine le temps de tourner la tête pour constater qu'il allait subir le même sort que le Dragon. Un nouveau coup de poing était armé et Fo allait relâcher sa mortelle énergie. Hyoga fit exploser son cosmos et se libéra de l'influence du Serpent. Il recouvra ses mouvements au dernier moment et tenta de lancer un Tonnerre de l'Aube, sans beaucoup de préparation, à l'instinct. La neige glaciale partit dans un faisceau concentré qui ne ralentit même pas l'attaque de Fo de Tirynthe. Seule la langue à tête de Dragon ou de Serpent gela dès sa sortie de la gueule du Lion à cornes de Chèvre. La mâchoire du Lion se referma tout de même sur un Hyoga horrifié, qui sentit sa précieuse Armure se fissurer sous la pression. Se rappelant les paroles de Shiryu, il essaya de se fondre dans son cosmos, quitte à se laisser dissoudre et à disparaître avec lui. La température de son Armure chuta à une vitesse impensable, jusqu'à faire geler les mâchoires du Lion démoniaque en plein vol. Lorsque son dos heurta le mur de la Sphère de Fo, Hyoga entendit l'horrible tête d'énergie exploser en millions de particules de cristal, comme si elle avait été réelle et non composée d'énergie. Il ne vit rien car son visage était tourné vers le plafond. Le Cygne sentit ses reins à la limite de la rupture, puis s'affaissa sur le sol.
Alors que Hyoga crachait du sang et que sa vue se troublait, Fo murmura d'une voix éraillée :
- La... Morsure... d'Échidna (2)...
Notes de l'auteur :
(1) Correction d'un léger oubli : Fo porte ce nom car c'est la ville dans laquelle il est né, Tirynthe, en Argolide, près d'Argos et de Mycènes.
(2) Échidna, femme et serpent à la fois, fut engendrée par Gaia et Tartare, et selon une autre version, par Chrysaor et Callirhoé ou bien Phorcys et Céto. Elle vivait dans une caverne en Cilicie au pays des Arimes ou dans le Péloponnèse. Malfaisante à cause de sa progéniture et parfois même dévoreuse d'infortunés voyageurs, elle devait être tuée par Argos aux-cent-yeux, qui la surprit dans son sommeil. Elle passe pour avoir donné le jour avec Typhon aux créatures fabuleuses de la mythologie, comme l'Hydre.
Paradise Chapter
Shiryu finit de rouler sur le sol immaculé dans un fracas assourdissant. Retrouvant son souffle, il s'allongea sur le dos et leva un peu la tête pour voir sur combien de mètres il avait volé. La porte de la Sphère de Mercure n'était nulle part en vue. Il leva le bras gauche pour examiner son bouclier céleste et vit qu'un petit trou y avait été percé, comme si un foret avait essayé de le pénétrer en son centre. Le trou avait été foré sur plus de deux centimètres de profondeur. « Incroyable. Si la langue du Lion avait touché mon ventre ou tout autre partie de mon Armure Céleste, il l'aurait transpercée... Ne meurs pas, Hyoga ! »
Alors qu'il essayait de lever les yeux vers son ennemi, Hyoga éprouva une douleur qui devint si forte que le Cygne ne la sentit plus du tout. Fo l’avait frappé en traître dans le dos, juste entre les ailes alors qu'il essayait de se relever, et Hyoga put entendre son Armure Céleste s’éffriter sous les griffes de la Chimère à l’endroit de l’impact. Il prit un faible appui sur sa jambe gauche et se dégagea. Il se retourna tant bien que mal et tituba sur quelques pas. En dépliant son corps pour se relever, la douleur se fit moindre et Hyoga put rassembler ses esprits. Fo avait toujours le poing tendu en l’air, dans sa position d’attaque, comme s’il n’avait pas vu Hyoga se dégager et qu’il avait toujours le poing fiché entre les ailes du Cygne.
• Est-ce là l’honneur d’un Chevalier Céleste, Fo ? Est-ce là tout l’honneur dont est capable le Gardien de la Sphère de Mercure ? aboya Hyoga. Je ne sais pas ce qui t’est arrivé, mais je suis certain d’une chose : l’homme qui vient de m’attaquer comme un lâche ne peut être celui dont la Princesse Myliana était éprise !
Le visage de Fo se transforma. Il passa du rictus amusé de l’animal malade à celui de l’animal touché d’une flèche en plein cœur. Ses traits redevinrent presque normaux, le sang injectant ses yeux arrêtant de pulser dans sa tête. Sa bouche s’entrouvrit avec difficulté.
• My…liana… essaya-t-il.
• Oui, Myliana. Celle que tu aimes et qui t’aimait. La Princesse Myliana.
Fo de Tirynthe porta sa main à sa bouche comme s’il allait vomir, puis son regard retrouva la méchanceté dont il savait faire preuve depuis peu. Il regarda Hyoga sans vraiment le voir, ne distinguant qu’une tache blanche et argentée. Il sentit son cœur brûler comme un feu d’Enfer et le poison affluer dans chaque veine de son organisme. « Hyoga… Je… », eut-il juste le temps de penser avant que les ténèbres ne reprennent totalement possession de son être. Il revit très clairement le Cygne, qui ne semblait plus d’accord pour jouer avec lui. Hyoga baignait dans un cosmos blanc comme un lac gelé. Il exhalait de l’air froid et Fo put entendre son souffle rauque.
Le Cygne commença une danse bien connue. Ses bras fouettèrent l’air glacial avec grâce et élégance et il se releva pour s’étirer vers le ciel, ailes déployées. Il sembla à Fo que son adversaire frappait le ciel avec ses poings et il perdit le Cygne de vue à chaque coup porté de la sorte, à cause du brouillard givrant qui rebondissait sur le plafond pour l’envelopper. Le sol de toute la salle gela et le cosmos de Hyoga empêcha bientôt le Guerrier de voir le fond de sa pièce.
Il se remit à genoux et planta ses griffes dans la glace. Son corps enveloppé dans sa cape, sa position ne permettait à Hyoga de voir que son regard à travers les cornes de la Chèvre diabolique. Les yeux de cette dernière scintillèrent imperceptiblement et Fo se rua vers le Chevalier du Cygne dans une comète rouge comme le sang. Le sifflement strident de l’attaque fit penser au Poing du Titan de Thor de Gamma. La comète se rapprocha dangereusement à une vitesse impensable et Hyoga arma son poing droit avant de tendre tout son corps vers l’avant.
• À moi, La Poussière de Diamant !!! hurla-t-il.
Hyoga vit sa poussière glacée destructrice partir dans un faisceau volontairement large. Le but était de ralentir suffisamment le Guerrier Céleste avec le souffle de la Poussière pour que sa vitesse perdue permette à Hyoga de trouver la faille. Il devait y en avoir une ! La progression de Fo se fit imperceptiblement moins rapide, les yeux de la Chèvre fixant toujours leur objectif, et lorsque le Cygne put enfin voir apparaître le visage de Fo au centre de la comète rouge, il comprit.
• Ça y est ! Je l’ai vu ! lança-t-il toujours concentré.
Hyoga sentit son corps reculer de lui-même en arrière dans une vision surréaliste. Ses pieds ne touchaient plus le sol et il volait vers le fond de la pièce, le regard figé sur Fo de Tirynthe qui rétrécissait à mesure que Hyoga se rapprochait d’un dangereux mur.
• J’ai compris ! Je l’ai vu ! s’exclama Hyoga en déployant ses ailes dans une explosion de cosmos blanc.
Il freina sa course instantanément, à moins de deux mètres du mur qu’il aurait éventré, puis posa son pied droit sur le sol. La main sur son flanc droit cette fois, Hyoga éteignit son cosmos. La marque des trois griffes était plus que visible, mais la douleur était dérisoire face à celle du premier coup reçu. « J’ai compris, pensa-t-il. Il attaque comme certains Samouraï qui donnent un coup de pied avant de frapper au sabre. Il se sert de la force de ses cornes pour éperonner l’ennemi et casser sa garde à la vitesse de la lumière. Une fois que l’adversaire n’a plus sa position de défense et qu’il commence à reculer sous l’impact, les griffes du Lion peuvent mordre à loisir presque n’importe quelle partie de l’Armure à une vitesse supérieure à celle de la lumière. J’ai vu les yeux du Lion scintiller sur le casque de Fo au moment où il m’a percuté… »
Hyoga sentit son courage revenir face à cet adversaire au comportement erratique. Il ne comprenait toujours pas pourquoi Fo avait changé du tout au tout en revêtant son Armure de la Chimère et voulait en avoir le cœur net. Il sentait bien que l’Armure était possédée par le mal et qu’elle infectait son hôte. Mais alors, comment Fo avait-il pu la quitter la dernière fois qu’il l’avait portée ? C’était ce qu’il fallait découvrir pour arrêter ce combat sans le tuer, comme il l’avait promis à Saori.
• Fo ! Souviens-toi de la Princesse Myliana ! Souviens-toi de qui tu étais ! As-tu oublié ton Amour ?
Le Guerrier eut un nouveau temps d’hésitation. Hyoga pouvait presque entendre le sang affluer et refluer dans sa tête. Il porta les deux mains à son visage et un cosmos maintenant trop connu suinta par les jointures de l’Armure de Fo. Le jeune Cygne fut pris de maux de tête à lui fendre le crâne alors qu’il fixait les yeux du Lion sur le casque du Guerrier. Il vit, comme Saori avant lui, une série de scènes se dérouler devant ses yeux. Il vit Fo et Myliana graver tous les deux les fresques qui ornaient les murs de la Sphère, Fo se moquant avec amour du manque de finition de la Princesse et elle de lui taper sur l’épaule dans un éclat de rire. Hyoga vit ensuite l’Armure de la Chimère trôner sur une stèle, à l’exact endroit où s’était trouvée la statue d’Athéna sculptée par Fo. Elle semblait observer son Chevalier rire et danser avec sa bien-aimée.
Les yeux de l’Armure scintillèrent, puis le Cygne vit Fo vêtu de son Armure devant la Princesse, trois griffes fichées en son cœur. Il riait comme un meutrier en demandant encore plus. Myliana lui sourit et posa sa main sur sa joue. Il se figea, prit d’une incompréhension soudaine et elle l’embrassa en rendant son dernier soupir. Il fit un pas en arrière, lâchant la Princesse qui tomba à terre comme une poupée morte dans un fracas épouvantable. Fo regarda ses mains, sentant le poison ralentir dans ses veines. Le sang injectant ses yeux disparut lentement et il porta sa main tachée de sang à son visage, le couvrant partiellement du liquide rouge. Les lèvres pleines de sang derrière sa main prise de spasmes, Fo tomba à genoux et hurla tellement fort qu’une étoile dut mourir quelque part. Peut-être était-ce celle de Myliana, ou peut-être était-ce déjà la sienne…
Hyoga revint à lui en ouvrant les yeux avec la plus grande difficulté du monde. Ce n’était pas qu’il n’en avait pas le pouvoir, mais il ne voulait juste pas regarder le Guerrier en face. Il essuya ses larmes, mais cela ne changea rien. Il n’arrivait pas à ôter de son esprit la vision de Fo lâchant sa bien-aimée dans un éclair de lucidité. Il n’arrivait pas à oublier le bruit de la tête de Myliana cognant contre le marbre. Il n’arrivait pas à effacer de sa tête le sourire aimant de la Princesse. Hyoga ne comprenait pas pourquoi l’Armure de la Chimère lui avait transféré ces visions insoutenables et il ne le saurait jamais. Il ouvrit les yeux et vit Fo rire bêtement. Hésitant entre le chagrin et la pitié, Hyoga essaya d’arrêter ses larmes.
• Par les glaces éternelles de Sibérie, Fo… Quel est ce tragique destin que les dieux t’ont imposé… Il a fallu que tu tues de tes propres mains la femme que tu aimais, possédé par une Armure empoisonnée. Quel esprit malade a créé une Armure aussi toxique… Serait-ce le véritable visage de la Chimère?
Fo avança d’un pas vers le Cygne, souriant de nouveau comme un être désaxé. Hyoga ferma les yeux et inclina sa tête en arrière.
• Tu as dû emprisonner ton Armure d’une quelconque manière dans ce bloc de marbre que tu as sculpté à l’image parfaite de ta bien-aimée… Mais tu n’as pas pu l’emprisonner pour l’éternité. Notre arrivée l’a réveillée. L’Armure Céleste de la Chimère avait compris que tu t’éloignais de ton destin de Chevalier et que tu t’éloignais d’elle. Elle te voulait pour elle seule. Mon dieu, est-ce possible qu’une Armure puisse développer un tel degré de personnalité en ces Sphères Célestes ?